Le Mercredi 30 janvier 2008
Chaud devant ! A défaut de contrats indiens, avec le rapport Attali, la croissance va repartir ! Et que voulez-vous, mieux vaut communiquer là-dessus par les temps qui courent que sur la dépénalisation du droit des affaires. S’appuyer sur le rapport du Cher Jacques et retourner sur le terrain : cela vaut bien un « j’ai changé », non ? Après tout, le coup a déjà marché par le passé, sans quoi l’on n’en serait pas là, à ne cesser de répéter qu’il faut agir. C’est sûr qu’il vaudrait mieux en donner l’impression, parce qu’à la veille des municipales, l’électorat inscrit en a gros sur le cœur.
Imaginez ! Il a appris que non, il n’y a pas de petit Sarko-Noël. Hier, ensemble, tout devenait possible. Aujourd’hui, à l’impossible, nul, c’est-à-dire le président de la République, n’est tenu. Le meneur d’hommes s’en est même ouvert à plusieurs reprises. Dans un premier temps aux imbéciles qui trépignent pour que leur pouvoir d’achat augmente alors que les caisses sont vides. Et dans un deuxième temps, à ceux qui l’ont écouté répondre aux propositions du rapport Attali : il en a par-dessus la tête de ces demandes paradoxales des collectivités et des entreprises, qui veulent simultanément que l’Etat paye – le plafonnement de la taxe professionnelle, les allègements de cotisation sociale et les préretraites - et se désendette.
Pire : une fois retiré son costume de Supère-Noël, Nicolas Sarkozy ne peut guère se réfugier derrière le prestige de sa fonction. Certes, il fut un temps, bien avant lui, où François Mitterrand pouvait prendre de haut PPDA sur le mode : « ne soyez pas insinuant ». Mais aujourd’hui, l’insinuation est dans toutes les têtes. Et pour cause : à force de descendre dans l’arène, Nicolas Sarkozy aura désacralisé jusqu’à sa fonction. Jamais jusqu’ici, un président ne s’était entendu traiter, face à face et devant les caméras, « d’enculé » (sic.) par un pêcheur qui le menaçait également d’un « coup de boule ». Jamais un de ses prédécesseurs n’avait poussé à ce point l’étalage délibéré de sa vie personnelle. Que le président passe assez de temps dans le show-biz pour s’amouracher d’un mannequin, cela énerve la France qui se lève tôt. Que les caricaturistes des journaux indiens s’en donnent à cœur-joie(1), certains hauts fonctionnaires chargés de représenter la France rougissent de honte. Mais quand ce mannequin s’exhibe, de cuissardes dévêtue, dans un journal espagnol et partout sur Internet, là, chapeau bas, ce n’est plus du Vaudeville, c’est du Feydeau et la pièce s’appelle : Mais ne te promène donc pas toute nue…
Alors bien sûr, dans une telle situation, il faut de l’imagination, de la nouveauté, pour captiver le spectateur, pour l’hypnotiser façon Ribadier(2). Tenez ! Un rapport Attali !
Question : cela suffira-t-il ? Car le document en question est parfois encombrant, au point que le président a d’emblée dû évacuer un ou deux points. Ainsi, de l’immigration, que le Cher Jacques préconise de relancer, pas un mot. Quant à la suppression des départements, le sujet n’est « pas prioritaire » et les Français y sont attachés – deux arguments qui peuvent sembler curieux venant d’un homme qui ne cesse de répéter que l’on peut « tout mener de front » et qu’il faut rompre avec les habitudes du pays. Mais toute la question est ailleurs. Car, au-delà de la bravade sur le fait que Paris est la capitale où il est le plus difficile de trouver un taxi, il sera intéressant de voir ce que Nicolas Sarkozy va faire de la proposition d’une quasi tabula rasa des avantages corporatistes et professions réglementées. Chacun ayant tendance à trouver son avantage propre aussi justifié qu’est injustifié celui de son voisin, mieux vaudrait, pour vendre la réforme, avoir l’image respectable d’un leader irréprochable et désintéressé, image que ne renvoie plus vraiment le titulaire de l’Elysée. A tel point que ce dernier semble parfois sur le point de reproduire avec les Français l’exploit qu’il avait réussi en 2005 avec les jeunes de banlieues : leur donner le sentiment d’une insulte personnelle, leur fournir des raisons d’en faire une affaire d’ego, et réussir à ce que chacun, devant sa télévision, attende sa prochaine déconvenue. Ce qui promettrait des choses intéressantes pour les municipales…
Ne serait-il pas dès lors tentant de lire d’un autre œil ce rapport, remarquable, Cher Jacques, puisqu’il légitime pour ainsi dire toute la politique présidentielle. Ce qui reviendrait à appliquer le B.A.-ba de la communication de crise : « Nous sommes conscients du problème », « nous entendons y apporter une solution opérationnelle et concrète dans les plus brefs délais et en concertation avec l’ensemble des parties prenantes »…
Bref, je vous l’assure mes amis, il est urgent de relancer l’immobilisme.
François-Xavier Lanfranchi
1. Selon Reuters, dans l’Hindustan Time on le voit mobile à la main : « Bruni, je t’appelle après la parade »
2. Chez Georges Feydeau, le système Ribadier consiste à endormir sa femme par hypnose pendant qu’on la trompe. Pour les intéressés, la pièce est en ce moment donnée au théâtre Montparnasse.
