Le Mercredi 20 mai 2009
Ah, l’Europe. Quel dommage que les Français s’en désintéressent. Alors que l’on fait tant d’efforts pour les en rapprocher. Comme ce joli clip, avec sa musique entraînante et qui, tout en image, ou presque, rappelle les temps forts de l’Union européenne. Tout en image, sauf quelques messages forts : « Paix », « Liberté », « innovation » et « le 7 juin, Votons ! » Très bien, comment pourrait-on être contre ?
Eh bien vous dira-t-on au PS, c’est que ledit clip, entre « innovation » et « votons », propose comme derniers événements significatifs de cette chronologie, commencée en 1957, la présidence française de l’UE et le sommet du G20. Et cela, ce serait pro-UMP.
Tout doit être une affaire de point de vue.
A cet égard, les commentaires des béni-oui-oui de la majorité risquent d’être du dernier banal, tout le monde levant les yeux au ciel, sans douter un seul instant que oui, la PFUE et le G20 ont été des « temps forts » et trouvent donc naturellement leur place dans ce clip.
Sans doute, c’est oublier opportunément que le G20 n’est le fruit ni de l’idée ni de la volonté du président de la République ; et qu’il n’a débouché pour l’heure que sur des déclarations d’intention, le plus dur – à savoir mettre les Etats d’accord sur le concret – restant entièrement à faire.
Et, sans doute, c’est oublier aussi, que, paquet climat-énergie excepté (et encore, il faudra voir la transposition), le même reproche peut être adressé aux supposées « avancées » de la PFUE sur ce qui étaient ses « priorités »1 ; puisque le pacte sur l’immigration, juridiquement non contraignant, tient surtout de la déclaration politique, et que l’Europe de la défense n’a pas avancé d’un iota.
Mais après tout, l’omission est de rigueur à l’UMP, si l’on considère que la régulation financière ne comptait pas parmi lesdites priorités de la PFUE. En eut-elle été, cela aurait peut-être permis d’éviter la gabegie d’un premier G4 en octobre 2008, mais ce n’est pas le propos. Oublier étant de rigueur, la réaction de l’UMP ne surprendra pas.
Non, ce qui étonne, c’est l’analyse socialiste dont le Français retiendra probablement ceci : un, qu’évoquer la présidence française et le G20, c’est évoquer Nicolas Sarkozy ; deux, qu’il s’agit d’éléments en faveur de l’UMP, et donc, implicitement, trois, que la présidence française et le G20 ont été des succès.
Alors là , chapeau bas, parce que c’est très précisément le B.a.-ba de l’intox gouvernementale – y compris dans cet enthousiasmant petit clip où, pour ceux qui ne l’auraient pas remarqué, le visage de Nicolas Sarkozy – divine apparition ! – est l’image qui suit immédiatement les mots « sommet du G20 ».
Que les communicants de l’Elysée dorment sur leurs deux oreilles : le PS se charge de la relève.
Un comble direz-vous ?
Pas forcément, si l’on veut bien considérer que, dans la situation actuelle, les Français payent des impôts pour alimenter des budgets communication destinés à leur expliquer comment voter – ce qui révèle tout de même une étrange vision du principe du « consentement à l’impôt ».
Alors, entre une majorité qui adhère à cette vision et passe ses journées à entretenir une personnalisation du pouvoir aussi consternante que peu convaincante, et une opposition qui, lorsqu’elle ne promet pas – avec des Bayrou et des Royal – une personnalisation tout aussi extrême, fait tout simplement le jeu de la majorité, il pourrait devenir quelque peu décourageant d’aller voter aux européennes.
Ah, l’Europe ! Quel dommage que les Français s’en désintéressent. Alors que l’on fait tant d’efforts pour les en rapprocher.
F.-X.Lanfranchi
1. Pour mémoire : climat, énergie, immigration et Europe de la défense.
