Le propre de l’homme

15 juin 2009 - 

Entre le rire et la consternation, le Français, rabelaisien toujours, a choisi le rire. Il faut dire qu’avoir chamboulé tout le travail législatif français en espérant tordre le coup à l’obstruction parlementaire, pour se faire recaler Hadopi par des socialistes embusqués, et remettre deux semaines à le faire examiner par les chambres, c’était déjà un exploit. Mais réussir, après cela, à se faire invalider par le Conseil constitutionnel la disposition la plus emblématique, et devoir représenter un nouveau texte, voilà qui devient positivement hilarant.

Ou pas ? Si le slogan doit être « la réforme, non, la chienlit, oui », ça n’est plus drôle du tout.

Tout d’abord parce que cette façon de légiférer dans l’urgence, avec des textes qui s’amoncellent plus que l’agenda ne peut en absorber – et ce alors même que la « Phase II » du quinquennat n’est pas encore lancée – ne peut que laisser songeur quant à la qualité du droit produit ; ou quant au respect du Parlement revalorisé auquel on présente une LPM avec six mois de retard…

Ensuite, parce qu’à l’époque où la France a l’honneur et l’avantage d’être dirigée par des pros de l’évaluation, des champions de la performance et des purs de l’ingénierie financière, on en vient à se demander s’il ne conviendrait pas de soumettre la Rupture à la RGPP. Preuves en sont les témoignages récurrents d’exaspération que l’on trouve ici et là dans les débats. Au sein même de la majorité, et pas chez les parlementaires les plus absents de l’actualité.

Ecoutez par exemple Patrick Ollier(1) en commission le 4 juin : «Il ne faudrait pas que nos nouvelles méthodes de travail nous fassent passer en commission deux fois plus de temps qu’il ne le faudrait normalement ! Je le répète, je doute qu’une réforme censée nous faire gagner du temps et qui nous en fait perdre soit tout à opportune. Comment le Gouvernement qui a la priorité de l’ordre du jour deux semaines sur quatre compte-t-il faire passer durant ces deux semaines une masse de textes qu’il n’arrivait pas auparavant à faire passer en un mois ? » Voilà qui sonne comme un écho aux interrogations de Philippe Marini(2) : « On peut s’interroger sur l’efficacité de la révision constitutionnelle. Alors que l’objectif était de simplifier le travail législatif, nous sommes empêtrés dans un système où le Parlement devient bavard à force d’organiser des débats. Les discussions sur les textes sont doublonnées : elles ont lieu en commission et sont répétées en séance. La présence des ministres en commission ne change rien au déroulement de la lecture en séance. »

Regrettable ? Sans doute, mais il y a plus. Quand l’endettement public avoisine les 80 % du PIB, et que la Sécu promet 20 MdsE de déficit, cela vaudrait sans doute le coup de s’interroger sur ce que coûtent au contribuable ces désordres d’agenda et ces semaines passées par le législateur à s’occuper d’intérêts passablement catégoriels – dans le cas d’Hadopi, ceux des ayant-droits.

Tout comme, dans le même ordre d’idée, il serait probablement intéressant de savoir ce que va coûter cette petite sauterie organisée à Versailles pour que Nicolas Sarkozy puisse enfin, et d’une façon très obamesque, s’exprimer devant le Congrès. Heureusement que, loin d’être tristement égotique, l’opération s’avère nécessaire puisqu’il est certain que la majorité ne Lui est pas acquise et que Son pouvoir de persuasion devrait emporter l’adhésion de l’opposition.

Qui sait ? Si ces coûts étaient connus, peut-être le Français, entre le rire et la consternation, se ferait-il moins rabelaisien et plus consterné…

Eh bien, c’est qu’il n’aurait pas compris : c’est à lui que bénéficie la dépense publique ! Demandez à ces restaurateurs qui vont bénéficier d’une TVA à 5,5 % et qui ont reçu de l’UMP ce petit tract : « promesse tenue, inscrivez-vous ! »

Et si, malgré tout ce qu’on a pu leur dire sur les milliers d’emplois que créeront ces 3 milliards de dépense fiscale, il en était pour persister à voir dans ce tract un aveu de clientélisme et de financement par déficit d’une politique électoraliste, c’est que ces esprits pessimistes n’auraient rien tout simplement rien d’humain.

Ce n’est pas faute de l’avoir dit. Mieux vaut de ris que de larmes écrire pour ce que rire est le propre de l’homme. Et quel homme !

François-Xavier Lanfranchi

(1) Député (UMP, Hauts-de-Seine) et Président de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale
(2) Lors d’une conférence de presse tenue par le sénateur (UMP, Oise), instigateur de la Lolf et rapporteur général du Budget.


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