Pour fêter le centenaire de sa collection, la famille Barbier-Mueller expose au musée Jacquemart-André à Paris ses plus belles pièces d’arts africains et océaniens glanées par trois générations. Sculptures, masques, tambours ou sceptres témoignent de la maîtrise technique de ces objets utilitaires ou rituels devenus œuvres d’art.
Il y a 100 ans, Josef Mueller, alors âgé de 20 ans, réalisait la première acquisition d’une longue carrière de collectionneur, imité dans son œuvre par les deux générations suivantes. Pendant ce siècle, la famille Barbier-Mueller constitue peu à peu l’une des plus grandes collections privées d’arts africains et océaniens dont les plus belles pièces sont aujourd’hui réunies au musée Jacquemart-André.
Organisée en grandes sections géographiques, l’exposition rend d’abord hommage aux arts d’Afrique, qu’ils soient gabonais, ivoiriens ou nigérian. L’art des Dogons du Mali est à lui seul symbolique de l’ensemble des pièces présentées dans cette collection : elles témoignent d’une technique très poussée mais leur signification n’est pas toujours aisée à comprendre tant l’histoire et les croyances de ce peuple sont difficiles à identifier. On ne sait ainsi quel secret renferme la main repliée de cette figure féminine aux deux bras tendus vers le ciel, statuette de bois réalisée entre le XVe et le XVIIIe siècle.
L’art, la mort et le quotidien
Plus mystérieuses encore, les figures anthropomorphes de ces reliquaires du Gabon. Matérialisant la mémoire des ancêtres des peuples fang, mbété, kota ou sangu, ces visages offrent des traits tantôt réalistes, tantôt très stylisés, chaque population se faisant sa propre idée de la meilleure figure pouvant rendre hommage à ses ancêtres.
La quiétude qu’inspire le masque beete rappelle pour sa part qu’il servait périodiquement lors de cérémonies organisées pour soulager les tensions sociales au sein de la communauté et renforcer la solidarité entre ses membres. La profusion des styles saute alors aux yeux, comme la volonté des sculpteurs d’ornementer tous les outils de la vie quotidienne. En témoigne cette bobine de métier à tisser surmontée d’un visage de femme finement ciselé qui n’avait d’autre fonction que d’apporter un plaisir esthétique au tisserand lui faisant face.
Mémoires d’Océanie
L’autre domaine d’exploration de la famille Barbier-Mueller fut l’Océanie et ses cultures longtemps méconnues, comme celle du peuple batak, au nord de Sumatra, qui fait également l’objet d’une exposition au Musée du quai Branly (L’Hémicycle n° 320). Deux monolithes impressionnants rappellent ainsi que les chefs de villages (rajas), souvent des magiciens redoutés, aimaient à léguer à leurs descendants un souvenir indélébile de leur grandeur. L’un deux se fit ainsi représenter chevauchant une créature mythique dénommée singa, gigantesque serpent supportant « le Monde moyen » et chargé de transporter les âmes des défunts de qualité vers le ciel…
D’autres œuvres rendent hommage à la polychromie utilisée par les artisans/artistes des grandes îles de Mélanésie et des archipels de Polynésie. Qu’il s’agisse de crochets suspendus à la charpente de la maison des hommes, de masques initiatiques ou de tambours cérémoniels, tous sont intimement liés aux mythes ancestraux transcrits par les missionnaires, explorateurs et administrateurs coloniaux qui ont permis que ces objets conservent une mémoire parfois mise en péril du fait des déplacements de populations.
Aurélien Hélias
Arts d’Afrique et d’Océanie - Chefs d’œuvre de la collection Barbier-Mueller – jusqu’au 24 août, ouvert tous les jours de 10h à 18h – Musée Jacquemart-André, Paris – 10 €
