Le retour à la croissance : une affaire de compétitivité

Par Axel de Tarlé
Pour l’éditorialiste d’Europe 1, c’est moins le coût du travail que l’innovation et l’intelligence créatrice qui sont en cause dans la compétitivité. Selon Axel de Tarlé, c’est l’excellence qui permettra aux entreprises françaises de redevenir concurrentielles. Airbus, Vuitton et quelques autres donnent l’exemple.

Nicolas Sarkozy avec le maire (PS) de Lyon, Gérard Collomb. En présentant ses vœux aux acteurs économiques et sociaux le 19 janvier à Lyon, le président de la République a souligné que la bataille de la compétitivité était pour lui essentielle. Photo Robert Pratta / AFP

La bataille de l’emploi a cédé sa place à la bataille de la compétitivité. Il ne s’agit plus de soutenir l’emploi à bout de bras, avec des contrats aidés. Il s’agit de faire revenir en France nos emplois, en redevenant compétitif. Nuance ! Et ça change tout. Au point d’entendre le patronat s’interroger sur la pertinence des réductions de charges sur tous les bas salaires. Les allégements de charges sur les bas salaires (inférieurs à 1,6 fois le Smic) ont coûté 22 milliards d’euros en 2010 aux caisses de l’État. « A quoi bon ? s’interroge tout haut l’un des représentants du patronat. Les groupes de BTP et la grande distribution profitent massivement de ces aides. Or ces emplois sont non délocalisables. On ferait mieux d’utiliser cet argent pour aider les secteurs exposés à la concurrence internationale. » On a changé de logiciel ! On le voit, il ne s’agit plus de défendre l’emploi, il s’agit de rendre la France plus compétitive pour en faire une « terre d’emploi » ! Continue reading

Zimeray, avec un Z comme Zola

Par Éric Fottorino

Rama Yade n’a pas été remplacée et les droits de l’homme ont perdu leur secrétariat d’État en 2009. Moins visible, un ambassadeur français aux droits de l’homme se bat malgré tout pour faire entendre la voix de la France. François Zimeray a été nommé à ce poste en 2008. Il sillonne la planète au nom du Gouvernement et défend face à toutes les dictatures la liberté avec la foi d’un Zola.

C’est une chance de trouver l’ambassadeur aux droits de l’homme dans son modeste bureau du Quai d’Orsay. Ce matin-là, François Zimeray rentre de sa 89e mission dans un pays où les libertés individuelles sont bafouées. Cette fois c’était en Ukraine, un voyage éclair comme il en a l’habitude. Il y a tenté sans succès de se faire ouvrir la porte de la prison où est détenue Ioulia Timochenko, l’ex-égérie de la Révolution orange, arrêtée en août dernier en pleine audience par le tribunal de Kiev.

Sous l’œil de Jacques Chirac

Il y a seulement quelques semaines, François Zimeray était le premier diplomate français à rendre visite à la « lady » de Birmanie Aung San Suu Kyi. De Grozny à Kinshasa, du Darfour (« un nom qu’on prenait pour l’enseigne d’un grand magasin ») à l’Amérique centrale, cet élu socialiste, plus de vingt ans maire puis premier adjoint du Petit-Quevilly (Seine-Maritime), avocat de métier et de conviction, transporte la flamme de son adolescence. A 17 ans – On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans, mais on est passionné – il fonda une association de défense et d’accueil des réfugiés cambodgiens. « Pouvait-on commémorer la Shoah si on acceptait le génocide des Khmers rouges ? » demande-t-il aujourd’hui, près d’une photo où, sous l’œil de Jacques Chirac, il étreint l’ancien roi du Cambodge Norodom Sihanouk. Continue reading

L’inconnue de l’Europe

Interview de Jean-Claude Mignon, par Joël Génard

C’est un député français qui préside désormais l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Cette assemblée peu connue a pour vocation de défendre les droits de l’homme et toutes les actions humanitaires liées à l’Europe. C’est la plus ancienne institution européenne. Son nouveau président, le député UMP Jean-Claude Mignon, entend donner une notoriété nouvelle à cette assemblée. Interview.

Jean-Claude Mignon. Le député (UMP) a pris ses fonctions de président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe le 23 janvier. Photo Jean Ayissi / AFP

N’avez-vous pas le sentiment de présider, depuis le 23 janvier, une institution qui reste fort méconnue et dont on sous-estime sans doute le rôle ?

