Qui tomba d’en haut de Tomba en Daho…

1 juil 2008 - 

Soit. C’est le genre de titre qu’il va falloir justifier. Et pourtant, l’idée est évidente : qu’à vouloir être partout, Nicolas (Sarko) devait aussi se retrouver entre Nicolas (Hulot) et Alberto (Tomba). Qu’une telle volonté de puissance imposerait un jour de montrer que dans la famille Sarkozy, le sport de l’extrême ne s’arrête pas au footing avec Laurent Wauquiez et aux joutes verbales contre les marins pêcheurs. A moins que ce ne soit l’émulation ? Toujours est-il qu’après le fils qui fait du scooter, il fallait bien que le père s’essaye à la chute libre.
Devait-il vraiment y mettre cette « énergie indomptable » dont il aime à faire montre ? Lui seul le sait, mais il faut reconnaître qu’il n’a pas ménagé ses efforts.
Ainsi, pas plus tard que la semaine dernière, il a prouvé que la rupture n’était pas un vain mot, en confirmant son projet de faire financer TF1 par l’impôt (cf. p.10) – ce à quoi revient globalement l’idée de faire financer le transfert aux chaînes privées de la publicité de l’audiovisuel public par une taxe sur la téléphonie et les FAI, taxe fatalement répercutée sur le consommateur. En pleine tension sur le pouvoir d’achat et à une époque où les NTIC sont un besoin quasi-vital pour les actifs, l’idée rapportera sans doute presque autant d’impopularité qu’aurait pu le faire une nouvelle blingblinguerie.
Et quel talent puisque la manœuvre permet en même temps de s’aliéner tous les journalistes qui ne sont pas encore nommés par l’Elysée et qui trouvent que ce cadeau à TF1 n’est qu’une des nombreuses évolutions vers une conception chinoise de la liberté de la presse. Avec des remplacements opportuns de personnels, et pendant qu’on y est, la possibilité de nommer le président de France Télévision (voir ci-dessous).
Mais ce qui caractérise surtout le sportif de l’extrême, c’est un «? mental? » d’acier. C’est la moindre des choses quand les perspectives d’équilibre budgétaire s’éloignent toujours plus (cf.ci-contre) ; quand une réforme constitutionnelle ombilico-centrée tourne en eau de boudin (lire p.5) ; quand la majorité recule à chaque élection locale et que les maires s’agacent des réformes militaires ; ou quand on dirige une France de plus en plus faible diplomatiquement, faute de moyens et de crédibilité, qui se fait rabattre le caquet par Angela Merkel et Jean-Claude Juncker (le Canard, 25/06). Cela permet d’alimenter de ses fulminations des humoristes et de la mare du Canard enchaîné, avec cette dynamique vertueuse : plus il choit, plus il fulmine, plus on rit, et plus il choit. Et dire que la « mare » de la semaine dernière laisse présager un remaniement à la rentrée : si la sanction de ministres infidèles est aussi bien perçue par l’opinion que la mise sur la touche du collaborateur, voilà qui donnera tort à Devos quand il osait affirmer que « les gens ne savent plus choir ».
Qu’à cela ne tienne, et contre ce film1 prétendant que l’important n’est pas la chute mais l’atterrissage, le jongleur de mots avait sans doute raison : « un homme qui a chu n’est pas déchu ». Pour preuve : l’Omni, quand il aura fini de choir, pourra toujours, comme si de rien n’était, se lancer lui aussi dans la chanson. Et reprendre, qui sait, les Attractions Désastre de Daho, où il est question de « ramper tout en bas » et de « surfer tout là haut » :
« Avant que je m’en aille
Jouer à qui perd gagne
Et de la vie faire ripaille
Avant que je m’en aille… ».

Bien sûr, il y a aussi ce morceau qui s’appelle : Tombé pour la France
F.-X. Lanfranchi

1. La Haine, de Mathieu Kassovitz, qui n’est pas un film sur les Kärchers.


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