François Hollande et la politique étrangère : À nous deux l’Europe

par François Clemenceau

François Hollande, le 29 février, à Londres. Conférence de presse avec le chef de l’opposition travailliste, Ed Miliband. Photo : WPA POOL/AFP

Peu présente dans sa campagne, la politique étrangère n’a guère été jusqu’à présent mise en avant par le candidat socialiste. François Hollande paraît décidé à inscrire son action davantage dans la continuité que dans la rupture. À une exception près, l’Europe. Avant même que Nicolas Sarkozy ne s’empare de ce thème à Villepinte, le candidat socialiste avait marqué qu’il entend faire de la construction européenne un cheval de bataille majeur s’il est élu le 6 mai.

«L’étranger, c’est moi. » À ceux qui s’étonnaient de ne pas trouver de porte-parole en charge des dossiers de politique étrangère dans son organigramme de campagne, François Hollande avait fait répondre qu’il ne souhaitait personne. Mais vouloir mener le combat sur les grands sujets économiques et sociaux ne pouvait pas raisonnablement dans la durée le laisser muet dans ce domaine. Surtout sur les dossiers européens, si liés à la crise économique et à celle des dettes souve- raines.

C’est la raison pour laquelle François Hollande s’est rendu à Bruxelles puis à Londres, fin février, et à Varsovie, le week-end dernier. Déplacements risqués, on l’a vu. D’abord parce qu’à chaque visite d’une capitale ses adversaires ne manquent pas de souligner qu’elles sont insignifiantes en raison du statut des personnalités rencontrées, aucun chef d’État ou de Gouvernement à ce stade hormis José Luis Zapatero en Espagne, l’an dernier, avant que le Premier mi- nistre espagnol assiste à la défaite de son parti face aux conservateurs de Mariano Rajoy.

Renégocier le traité européen

Ensuite, parce que les sujets d’entretien tournent autour de son projet de renégocier le traité européen de discipline budgétaire qu’aucun des grands dirigeants au sein de l’Union n’envisage à ce stade de modifier. D’où la polémique qui s’est développée au sujet de « l’inconsistance » de François Hollande sur sa dimension présidentielle à l’extérieur. Le candidat socialiste aura largement l’occasion d’y revenir lors d’un sommet des dirigeants sociaux-démocrates européens à Paris, ce vendredi. Pour l’instant, il dit n’accorder à ces querelles que peu d’importance, même si ses proches suspectent ouvertement l’Élysée et le Quai d’Orsay d’Alain Juppé de faire pression sur les dirigeants de l’Union européenne pour boycotter François Hollande ou toute discussion sur la renégociation du traité. Aux reproches qui lui sont faits de ne pas se positionner davantage sur les grands sujets de politique étrangère (hormis les questions de défense nationale abordées dimanche dernier au côté de Jean-Yves Le Drian, de retour d’une visite au Pentagone aux États-Unis), Pascal Boniface, directeur de l’IRIS et qui connaît bien l’équipe inter- nationale de François Hollande, rétorque : « Disons qu’il n’a pas un goût immodéré pour cette matière et donc il a choisi de ne pas s’y aventurer. Mais il faudra bien qu’il sorte du bois pour s’emparer du sujet. » « Son urgence n’est pas là », ajoute un ancien des équipes Mitterrand et Jospin, « il faut avant tout qu’il se positionne sur l’Europe, sur la relation avec Merkel et sur l’euro, et il sait que c’est sur ce terrain-là qu’on jugera sa crédibilité ». Aucun sondage n’est venu confirmer l’adhésion des Français à sa volonté de renégocier le traité européen mais l’ancien patron du PS a compris malgré tout qu’il n’était pas utile de faire de cette question son seul cheval de bataille.