Je suis le 26e président et le 6e Français à présider cette Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), qui reste méconnue. Cette institution est la plus ancienne et a été créée en 1949. Elle est à l’origine de la création de l’Union européenne. Nous traitons de sujets qui concernent le quotidien de 800 millions d’Européens. Nous sommes une instance qui est un forum permanent de débats sur des sujets qui ont trait à la diplomatie européenne. Les parlementaires qui y siègent représentent 47 États et réfléchissent à des sujets de fond dans des domaines aussi variés que l’environnement, la culture ou la bioéthique. Les résolutions votées et les recommandations sont transmises aux gouvernements des 47 afin de nourrir les réflexions des parlements nationaux, de manière à enrichir les textes ou les conventions. Nous sommes le fer de lance sur des problématiques aussi importantes que le conflit entre la Russie et la Géorgie, la situation de Chypre ou encore la problématique des droits de l’homme en Ukraine. L’institution a beaucoup évolué et nous avons accueilli avant même que l’Union européenne le fasse des pays comme la Roumanie, la Bulgarie, la Slovénie. Le travail de nos commissions est ensuite souvent repris par l’Union européenne. Continue reading

Afghanistan : tenir ou partir ?

Par François Clemenceau

L’Afghanistan s’est tragiquement invité dans la présidentielle. François Hollande a confirmé que, s’il était élu président, il accélérerait le retrait des troupes françaises. Nicolas Sarkozy, qui reçoit Hamid Karzaï vendredi, a évoqué cette possibilité après l’attentat qui a coûté la vie à quatre soldats français. Mais un retrait anticipé sera compliqué à organiser militairement et politiquement.

Gérard Longuet. Le ministre de la Défense se recueille devant les cercueils des quatre soldats français tués en Afghanistan le 20 janvier. Photo Joël Sage / AFP

Diplomates, militaires, politiques ont retourné le problème dans tous les sens, la question de la présence des forces françaises en Afghanistan relève de la quadrature du cercle. « Anticiper » ou « accélérer » le retrait de nos forces reviendrait en effet à bâcler la mission sur laquelle porte l’essentiel de nos priorités et de nos moyens : la formation des forces de sécurité afghanes. Les états-majors alliés se sont donnés jusqu’à fin 2014 pour pouvoir passer le témoin à l’Armée nationale afghane (ANA) ainsi qu’à la police et à la gendarmerie locales lorsqu’elles auront atteint un effectif d’au moins 225 000 hommes. Les autorités afghanes souhaitaient au départ qu’il soit porté à 400 000. L’an dernier, le chiffre a été revu à la baisse, aux alentours de 300 000, pour des raisons de calendrier et de budget, puis finalement à un peu plus de 200 000, car le temps presse. Continue reading

2012 Et si c’était le choix de l’apaisement

 Par Brice Teinturier
S’il ne renverse pas la table, le directeur général d’Ipsos tente ici de remettre les faits à l’endroit. Et ça n’est pas forcément ce qu’on entend le plus fréquemment depuis quelques mois. Pour Brice Teinturier, les Français pourraient fort bien voter pour celui qui proposera l’apaisement plutôt que la révolte.

François Bayrou. Le candidat centriste progresse fortement en image et en intentions de vote. Mais selon Brice Teinturier, de la popularité à la crédibilité, la route est encore longue pour le président du MoDem. Photo Denis Charlet / AFP

Il y a aujourd’hui des ajustements et des évolutions d’opinion mais il n’y a pas ou pas encore de bouleversements majeurs : depuis début janvier, François Hollande a en effet stabilisé sa baisse de décembre et domine nettement le premier tour, avec 28 % environ des intentions de vote quel que soit l’institut et des seconds tours toujours ultradominants, autour de 57 %. François Bayrou a progressé et s’est installé dans une zone à 14 % sans toutefois remettre en cause la domination du candidat socialiste. Jean-Luc Mélenchon progresse également et se situe maintenant à 8 %, voire un peu plus. Les choses sont en revanche plus incertaines pour Nicolas Sarkozy, qui, après être remonté en décembre, se tasse à nouveau autour de 23 % des suffrages tandis que Marine Le Pen semble a minima stable selon certains, en progrès pour d’autres, dans une zone pouvant aller jusqu’à 20 %. La campagne semble donc atone. La presse s’ennuie. Les choses bougent un peu mais pas suffisamment pour indiquer une direction claire et, en tout cas, qui remettrait en cause la victoire annoncée de François Hollande. Au-delà des constructions intellectuelles artificielles qui fleurissent ici ou là, deux scénarios sont à envisager. Continue reading

