On finirait par croire au mauvais Å“il. Les signes ne trompent pas. A l’Elysée, à Matignon, l’argent brûle les doigts et file à toute vitesse dans le trou de la dette publique (51 Mds € de déficit 2009 prévus le 30 septembre, plus de 52 un mois plus tard).
Pire : partout les torchons brûlent. A peine l’un est-il éteint - entre l’Elysée et le collaborateur, entre MAM et les élus locaux, entre Rachida Dati et les magistrats - qu’un autre s’enflamme. Les villes moyennes s’inquiètent de la RGPP, le ton monte autour des états généraux de la presse, et le Premier ministre se fait accueillir à Manosque au doux son de « Fillon démission ».
Autant dire que ceux qui appelaient il n’y a pas si longtemps à l’union sacrée se cassent les dents. Mauvais œil, mauvaises dents : voilà même que chaque aspirant premier secrétaire du PS, non content de s’en prendre avec le plus de violence possible aux mesures proposées, y va de sa solution. Pire : fussent-elles pénétrées d’un parfum de naphtaline aussi suranné que jospinien, ces surenchères de l’opposition au discours de Toulon pourraient bien finir par trouver un écho dans une opinion anticapitaliste par paupérisation. L’association des professionnels des RH, « entreprise et personnel », prévoit une « remonté de la conflictualité » : les « mécontentements pourront concerner aussi bien les réformes à venir, toutes sensibles (retraites, hôpitaux, politiques publiques, lycées…) que des initiatives maladroites sur les sujets de société (banlieues, Edvige) »1.
Bien sûr, ce n’est pas encore le cas : les sondages continuent d’approuver plus qu’hier la politique gouvernementale, et tant que le désaccord avec l’opposition se double d’un désaccord dans l’opposition, tout est pour le mieux. Seulement voilà : d’une part, s’esquisse la possibilité d’une coalition Delanoë-Aubry-Hamon ; et, d’autre part, un autre torchon semble se consumer sournoisement au sein de la majorité. Il se consume avec le Sénat, qui, successivement, retoque le gouvernement sur la révision de l’article 55 de la loi SRU, émet des doutes sur le financement du RSA, refuse la demande de Karoutchi de retirer ses amendements sur ce texte, et voit finalement Serge Dassaut et Jean Arthuis s’opposer avec la gauche au crédit d’impôt de 20 % pour les entreprises concluant un accord d’intéressement… Et les relations ne sont pas plus tendres avec l’Assemblée nationale où l’on s’en prend à la prime de transport et où le Vice-premier ministre n’apprécie pas qu’on essaye de le traiter comme un « godillot ».
Mais œil pour œil, dent pour dent : à l’Elysée comme à Matignon, quand le sort s’acharne, on sait qu’il y a un temps pour tout et qu’il faut rendre coup pour coup. La revalorisation du Parlement ? Elle a manifestement ses limites. La coproduction législative ? Eh bien, explique François Fillon, « on est encore dans un système politique où c’est le Gouvernement qui faits des propositions et engage le débat avec le Parlement » (le Figaro, 23/10).
D’ailleurs, comme il y a un temps pour tout, il y a un plan pour tout. Pour les banques, pour les entreprises, pour l’emploi et pour la suppression de 3 000 postes dans les trop riches « réseaux d’aides spécialisés aux élèves en difficultés ».
Et, quant au mauvais œil, il ne perd rien pour attendre. Même s’il faut pour cela un plan d’extermination des poupées vaudou.
François-Xavier Lanfranchi
1. http://www.entreprise-personnel.com/ep2006/etudes-detail.asp?EtudeId=46