Faire passer des messages

Cela n’a pas empêché l’ancien patron du PS de continuer à agir par procuration sur la scène interna- tionale en envoyant en mission aux quatre coins du globe un certain nombre de ses proches. Pierre Moscovici, l’ancien ministre des Affaires européennes, est toujours attendu à Washington ces jours-ci dans l’espoir d’y rencontrer Hillary Clinton ainsi que le vice-président Joe Biden. Laurent Fabius, ancien Premier ministre, s’est acquitté de son côté d’une tournée au Proche-Orient et dans le Golfe avant de repartir en Chine et au Japon le mois dernier. Jack Lang, ancien président de la commission des affaires étran- gères de l’Assemblée nationale s’est rendu en Tunisie également et Martine Aubry rentre du Maroc après avoir étudié la possibilité d’un déplacement à Moscou. Objectif de ces visites pour le candidat Hollande ? Montrer qu’il ne se désintéresse pas totalement de l’actualité internationale, faire passer des messages à ceux qui seront demain, s’il est élu, de futurs interlocuteurs de poids, tout en lui permettant de rester sur le champ de bataille national face à un Sarkozy redevenu omniprésent. Comme le décrypte égale- ment un proche, cela donne enfin la possibilité à François Hollande « d’occuper » les émissaires en question avec une activité noble tout en les mettant en concurrence. Trois de ces personnalités se savent déjà en rivalité pour obtenir le jour venu le poste très convoité de ministre des Affaires étrangères. À commencer par Pierre Moscovici, qui aurait été le premier à tiquer au vu de l’absence de responsable du secteur international dans le fameux organigramme de campagne. Mais ce n’est un secret pour personne que Laurent Fabius serait enchanté de « prendre » le Quai d’Orsay en cas de victoire de la gauche. Jack Lang, quant à lui, joue les modestes. « Je n’ai rien demandé », plaide-t-il, « je suis allé en Tunisie à la demande de François Hollande », et l’homme s’affirme disponible pour d’autres missions où il pourrait apporter sa sensibilité, au Brésil par exemple.

Des noms pour le Quai

Le risque, c’est celui de la cacophonie. Selon un familier du vivier d’experts diplomatiques du PS, la boîte à idées de François Hollande sur l’international est « pleine comme un œuf ». Pas moins de 150 spécialistes s’occuperaient, de près ou de loin, des questions de politique étrangère et de sécurité internationale. Jean-Louis Bianco, ancien sherpa de François Mitterrand, veille sur ces travaux. C’est le cas également de Maurice Braud, ancien secrétaire général du PS longtemps en charge des questions internationales. Pour coordonner le tout, François Hollande a fait appel à l’un des anciens du cabinet d’Hubert Védrine au Quai d’Orsay, Pascal Brice. À 46 ans, cet ancien de Sciences Po et de l’ENA, qui a été en poste au Maroc avant de de- venir ces dernières années consul de France à Barcelone, est un pur strausskahnien. À lui d’animer et de surveiller cette ruche qui produit des dizaines de fiches par jour sur la plupart des sujets planétaires. Dans cette vaste équipe qui phosphore sur la thématique, on trouve des « gaullo-mitterandiens » comme des « occidentalistes », selon la terminologie de Pascal Boniface, qui vient de sortir un livre à ce sujet*. Ce sera parmi ces deux espèces que le candidat, s’il devient Président, devra choisir ses plus proches conseillers en la matière. Des noms circulent déjà. Il en va ainsi de l’ancien dé- légué au Secrétariat international du PS et maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), Bruno Tertrais. De Jean-Maurice Ripert, ancien conseiller diplomatique de Lionel Jospin, proche parmi les proches de Bernard Kouchner et actuellement chef de la délégation de l’Union européenne à Ankara. De Pierre Sellal, secrétaire général du Quai d’Orsay et ex-ambassa- deur à Bruxelles ou de Pierre Vimont, ancien directeur de cabinet d’Élisabeth Guigou aux Affaires européennes et aujourd’hui adjoint de Lady Ashton à la tête de la diplomatie européenne. L’Europe, toujours l’Europe !

François Clemenceau
Article paru dans le numéro 438
du mercredi 14 MARS 2012

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


1 + = huit