Quand l’Union fait la force…

8 juin 2009 - 

Les européennes ayant créé la surprise – que ce soit par le niveau impressionnant de l’abstention ou l’inattendu des scores réalisés, les gloses se multiplient depuis lundi pour tirer les leçons du scrutin. A l’échelle nationale bien entendu, comme pour confirmer a posteriori que la faible présence de l’Europe dans les débats qui ont précédé le 7 juin n’était pas due au hasard mais bien aux ambitions fortement nationales de responsables politiques qui pensent déjà aux régionales – pour Jean-Pierre Raffarin, « la porte de la reconquête des régions est ouverte » – si ce n’est à 2012.

A vrai dire, 2012 était dans toutes les têtes avant même le scrutin, François Bayrou ayant même réussi lors d’un meeting un lapsus remplaçant le mot « européennes » par le mot « présidentielle ». Et c’est encore 2012 qui était au cœur de la passe d’armes et d’élégances entre le chef du Modem et Cohn-Bendit. Et pourtant, malgré cette continuité de perspective, la donne a changé.

Les commentaires qui se succèdent n’ont pas manqué de souligner le basculement du centre de gravité du Parlement européen vers la droite, le renforcement de l’UMP dans le paysage de la droite française et la défaite d’un front anti-sarkozyste mal unifié – éclaté entre un Bayrou aspirant omni-opposant et un PS dont l’unité de dernière minute n’a pas trompé l’électeur ; et au rang des questions, celle de savoir si la percée d’Europe Ecologie parviendra à transformer l’essai.

Ils en ont en tous cas l’intention. François de Rugy (GDR, Loire-Atlantique) voit en ce score une « chance historique de constituer une force écologique de haut niveau, une forme d’organisation politique nouvelle » tandis que Noël Mamère (GDR, Gironde) avertit sur France Inter : « Nous n’avons plus vocation à être considérés comme des subalternes des grands partis de la gauche mais comme le moteur de cette gauche ». Mais en attendant, c’est Cohn-Bendit, qui est sur la brèche et négocie avec les socialistes européens « pour essayer de faire une majorité », explique-t-il sur RTL. Et si Delanoë avait raison : « Ce ne sont pas les Verts qui font le score, c’est Cohn-Bendit » ? Le paradoxe pourrait être une leçon à tirer si, en balayant du revers de la main toute ambition présidentielle et François Bayrou, « le lanceur de pavé » (l’expression est de Philippe de Villiers) s’était donné une stature d’opposant présidentiable…

En tous cas, sans aller jusque-là, l’UMP garde la victoire modeste. A commencer par Jean-François Copé : « Personne n’est dans le triomphalisme ». C’est à peine si le président du groupe UMP à l’Assemblée ose suggérer que son parti l’emporte parce qu’il a été « le plus concret ». Ces élections européennes n’ont finalement fait que « conforter Nicolas Sarkozy » et marquer « l’entrée dans la deuxième étape du quinquennat ». Tandis que le président de la République imagine d’ores et déjà « de nouveaux chantiers » à mener.

Mais pour tout un chacun dans la majorité, pas de mystère, le « ticket gagnant » a été l’unité. Et François Sauvadet (NC, Côte d’Or) n’est pas peu fier de ce que ses camarades (Cavada, Abad et Auconie) aient décroché le gros lot strasbourgeois reléguant François Bayrou au rang « d’imposteur ».
Oui, l’union fait la force. Ce qui étonne, dès lors, c’est la façon dont cette leçon est tirée par les grands perdants du scrutin, dont la défaite n’a fait qu’accroître la division. Au Modem, la gifle infligée à François Bayrou et la promesse d’un jeu plus collectif ressuscitent les ambitions de Corinne Lepage – encore une ex et future candidate à la présidentielle ; tandis qu’au PS… au PS, la foire d’empoigne atteint un paroxysme, et chacun y va une nouvelle fois de son appel à l’unité sous sa bannière. Jamais avare de « bons mots », Arnaud Montebourg ne s’économise pas. L’échec du parti socialiste aux européennes est une « claque méritée ». Pour le député Pierre Moscovici (SRC, Doubs), le résultat des Européennes ressemble à s’y méprendre à un « coup de pied aux fesses terrible », un « vote sanction contre le PS ». Et le député d’évoquer un changement comme Nicolas Sarkozy l’a fait à l’UMP. Le sénateur-maire de Lyon n’a pas, lui non plus, perdu son franc-parler et lance un appel à Martine Aubry : « Si on ne se remet pas en cause quand on a des scores comme ça, c’est qu’on ne se remet jamais en cause. C’est de l’autisme ! »
Et si tout se résumait à cela : « La droite est unie, elle gagne, la gauche est divisée, elle perd » dixit Benoît Hamon, porte-parole du PS et ancien eurodéputé. Eh oui, ancien.
F.X. Lanfranchi et G. Bouton (avec agences)

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