Dis-moi où tu travailles…

par Pascal Bories, en collaboration avec SFR PLAYER

D’un côté, certains perdent des heures à rejoindre leur lieu de travail. De l’autre, des télétravailleurs indépendants se retrouvent trop isolés… Les outils numériques posent de façon de plus en plus aiguë la question de la distance entre entreprises et travailleurs.
Un enjeu qui exige des réponses nouvelles. Aperçu des tendances.

À la question « Où se situe votre lieu de travail ? », un nombre croissant de travailleurs semble avoir du mal à répondre. La multiplication des fonctions des smartphones et la possibilité de se connecter facilement en tout lieu (liée à l’accroissement des flux d’informations numériques stockées dans le cloud) autorisent un travail de plus en plus mobile, agile, voire dispersé.

Une tendance semble cristalliser ce phénomène : l’apparition des tiers-lieux, espaces professionnels entre la maison et le travail. Cécilia Durieu, cofondatrice du service eWorky.fr (répertoire de lieux de travail), précise : « Les tiers-lieux de travail se multiplient : espaces de coworking, télécentres, centres d’affaires, ou même cafés équipés de WiFi. » Pour Christine Balaï, consultante et ex-rédactrice en chef de la lettre Innovation & Administration : « Ces lieux ouverts, marqués par une culture d’échange, de partage et de convivialité, favorisent la créativité, l’innovation et le vivre ensemble, selon leur spécificité. Espaces de coworking, lieux culturels ou autres “maisons” ont une dimension culturelle forte à la fois numérique, sociale et d’innovation. » Dans ces lieux réside un esprit de partage qui favorise, outre la possibilité de travailler ailleurs que dans son entreprise, l’intelligence collective, la créativité, l’interdisciplinarité ou encore la fertilisation croisée.

Autre élément : non seulement le télétravail a la peau dure, mais il semble, aussi clairement ancré dans le paysage du travailleur : « Aujourd’hui, 12,4% de la population active française télétravaille», indique Cécilia Durieu. Pour l’employeur, cela recouvre quelques avantages : une flexibilité accrue des employés, une charge locative moins élevée et une baisse de l’absentéisme. L’employé, lui, y gagne une réduction du temps de transport ainsi qu’une gestion plus personnelle des horaires. Encore mieux : selon une étude Greenworking, le gain de productivité serait de 22 %. Pourtant, cette façon de travailler en mobilité bouscule la distance entre employé et supérieur, le modèle managérial ainsi que l’esprit d’équipe. Laurent Taskin, professeur de management et des organisations, parle de phénomène de déspatialisation : « En rompant avec une certaine unité de temps, de lieu et d’action, le télétravail bouleverse l’organisation du travail et l’exercice traditionnel des pratiques de management. » À cet enjeu managérial s’ajoute une nouvelle question : quelles règles inventer pour ne pas mélanger, chez soi, vie privée et vie professionnelle ?

La connexion permanente aurait donc le potentiel de conduire à une meilleure répartition territoriale des lieux de travail et à davantage de productivité. Une réalité que les pouvoirs publics semblent prendre à bras-le-corps : deux lois ont été promulguées cette année pour encadrer, justement, le télétravail.

En collaboration avec Logo SFR Player, le magazine des mondes numériques.

Pascal Bories
Article paru dans le numéro 453
du mercredi 17 OCTOBRE 2012

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


8 − = deux