« Le Sénat à gauche, ce serait une forme de cohabitation jamais connue en France »

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Interview de M. Jean-Pierre Bel, par Ludovic Vigogne

Jean-Pierre Bel, le 25 septembre, ce sera le grand soir ?
Je formulerais les choses différemment. Si nous pouvons faire basculer le Sénat à gauche, ce sera une très grande victoire et un bouleversement institutionnel et politique.

Quelles seraient les conséquences d’un tel basculement ?
Voir une assemblée qui n’a jamais connu l’alternance la vivre enfin mettrait de l’oxygène dans nos institutions. Une autre manière de regarder le Sénat verrait le jour. Certains constitutionnalistes, comme Maurice Duverger, avaient théorisé que le Sénat avait pour attribution d’être réservé à la droite. Compte tenu du résultat des dernières élections municipales, régionales et cantonales, on peut de manière sérieuse imaginer leur donner tort. Même si nous savons que nous sommes dans un combat inégal. Si la droite a depuis cinquante ans conservé le Sénat, c’est parce que nous avons un mode de scrutin qui désavantage la gauche. Il faut vraiment que nous mettions la barre très haut pour faire mentir Duverger !

Cela veut dire que si le Sénat ne bascule pas la question de sa représentativité se posera à vos yeux?
Oui, il y aura une vraie question. On ne peut imaginer que la gauche se trouve dans de meilleures conditions qu’aujourd’hui pour gagner. Or, si le Sénat ne bascule pas, cela voudra dire que l’on accepte que le système démocratique soit verrouillé. Tous ceux qui, comme moi, sont attachés au bicamérisme pourront s’interroger sur un mode de scrutin datant de 1958, toujours en place, alors qu’il y a eu la décentralisation. Il faudrait le moderniser et l’adapter pour que ne soit pas favorisée une catégorie de collectivités locales, les petites communes, comme c’est le cas aujourd’hui.

Si le Sénat passe à gauche, vous bloquerez l’action du gouvernement Fillon ?
En aucune façon la nouvelle majorité qui se mettra en place, qui sera ouverte je le précise, n’aura cet objectif. La réforme territoriale de Nicolas Sarkozy est passée au bulldozer : le Sénat a dû manger son chapeau. La nouvelle taxe professionnelle ne passe pas dans les territoires. La disparition des services publics locaux se poursuit… Notre premier objectif sera de préparer des états généraux des élus locaux pour imaginer une nouvelle étape de la décentralisation.

Le chef de l’État nous a habitués à des réformes, faites pour des motifs particuliers plus que dans le souci de l’intérêt général, votées à la va-vite. Nous serons des gardes- fous. Le Sénat est d’abord et avant tout une assemblée politique. Cela serait une forme de cohabitation jamais connue en France. Le Sénat jouerait un rôle de défense des libertés publiques individuelles.

Serez-vous le candidat du PS au plateau ?
Ma première ligne d’horizon, c’est le 25 septembre. Si, ce soir-là, nous avons vingt sièges supplémentaires et que l’alternance est possible, là je m’interrogerai. Je ne cache pas que, depuis 2004, date à laquelle j’ai commencé à présider le groupe socialiste, j’estime que beaucoup de travail a été accompli. J’ai aussi beaucoup réfléchi à l’avenir du Sénat et aux nouveaux enjeux de la décentralisation. J’estime donc avoir une certaine légitimité. Il y a là une forme de logique. Et je m’adresserai à tous les élus locaux de France, quelle que soit leur sensibilité, pour leur proposer la mise en place d’un dialogue rapide entre nous.

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