«L’absence de candidature de Marine Le Pen provoquerait un séisme spectaculaire mais vite digéré par l’opinion »

Interview de Roland Cayrol, par Ludovic Vigogne

Pour Roland Cayrol, même s’il n’y croit guère, le risque d’une non-candidature Marine Le Pen n’est pas nul. Dans ce cas, il favoriserait l’abstention, le vote blanc et au final Nicolas Sarkozy.

Roland Cayrol, directeur de recherche au CEVIPOF. Photo Thomas Coex / AFP

Estimez-vous possible que Marine Le Pen n’ait pas ses 500 signatures ?

Je crois que ce n’est pas impossible. On a un peu le sentiment qu’à chaque fois le Front national nous fait le coup afin de se victimiser et de recueillir de manière plus sécurisée les parrainages manquants. Mais, cette fois, il semble y avoir un vrai risque. Les maires de communes rurales qui ont donné leurs signatures au FN sont de plus en plus agressés par leurs concitoyens. Même si le parrainage n’a pas été conçu juridiquement ainsi, cela passe quand même toujours pour un soutien. Ils ont donc bien plus de pression. Quant aux grands partis, ils tiennent leurs élus.

Comment réagirait l’opinion si Marine Le Pen était absente de la campagne présidentielle ?

Elle condamnerait cette absence sévèrement. Le FN fait partie du paysage pluraliste français. Marine Le Pen est aux environs de 20 % dans les sondages. L’exclure de la compétition de façon maligne, perverse serait très sévèrement jugé. Les Français auraient le sentiment qu’il manque quelque chose, que la démocratie a failli. Après les gens descendraient-ils dans la rue pour autant ? Je ne le crois pas. Une fois que ce séisme aura eu lieu, il sera passé. Il sera mal jugé, mais l’opinion pourra s’en accommoder. Il n’y aura plus que les politologues, les politiciens, les médias pour le commenter. C’est comme le 21 avril. Le remords n’a pas existé dans l’électorat. Continue reading

«Le parrainage est désormais assimilé à un soutien. Ce qui ne devrait pas être le cas »

Interview de Jacques Pélissard, par Ludovic Vigogne
En désaccord avec Christian Jacob, le président de l’Association des maires de France propose que les élus aient une double signature.

Jacques Pélissard, député-maire UMP de Lons-le-Saunier, président de l'association des maires de France. Photo Pierre Verdy / AFP

Que se passe-t-il du côté des maires ?

Le système des 500 signatures est la clef de voûte du système politique français. Il a été conçu pour donner de la crédibilité à un candidat. Mais, dans l’esprit des Français, il s’est retrouvé transformé. Le parrainage est assimilé désormais à un soutien. C’est ce qui explique que les candidats qui sont aux extrémités du champ politique aient du mal à les recueillir. Ce n’est pas facile pour un citoyen de base de comprendre que, si son maire donne sa signature à un candidat d’extrême droite ou d’extrême gauche, il ne le soutient pas pour autant. Il y a donc un refus des maires de signer pour eux, d’autant plus que 2014, date des prochaines élections municipales, c’est tout près. Ils n’ont pas envie d’essuyer des reproches.

Quelle solution pourrait donc être imaginée pour remédier au problème ?

Je ne suis pas favorable au rétablissement de l’anonymat des signatures. Les maires sont responsables, la transparence, dont je suis partisan, est normale. En revanche, pour éviter de nouveaux blocages, je propose que chaque maire dispose de deux signatures. L’une serait un parrainage qui équivaudrait à un soutien ; il serait pour un candidat de cœur. L’autre serait un parrainage républicain ; il n’aurait en rien valeur de soutien, mais un maire le donnerait à tel ou tel candidat, dont il estime la présence ou les idées dans le débat présidentiel normales. Cette dualité laisserait davantage de marges de manœuvre et de liberté aux maires. En 2007, j’avais par exemple reçu dans ma ville de Lons-Le-Saunier un candidat dont je trouvais les idées très intéressantes et qui avaient selon moi leurs places dans le débat. Avec le système que je suggère, je lui aurais donné ma signature. Continue reading

«Prenons garde aux effets pervers d’un changement. Attention de ne pas modifier le système en pire »

Interview de François Rebsamen, par Eric Mandonnet

François Rebsamen, sénateur-maire PS de Dijon, président du groupe PS au Sénat. Photo Jeff Pachoud / AFP

Marine Le Pen dit avoir du mal à obtenir ses 500 signatures. Doit-elle les obtenir ?

