À l’hôpital : L’inégalité n’est pas qu’affaire d’argent

par Joël Genard

Pour réduire le déficit de la Sécurité sociale, la carte hospitalière est régulièrement modifiée. Ce qui a pour conséquence de rendre inégal l’accès aux soins selon les régions. Un rapport de l’Insee indique que, pour une hospitalisation en court séjour, la moitié des patients sont accueillis à moins de vingt minutes de leur domicile. Mais d’un territoire de santé à l’autre, les temps de trajet sont très variables et peuvent être bien supérieurs à la moyenne nationale.

En France, en 2010, 11 millions de personnes, soit 17 % de la population, ont été hospitalisées en court séjour en médecine, chirurgie ou obstétrique. Au total, cela représente 16 millions de séjours, certaines personnes ayant été hospitalisées plusieurs fois dans l’année. La moitié des patients ont été accueillis à moins de vingt et une minutes de leur domicile, un quart à moins de onze minutes et un quart à plus de trente-sept minutes. Les principales activités hospitalières ont été classées par l’Insee en trente spécialités. Certaines sont relativement courantes et représentent un nombre important de séjours.

C’est le cas notamment de la chirurgie orthopédique, des endoscopies digestives, de la cardiologie et de la pédiatrie médicale, avec pour chacune d’entre elles plus d’un million de séjours. À l’opposé, les soins aux grands brûlés, l’assistance médicale à la procréation et les chirurgies thoraciques, vasculaires et infantiles correspondent chacune à moins de 100 000 séjours.

« EN URGENCE, LE TEMPS DE TRAJET DOMICILE-HÔPITAL EST UN ÉLÉMENT DÉTERMINANT DE LA SURVIE»

Des trajets plus courts pour les interventions les plus fréquentes

Le temps nécessaire à un patient pour se rendre de son domicile à un établissement de santé est généralement plus court pour les pathologies les plus fréquentes. Il est vrai que celles-ci peuvent être prises en charge dans davantage d’établissements que les pathologies inhabituelles, qui exigent souvent le déplacement dans un établissement de pointe. Parmi les séjours nécessitant des temps de trajet médian figurent les accouchements, au nombre de 820 000 en 2010 : la moitié des patientes ont mis moins de dix-sept minutes pour se rendre à l’hôpital. Seules six pathologies, totalisant moins de 500 000 séjours, requièrent actuellement en France des temps de trajet plus élevés. De l’ordre de trente minutes pour la chirurgie thoracique et vasculaire, trente-trois minutes pour la neurochirurgie, la chirurgie cardiaque et l’assistance médicale à la procréation, et enfin cinquante-cinq minutes pour les soins aux grands brûlés. Ces temps correspondent à des trajets effectués par la route, mais ils peuvent par ailleurs être réduits grâce au transport héliporté, dans le cas où un patient réside loin de l’établissement devant l’accueillir.

Des disparités dans l’accès aux soins selon les territoires

L’ensemble de ces données peut paraître rassurant, dès lors que chaque Français à un accès rapide aux soins, sans devoir trop s’éloigner du domicile. Mais tou- tefois l’Insee constate que les régions ne sont pas toutes logées à la même enseigne. Il est clair que vivre à Paris permet d’être plus rapidement pris en charge par un service hospitalier, ce qui pour certaines pathologies offre une chance de survie plus importante. L’étude montre en effet que des disparités existent. Ainsi, « 16 territoires – plus ruraux – se caractérisent par un temps d’accès médian supérieur ou égal à trente minutes ». C’est le cas par exemple de la Corse, des Deux-Sèvres, de la Dordogne, de l’Ariège, du Lot, de l’Indre et de la Lozère. Pour deux territoires, « le Gers et les Alpes-de-Haute-Provence, le temps médian nécessaire aux patients pour se rendre à l’hôpital est même supérieur à quarante minutes ».

Selon les auteurs de l’étude, ces écarts entre territoires de santé « peuvent notamment s’expliquer par les disparités dans l’offre de soins ». Aussi ont-ils examiné cette offre en mesurant la densité de lits de court séjour par habitant. Cette densité est « de 40 lits pour 10 000 habitants au niveau national, et elle varie de 19 à 73 lits selon le territoire de santé. Les territoires les mieux pourvus sont la Côte-d’Or, le Cantal, la Meurthe-et-Moselle, Paris, et les territoires de Strasbourg et de Flandre intérieure : tous comptent plus de 50 lits de court séjour pour 10 000 habitants ». À l’inverse, « l’ouest de l’Oise, la Vendée, les Landes, la grande couronne de l’Île-de-France, la Haute-Loire, la Dordogne, le Lot et l’Ariège figurent parmi les moins bien dotés ».

Joël Genard
Article paru dans le numéro 441
du mercredi 4 AVRIL 2012

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