Jérôme Clément, Président d’Arte France
Alors que Christine Albanel devrait rendre public cette semaine le budget 2008 de l’audiovisuel, Jérôme Clément revient pour l’Hémicycle sur les grands objectifs d’Arte.
A l’orée de la période budgétaire, quelles sont les perspectives 2008 pour Arte ?
Le cadre fixé par le contrat d’objectifs et de moyens (COM) signé le 15 mars dernier prévoit pour 2007-2011 une augmentation de notre budget de 3,4 % par an en moyenne. Plus précisément, 2008 et 2009 sont des années de forte montée en puissance avec respectivement des hausses de 4,2 % en 2008 et de 4 % en 2009 correspondant à la double diffusion en numérique et en analogique. La réduction des coûts liés à l’arrêt de l’analogique par étapes, fait que l’augmentation du budget sera moins forte en 2010 (2,8 %) et 2011 (2,4 %).
Ce COM permet une augmentation du budget de programme de 5,1 % par an en moyenne. Ces chiffres nous permettent d’envisager 2008 avec sérénité, considérant que le Gouvernement n’a pas donné d’indications laissant supposer qu’il pourrait y avoir une difficulté d’application du COM. Nous avons commencé d’échanger avec le Parlement.
Parmi les sujets d’inquiétude qui demeurent figure la possibilité que ne soit pas respecté le calendrier d’extinction de l’analogique à partir duquel le Com a été défini. Cela signifierait le maintien de frais élevés et non budgétés de diffusion analogique. Mais il est dans la nature d’un Com de ne pas tout prévoir d’avance et il est logique que des aménagements puissent être nécessaires lorsque l’on se rapproche de l’échéance.
Quelles seront les grandes orientations de la politique d’Arte en 2008 ?
Nous avons à ce jour trois préoccupations. En premier lieu, avec la montée en puissance du numérique, nous devons nous imposer dans un paysage de plus en plus concurrentiel. Nous allons donc modifier notre grille de jour à l’automne et notre grille de soirée en janvier.
Dans notre grille de jour, nous introduirons des rendez-vous quotidiens – réveils musicaux, Thématinées, le magazine Chic (à midi) et un rendez-vous cinéma à 15h.
L’accompagnement des nouvelles pratiques culturelles par la diffusion d’Arte sur les nouvelles plateformes technologiques est l’un des objectifs majeurs du COM 2007 - 2011. Notre deuxième axe stratégique essentiel en 2008 est donc de poursuivre dans cette voie avec une stratégie qui épouse l’époque : « Arte Global ». Cela passe notamment par l’enrichissement de notre site Web, par Arte Radio et par Arte VOD1 lancé en février 2006. Aujourd’hui sur www.artevod.com plus de 950 programmes (dont 93 % de programmes européens) peuvent être téléchargés moyennant une rémunération équitable des ayants-droit. Au premier trimestre 2007, Arte VOD comptait 66 000 visites par mois.
Par ailleurs, nous lancerons le 1er octobre Arte +7 : une large sélection de programmes d’Arte sera accessible gratuitement en streaming (non stockable sur l’ordinateur) pendant une semaine sur notre site Internet. L’accord avec l’Union syndicale des producteurs audiovisuels autorisant cette mise à disposition a été signé le 27 juin 2007. Les programmes proposés reflèteront la richesse de l’offre d’Arte : les documentaires sur Maria Callas, la série de dix films sur la Démocratie, les émissions emblématiques de la chaînes : Arte Info, Le journal de la culture, Arte Reportages, Chic, Karambolage, Zoom Europe etc.
L’objectif d’Arte Global est double : donner plus de visibilité aux programmes français et européens en favorisant leur circulation et leur disponibilité, tenir compte des nouveaux modes de consommation des images et ainsi toucher un public plus jeune. Sur le site arte.tv, sur Arte radio, comme sur Arte VOD la majorité de notre public a entre 15 et 40 ans. Sur Arte VOD en particulier, 40 % des visiteurs ont entre 20 et 35 ans et plus de 70 % entre 15 et 45 ans.
Enfin, le troisième défi à relever est celui de la Haute définition (HD), technologie particulièrement adaptée à nos programmes. Nous sommes d’ores et déjà candidats pour la diffusion en haute définition sur la TNT, et nous y sommes largement préparés. Arte est la seule chaîne à avoir fait la démarche de demander à ses producteurs de livrer 100 % des programmes en 16/9 dés le début janvier 2007, le 16/9 étant le format de la HD. Arte HD est d’ailleurs disponible depuis le 2 février en démonstration sur AB3, sur les offres ADSL des opérateurs Orange (depuis le 1er février) et 9 Télécom (depuis le 7 février) et sur l’offre de Noos Numéricâble (depuis le 1er septembre 2007).
Mais votre audience n’est-elle pas assez faible ?
Premièrement, cela est de moins en moins vrai. En France, sur les huit premiers mois de l’année 2007, Arte a progressé dans l’univers analogique des chaînes historiques, en se situant à 3,4 % de part d’audience contre 3,2 % sur la même période en 2006. Dans l’univers TNT, Arte résiste plutôt bien à la concurrence des chaînes de la TNT. Au mois de juin 2007 en effet, Arte a progressé (+ 0,2 %) passant de 1,5 % de part de marché pour la période janvier mars 2007 en mai à 1,7 % de part de marché en juin. Notre programmation – cinéma et documentaires notamment – rencontre aussi un public croissant.
Deuxièmement, l’audience doit être calculée sur l’ensemble des supports et l’accompagnement des nouvelles pratiques culturelles que je viens d’évoquer amène également de nouveaux publics.
Troisièmement, il est dommage de ne raisonner qu’en termes de part de marché, alors que les chiffres en valeur absolue sont très révélateurs. Tous les soirs ce sont un à deux millions de personnes qui regardent des programmes comme Les mercredis de l’Histoire. Lorsque nous captons un spectacle, nous touchons systématiquement une audience beaucoup plus large que celle de la salle en question.
Il faut enfin se souvenir que nous n’avons pas une démarche exclusivement nationale. Nous avons une mission de service public : celui d’une chaîne culturelle européenne et nous l’honorons avec constance. Notre audience allemande s’est accrue de 23 % sur les huit premiers mois de l’année par rapport à la même période en 2006, et nous sommes diffusés dans d’autres pays européens – Suisse, Belgique, Autriche, et par satellite jusque dans le Caucase. Nous avons volontairement une politique européenne de programmation, et nous pensons que l’industrie des programmes est un atout pour un pays… C’est quand même le premier poste d’exportation américain !
Propos recueillis par F.-X. Lanfranchi
(1) : Video on demand (vidéo à la demande)
