Facebook bientôt supplanté ?

par Manuel Singeot

Le sigle Facebook devant son siège en Californie. Photo : KIMIHIRO HOSHINO/AFP

À peine dix ans et déjà vieux… Facebook est désormais concurrencé par de nombreux réseaux sociaux : Twitter est le plus connu mais il y en a beaucoup d’autres. Les internautes choisissent en fonction de leurs centres d’intérêt et de l’utilisation qu’ils en font. Alors que Facebook va être introduit en Bourse, certains s’interrogent déjà sur l’espérance de vie du numéro un mondial des réseaux sociaux.

Facebook doit faire l’objet d’une introduction prochaine à la bourse de New York. Depuis des mois, cette perspective fait couler des flots d’encre numérique et saliver certains investisseurs tournés vers l’économie numérique. Début février, la lettre d’intention rendue publique a levé de fols espoirs ; en effet, la capitali- sation boursière attendue de Face- book a parfois été estimée à plus de 100 milliards de dollars.

Pourtant, le numéro un mondial des réseaux sociaux en ligne n’est plus depuis longtemps en tête dans la course à la croissance. Certes, quand on revendique plus de 840 millions d’abonnés tout autour du monde, une croissance à deux chiffres est plus ardue à atteindre qu’au début, mais cet « assagissement » de Facebook n’est pas seulement dû à une saturation du marché. Son modèle lui-même est désormais contesté par une nouvelle génération de réseaux sociaux qui focalisent l’attention. Facebook, comme LinkedIn ou Via- deo, qui sont des réseaux sociaux professionnels, est fondé sur les relations existantes entre internautes. Un internaute entre en relation avec un autre parce qu’ils se connaissent dans la vie « réelle ». Les sites comme Twitter, Tumblr ou Pinterest s’appuient non pas sur le lien entre personnes mais sur des centres d’intérêt partagés. Bien sûr, rien n’em- pêche de s’abonner au fil Twitter d’un de vos amis mais les twittos partagent en réalité plus leurs passions qu’une vie commune. Les communautés se forment autour de thèmes comme la politique, les sujets d’actualité, les débats de société. Et les internautes discutent entre eux sans se connaître.

Tumblr est un concept quelque peu différent. Les centres d’intérêt sont au cœur de la relation entre abonnés mais Tumblr a réussi à marier l’idée du blog avec le réseau social. Les internautes partagent photos, vidéos, textes au travers de mots-clés. L’interaction est moins forte, les discussions moins courantes mais les communautés existent bel et bien. Pinterest, né en 2010, se place entre les deux. Les internautes partagent du contenu mais le font très rapidement via un bouton qui vient alimenter un pêle-mêle virtuel que tout un chacun peut consulter et suivre si les thèmes mis en avant correspondent à ses centres d’intérêt. Et, chose importante, une majorité de ses abonnés sont des femmes.

Le monde du marketing a rapide- ment compris l’intérêt de ces nouvelles relations. Les internautes, en mettant en avant leurs passions, en disent beaucoup sur ce qui est susceptible de les intéresser en tant que consommateurs. Facebook, construit sur les relations person- nelles, rend ce travail d’analyse moins aisé, et si l’économie du Web est de plus en plus fondée sur la personnalisation, la connaissance de votre parentèle a moins de valeur que celle de vos goûts. Facebook va-t-il donc entrer en Bourse au moment où son déclin s’amorce ? L’échec actuel des projets de « f-commerce » sur ce réseau social contraint les annonceurs à repenser leur stratégie. Nul doute que 845 millions de membres re- présentent un attrait considérable. Mais les croissances rapides que connaissent les nouveaux réseaux sociaux et la meilleure adéquation avec les besoins du marketing moderne sont une menace pour Facebook, dont l’entrée effective à la Bourse de New York pourrait être, en définitive, bien moins intéressante que prévu.

Manuel Singeot
Article paru dans le numéro 439
du mercredi 21 MARS 2012

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