Je considère qu’à partir du moment où une formation politique – que je combats, que je taxe parfois de xénophobie – représente une part significative de l’opinion publique, elle doit être apte à concourir. Sinon, il faut interdire ce parti. Et je pense que Marine Le Pen aura ses 500 signatures.

Comment déterminer qui a le droit, ou pas, de se présenter à l’élection présidentielle ?

Pour le moment, constatons que le système a bien fonctionné. Franchement, quelqu’un qui n’arrive pas à recueillir 500 signatures sur 45 000 élus, du maire au parlementaire en passant par le conseiller régional ou général, c’est qu’il n’a pas sa place dans l’élection présidentielle. Le système qui existe est donc plutôt convenable. Je m’exprime à titre personnel : on ne peut pas être candidat à l’élection présidentielle simplement pour présenter quelques idées. Il faut avoir une reconnaissance territoriale que les élus locaux sont à même de donner. Jusqu’à présent, il n’y a jamais eu de candidat vraiment légitime qui ait été empêché de concourir, et le système permet d’éviter des candidats de diversion. On parle parfois du cas de Jean-Marie Le Pen en 1981, mais il était alors à la tête d’un vrai parti d’extrême droite totalement minoritaire. Continue reading

«Les élus locaux sont les mieux placés pour évaluer la crédibilité d’un message politique »

Interview de Christian Jacob, par Eric Mandonnet

Christian Jacob, député de Seine-et-Marne, président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale. Photo Boris Horvat / AFP

La présidentielle n’est pas un concours de beauté. Comment sélectionner les candidats ?

Le filtre qui existe aujourd’hui est un bon filtre. Ce n’est pas un système parfait, mais il me convient. Aucun candidat avec des idées fortes n’a été empêché de se présenter.

En 1981, Jean-Marie Le Pen n’a pas récolté le nombre suffisant de signatures…

C’est arrivé une seule fois, il y a plus de trente ans, et Jean-Marie Le Pen ne représentait pas alors ce que représente désormais le Front national.

Y a-t-il moyen, néanmoins, d’améliorer le système ?

Je vois une piste. Si on allait plus loin, en obligeant à la transparence complète – chaque candidat publiant l’intégralité de ses soutiens – cela ne me dérangerait pas. Un élu qui parraine s’engage pour un candidat, alors autant que les choses soient claires. Continue reading

«Le système de 500 signatures ne répond plus aux objectifs fixés. Il a failli et il est devenu totalement absurde »

Interview de Guy Carcassonne, par Ludovic Vigogne.

Guy Carcassonne, agrégé de droit, membre de l'Institut Montaigne

Pour le constitutionnaliste, le prochain gouvernement devrait réformer sans tarder les conditions de l’élection présidentielle. Guy Carcassonne propose un système de parrainages populaires qui coexisterait avec la signature non plus de 500 mais de 750 élus.

Le système des 500 signatures d’élus nécessaires à un candidat à l’élection présidentielle pour se présenter semble toucher ses limites. C’est aussi votre sentiment ?

Absolument. C’est un système qui est devenu absurde. Il avait au départ une double ambition : éviter les candidatures trop nombreuses et permettre néanmoins à tous ceux qui représentent quelque chose de pouvoir concourir à l’élection présidentielle. Or, sur ces deux objectifs, il a failli. Des candidats qui représentent pourtant quelque
chose n’ont pas pu l’être et d’autres qui ne représentaient rien ont pu eux se présenter. Mais quelle est la contribution au débat démocratique de candidats qui obtiennent au final 1 ou 2%? Ils font en plus courir le risque d’accident du type de celui du 21 avril 2002. Le système, mal conçu, est devenu pénalisant. Continue reading