Le Mardi 31 mars 2009
Avec le décret du 30 mars, le Gouvernement a réglé le cas particulier des dirigeants des entreprises bénéficiant du soutien de l’Etat (banques ayant eu recours à la SPPE et constructeurs automobiles) et des entreprises publiques.
Pour autant, la question d’une éventuelle disposition législative sur le sujet n’est pas encore réglée. D’un côté, les organisations patronales s’efforcent de convaincre les élus de l’efficacité du code de gouvernance de l’Afep et du Medef sur les rémunérations des dirigeants (lire p.9). De l’autre, l’opposition aurait souhaité que le Gouvernement attende l’examen au Sénat du deuxième PLFR pour 2009. Le centriste Jean Arthuis a d’ailleurs maintenu sur ce texte son amendement interdisant l’attribution de stock-options, d’actions gratuites et de bonus.
Réactions mitigées
Pour l’heure, les réactions au décret restent mitigées, pour au moins trois raisons. PreÂmièrement, pour les entreprises bénéficiaires des aides de l’Etat, le décret n’interdit que les stock-options, lesquelles ne représentent que des gains potentiels, particulièrement en période de crise (il faut que les options puissent être levées).
En revanche, deuxièmement, les bonus, quoiqu’encadrés, restent autorisés sauf si « la situation de l’entreprise la conduit à procéder à des licenciements de forte ampleur ». Une approche imprécise (où commence la forte ampleur ?), alors que l’emploi est désormais une préoccupation majeure et que les bonus sont l’un des aspects les plus critiqués de la rémunération des dirigeants.
Promesses non tenues
Enfin et surtout, le champ du décret et son extension dans le temps (jusqu’à fin 2010) apparaissent trop réduits, notamment au regard des engagements pris par le président de la République à l’automne dernier et qui évoquaient une moralisation durable et généralisée du capitalisme. La question de la rémunération des salariés de la finance n’est ainsi pas abordée et, explique par exemple Bernard Thibault, « il y a dans le secteur privé, sans qu’il y ait d’aide publique, des niveaux de rémunération, des parachutes dorés, des éléments variables de rémunération qui sont considérables et qui sont disproportionnés par rapport aux politiques salariales. »
Partage des profits : l’issue lointaine ?
Nul doute dans ces conditions, et alors que les syndicats envisagent une nouvelle mobilisation pour le 1er mai, que l’annonce la semaine dernière par Nicolas Sarkozy d’un projet de loi en septembre si les partenaires sociaux ne trouvent pas d’accord sur le partage de la valeur ajoutée ne puisse sembler repousser à un terme bien lointain la résolution d’une question de pouvoir d’achat qui continue de peser lourdement sur les perspectives de croissance.
85 % des Français seraient favorables à une législation sur la rémunération des chefs d’entreprises ayant bénéficié d’une aide de l’Etat, selon un sondage Opinion Way pour LCI et Le Figaro paru le 28 mars. Seules 14 % des personnes interrogées y seraient en revanche opposées. Sans réelle surprise, les plus favorables à une loi sont les électeurs de gauche (91 %) et les plus sceptiques ceux de Nicolas Sarkozy (78 %).
53 % des Français interrogés répondent « non » à la question : « Faites-vous confiance à Nicolas Sarkozy pour faire face à la crise ? », 46 % se déclarant confiants.
