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Cultures

10 juillet 2017

Un récit concordant…

Avouons-le sans pudeur : la rédaction de l’Hémicycle, et le signataire de ces lignes en particulier, font partie des « inconditionnels » de Concordance des temps, émission de France Culture que Jean-Noël Jeanneney anime depuis 1999. À tel point d’ailleurs que chacun de nos numéros propose à Bruno Fuligni de mettre en valeur une telle « concordance » dans l’histoire parlementaire de la France. En dix-huit ans, l’ancien président de Radio France a, lui, évoqué pas moins de huit cents thématiques et sujets que la confrontation avec le passé permet toujours de mieux éclairer. Il est vrai que, désormais, dans le générique de cette émission culte, on reconnaît Marguerite Yourcenar, qui de sa voix inimitable déclame : « Le coup d’œil sur l’histoire, le recul vers une période passée ou, comme chez Racine, vers un pays éloigné, vous donnent des perspectives sur votre époque et vous permettent d’y penser plus loin et de voir plus loin les problèmes qui sont les mêmes et les problèmes qui diffèrent… ou les solutions. » CQFD.

Muni de ce viatique, JNJ (on se permettra cette familiarité scandaleuse) passe au crible –presque – toutes les activités humaines : dans ce plaisant florilège (les plus récentes émissions ont ainsi évoqué, entre autres, les sages-femmes, comme la Californie, les fausses nouvelles ou Octave Mirbeau et même la météorologie…) le professeur émérite des universités a choisi de sélectionner quinze interventions pouvant être réunies sous la thématique, aujourd’hui souvent polémique, du Récit national. Le sous-titre, Une querelle française, en dit assez long… On y (re)trouvera avec bonheur, les dialogues aves les regrettés René Rémond (analysant « 1905 et la laïcité rayonnante ») ou Guy Carcassonne (parlant en 2008 – 50 ans après les débuts de la Ve République – d’une « Constitution pour la France ») sans oublier bien sûr les interventions remarquables de Mona Ozouf (qui détaille le « moment Jules Ferry »), Michel Pastoureau (apportant sa vision si originale des « emblèmes et passions »), Hervé Le Bras (expliquant comment on a pu « découper la nation »), Michelle Perrot (spécialiste reconnue des grèves et des « violences ouvrières »). On pourrait citer à cette altitude toutes les contributions (celles de Christian Amalvi, Anne-Claude Ambroise-Rendu, Claire Andrieu, Jean-Claude Caron, Delphine Diaz, Patrick Eveno, Sudhir Hazareesingh, Sylvain Venayre ou Patrick Weil) avec le même plaisir. Elles obéissent toutes au rituel de l’émission : un avant-propos de Jean-Noël Jeanneney, au style toujours très balancé et d’une précision élégante, puis un dialogue – de belle tenue – avec le spécialiste de la question. Le tout interrompu par des documents d’archives radiophoniques (essentiellement de France Culture). Dans l’ouvrage, on trouvera donc le texte – un peu oublié – d’une chanson (aux connotations très vichystes) de 1941, Ah que la France est belle ! mais aussi celui de Rendez-vous avec la liberté qu’Yves Montand chanta – magnifiquement – en 1946. Et beaucoup d’autres…

Ces quinze voix de spécialistes reconnus – parfois non parfaitement concordantes d’ailleurs ! – offrent au thème traité des éclairages si différents qu’ils en sont révélateurs. Le « fil rouge » – si l’on ose cette métaphore – a été fixé par le maître d’œuvre de l’émission. Il s’en explique dans la préface : « Parmi nos désarrois contemporains, les esprits moroses, qui confondent un noir pessimisme avec la lucidité, vont chercher dans le passé qui assignent à la France et à ceux constituant en magasin de leurs angoisses un bric-à-brac destiné à entretenir celles-ci indéfiniment. » Et s’il refuse « le rôle du ravi de la crèche », notre auteur défend qu’« affirmer notre singularité [nationale], ce n’est en rien rejoindre un “souverainisme” replié sur ses aigreurs, ses fantasmes à propos d’un passé plus ou moins imaginaire ». Et parlant cette fois « d’identité européenne », il prévoit – on approuve – que « les périls du dehors pourraient bien contribuer à renforcer son évidence (…) à condition qu’on ne prétende pas la bâtir contre les spécificités nationales, mais qu’on l’enrichisse d’elles, en originalité parmi les peuples du monde ». On peut donc prévoir d’autres volumes de cet acabit, notamment sur la France et l’Europe : on en redemande, déjà.

Écrit par

Pascal Bonnefille

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