Les députés Jacques Kossowski (UMP, Hauts-de-Seine) et Patrick Ollier (UMP, Hauts-de-Seine) ont organisé le 10 juin les 2e assises parlementaires pour l’emploi des seniors. L’occasion de faire le point sur les pratiques à développer pour favoriser, en temps de crise, le taux d’emploi des plus de 45 ans et d’évoquer les pistes pour « passer d’une culture de la retraite précoce à une culture du travail des seniors ».
Premier point développé : le bilan de compétence. Jacques Kossowski souhaite déposer un amendement au projet de loi sur la formation professionnelle – qui sera discuté en séance publique le 15 juillet, d’après Pierre Méhaignerie (UMP, Ille-et-Vilaine). Selon le député des Hauts-de-Seine, le bilan de compétence doit être obligatoire, au sein de toutes les entreprises de plus de 50 salariés, pour les travailleurs de 45 ans. « Aujourd’hui, plus personne ne consacre sa carrière à un seul métier, explique Jacques Kossowski. Pour s’adapter à ces changements, il faut faire le point sur ses capacités ». Une idée soutenue par Charlotte Duda, présidente de l’Association nationale des directeurs des ressources humaines et Laurence Laigo, secrétaire nationale de la CFDT qui suggère même un bilan de carrière plus régulièrement ; tous les cinq ans.
Laurent Wauquiez, présent à ces assises, a défendu la proposition de Jacques Kossowski. « Avec ces plans de carrière, cela permet de se dire qu’à 50 ans, ce n’est pas la fin », a-t-il soutenu en rappelant son opposition au « consensus tacite » en vigueur pendant des années : « faire partir un senior afin de faire de la place à un jeune ». Le secrétaire d’Etat a également évoqué le décret d’application publié le 21 mai qui impose aux entreprises de plus de 50 salariés de mettre en œuvre un accord ou un plan d’action pour prendre en compte les problématiques des seniors dans l’entreprise. « Si jamais les entreprises concernées n’ont pas mis en place ce plan d’action d’ici le 1er janvier 2010, elles auront des pénalités, explique Laurent Wauquiez. 1 % des rémunérations seront versées aux salariés ».
Développer les bonnes pratiques
Les intervenants ont par ailleurs abordé l’opération lancée par le Gouvernement, « Bonnes pratiques seniors », avec une dizaine d’entreprises partenaires pour « susciter des échanges de bonnes pratiques mais aussi pour alimenter la négociation entre employeurs et organisations syndicales sur l’emploi des seniors ». Selon Florence Fouquier, directrice du département audit de Vigeo, entreprise qui a mené cette opération, l’analyse des bonnes pratiques est structurée en deux objectifs : la prévention des discriminations envers les seniors et les initiatives en faveur de l’égalité des chances.
Ainsi, une politique efficace en faveur de l’emploi des seniors repose sur plusieurs leviers. Tout d’abord un engagement tangible clairement exprimé au sommet de l’entreprise avec des objectifs précis. Si, en plus, ces engagements sont pris dans le cadre d’un accord avec les partenaires sociaux, cela leur donne plus de crédit.
Ensuite, une responsabilisation des managers de l’entreprise ; puis la mise en œuvre d’une gestion prévisionnelle au sein de l’entreprise.
Annie Jolivet, chercheuse à l’Institut de recherches économiques et sociales, a mis un bémol à ces bonnes pratiques. « On les conçoit comme des actions qui vont avoir de bons résultats. Or, il y a une modification de l’appétence des gens dans le temps. Il faut revisiter ces bonnes pratiques ; elles doivent évoluer en même temps que les salariés. De plus, a-t-on une certitude de la permanence de l’engagement de la direction ? Car elle peut être amenée à être renouvelée ».
Le cahier des bonnes expériences sera diffusé par les partenaires sociaux à l’intérieur des branches pour que les entreprises « piochent dedans », a expliqué Laurent Wauquiez.
Laure Martin
Tutorat ou binôme
Autre sujet évoqué lors de ces assises : le tutorat. « Cette pratique est devenue un enjeu stratégique considérable pour les entreprises, explique Anne-Marie Guillemard, professeure en sociologie à l’Université Paris V. C’est une manière de tirer le meilleur parti de l’organisation de l’entreprise et d’assurer la compétitivité. Il faut une coopération et une complémentarité des âges au travail ».
Il est nécessaire selon elle de penser à la transmission des savoirs au sein des entreprises car avec le vieillissement de la population et le départ des baby-boomers à la retraite, « on va connaître un renouvellement extrêmement rapide au travail ». La professeure préfère cependant le terme de « binôme » à celui de « tutorat » car le premier « considère un échange bilatéral entre le jeune et le senior expérimenté ».
Quelques chiffres
38,3 %, c’est le taux d’emploi des 55-64 ans en France.
44,7 %, c’est la moyenne européenne.
50 %, c’est l’objectif du traité de Lisbonne.
60 %, c’est le taux d’emploi des 55-64 ans en Suède.
