Le Jeudi 27 septembre 2007
Séance publique - Le projet de loi de lutte contre la contrefaçon a été adopté par le Sénat le 19 septembre, les débats, initialement prévus jusqu’au lendemain, ayant dégagé un consensus assez large.
Seul le groupe CRC s’est abstenu, Michèle Demessine (CRC, Nord) regrettant que cette transposition de la directive européenne 2004/48 du 29 avril 2004 relative au respect des droits de propriété intellectuelle ne s’attaque pas plus aux causes de la contrefaçon. Elle n’a toutefois pas condamné l’économie générale du texte.
Les avancées prévues par le projet sont essentiellement : la saisine d’un juge en urgence en cas d’atteinte imminente à un droit de propriété intellectuelle ou pour empêcher la poursuite d’une telle atteinte ; le « droit d’information » qui permet aux juridictions civiles d’identifier les réseaux de contrefaçons, en interrogeant les contrefacteurs ou les personnes en possession de contrefaçons ; l’amélioration du calcul des dédommagements des victimes de contrefaçons, en les fixant de manière forfaitaire et en prenant en compte les bénéfices réalisés.
Plus d’échelle commerciale
Seul un amendement a été retiré, qui prévoyait de faire assumer l’intégralité des frais de justice au contrefacteur condamné. Hervé Novelli, secrétaire d’Etat chargé des Entreprises, solidaire sur le fond, a fait valoir qu’un texte à ce sujet devait être transmis au Conseil d’Etat pour décret. Le reste des amendements proposés par le rapporteur du projet pour la commission des lois, Laurent Béteille (UMP, Essonne), a été soutenu par le Gouvernement et adopté. Ils concernent d’abord l’abandon d’une référence à une « échelle commerciale » pour qualifier les délits de contrefaçons de grande ampleur. Et ce malgré les craintes de Jacqueline Gourault (UC-UDF, Loir-et-Cher) de voir pénaliser les particuliers agissant pour leurs « propres besoins et sans en retirer d’avantage économique ou commercial ».
Une autre modification concerne le renforcement des moyens d’action des douanes et des services judiciaires en matière de contrefaçon (retenues, saisies, destructions, etc.). Autre amendement adopté : la spécialisation des tribunaux pour les contentieux en matière de propriété intellectuelle, les tribunaux du grande instance se voyant confiés cette mission, qui devrait être détaillée ultérieurement par voie réglementaire.
Contrefaçon dangereuse
Enfin, le texte modifié prévoit une circonstance aggravante en cas de contrefaçon dangereuse pour la santé et la sécurité, faisant passer la peine encourue de trois ans d’emprisonnement et 300 000 E d’amendes à cinq ans et 500 000 E. En revanche, le sous-amendement proposé par Ladislas Poniatowski (UMP, Eure), qui proposait d’y ajouter les contrefaçons dont la fabrication a porté atteinte à la dignité humaine ou a profité du travail d’enfants, a été retiré. Laurent Béteille et Hervé Novelli y voyaient trop de difficultés à apporter les preuves devant la justice française.
Pour aller plus loin, les sénateurs se sont montrés favorables à la création d’un groupement international de lutte contre la contrefaçon, sur le modèle du Gafi (Groupe d’action financière), et ont soulevé la question de la lutte contre les ventes de contrefaçons sur Internet. Christian Cambon (UMP, Val-de-Marne) a proposé la mise en place au Sénat d’un groupe d’étude pour suivre la mise en œuvre du texte.
David Gilberg
