Université recherche réforme

24 juin 2009 - 

L’Université française, irréformable ou malade de la réforme ? Le 16 juin se sont déroulées, à l’initiative du député Daniel Fasquelle (UMP, Pas-de-Calais), les premières rencontres parlementaires sur le sujet. Un préalable au Grenelle de l’enseignement supérieur et de la recherche voulu par le député ? En tout cas, l’occasion pour les parlementaires et les universitaires de faire le point sur la crise qui a agité le monde universitaire pendant quatre mois. Au programme : l’autonomie des universités et le statut des enseignants-chercheurs.

La loi de Valérie Pécresse relative aux Libertés et responsabilités des universités (LRU) du 10 août 2007 confère à ces dernières un nouveau statut. Le texte, qui s’inscrit dans une série de mesures visant à revaloriser certaines universités françaises, prévoit principalement que, d’ici 2013, toutes les universités accèdent à l’autonomie pour la gestion de leur budget et de leurs ressources humaines et qu’elles puissent devenir propriétaires de leurs biens immobiliers.

Autonomie : des progrès à faire

Pour l’exécutif, la loi LRU vise, entre autres, « à rendre la recherche universitaire visible à l’échelle internationale ». Un objectif réalisable en développant la concurrence entre universités, rendue possible notamment par l’extension de l’autonomie de ces dernières et la diversité des financements.
Patrick Weil, directeur de recherche au CNRS, a mis en évidence les aspects positifs de l’autonomie en prenant l’exemple du modèle américain. Aux Etats-Unis, tout est mis en œuvre pour que les universités soient les plus compétitives possibles sur la scène internationale. « L’université est une priorité nationale depuis la fondation du pays. Le système entier est fondé sur la compétition », explique-t-il. L’autonomie agit sur les activités de recherche notamment avec les bibliothèques. « Beaucoup de Français vont aux Etats-Unis ou au Canada pour étudier. Une bonne bibliothèque de niveau international permet d’attirer les étudiants et les chercheurs », souligne le directeur de recherche. « La France manque de ce type d’établissements. Il faut que chaque région française ait une bibliothèque de niveau international, c’est indispensable », poursuit-il.
Par ailleurs, les universitaires américains ne sont pas accaparés par des tâches administratives et ils sont aidés par des assistants de recherche – souvent des étudiants – qui sont rémunérés à l’heure.
De plus, « le bureau des brevets se déplace vers les chercheurs qui n’ont pas à faire de démarches. Et les présidents d’université aident les professeurs à devenir meilleurs dans leur discipline », souligne Patrick Weil.
L’un des bémols de ce système : le coût des études. « Les étudiants terminent leurs études extrêmement endettés et, s’ils ne trouvent pas d’emplois, cela peut devenir problématique, surtout dans le contexte actuel », ajoute-t-il. Ce coût pose également le problème de l’accès des étudiants les plus modestes aux études.
Actuellement en France, 20 universités (sur 85) sont autonomes depuis le début de l’année ; mais elles sont loin d’avoir atteint le niveau d’autonomie des universités américaines gérées comme de véritables entreprises bénéficiant de fonds privés importants. La loi française a été élaborée pour prendre en compte la « globalisation » et donc la concurrence, explique le sénateur Jean-Léonce Dupont (NC, Calvados). Mais les universités ont des difficultés à trouver des partenaires financiers.

Une meilleure reconnaissance des enseignants-chercheurs

Les intervenants ont par ailleurs abordé les problèmes de la profession d’enseignant-chercheur et notamment la faible reconnaissance du diplôme de doctorat en France. Selon Patrick Weil, le statut des enseignants-chercheurs est beaucoup plus apprécié outre-Atlantique. « Il existe une véritable valorisation de la recherche et du diplôme de doctorat aux Etats-Unis. Les chercheurs ne cachent pas ce diplôme comme en France ».
A ce problème s’ajoute le manque de reconnaissance, le mauvais salaire et l’absence d’embauche dans les entreprises. Selon Jean-François Copé (UMP, Seine-et-Marne), « les entreprises ne sont pas tuyautées sur le monde universitaire. Dès que cela s’appelle université, on n’en veut pas. Il y a un vrai travail à faire ». Le député Benoist Apparu (UMP, Marne) analyse également ces difficultés en expliquant que « les doctorants ne sont pas considérés dans les entreprises parce que les membres de l’équipe de management sortent des grandes écoles et pas de l’université. Il n’y a donc pas d’appétence à la recherche dans les entreprises. Cette coupure entre la recherche et le monde de l’entreprise explique ce manque d’innovation française et donc la faible croissance industrielle. Un rapprochement est indispensable. »
Pour lutter contre cette séparation entreprise-université et ainsi éviter cette « fracture immense entre le faible succès industriel et la recherche fondamentale qui est bonne », Vincent Berger, président de l’Université Paris VII Diderot propose quelques pistes. « Il faut décloisonner le système au niveau des ressources humaines avec le recrutement de doctorants et mélanger les grandes écoles et les universités en incitant les élèves des grandes écoles à faire des doctorats ».
Pour bon nombre des intervenants, la solution passerait également par le législateur. Pour Jean-Louis Charlet, président du syndicat Autonome Sup, « il est fondamental que le législateur aide à la valorisation du doctorat. Ce diplôme devrait avoir une place de choix dans les conventions collectives ». Une proposition également défendue par Isabelle This Saint-Jean, professeure d’économie à l’Université Paris XIII et présidente de Sauvons la recherche : « Il est nécessaire de revaloriser le diplôme de doctorat et de mettre en place des politiques incitatives pour que les entreprises embauchent des doctorants », explique-t-elle avant d’ajouter : « Le crédit impôt recherche n’est pas incitatif pour les entreprises ».
Vincent Berger suggère aussi de revaloriser les salaires des enseignants-chercheurs pour « mettre côte à côte des personnes de même niveau social ». Cette question a également été soulevée par Isabelle This Saint-Jean qui a alarmé l’audience sur la « montée en flèche de la précarité des enseignants-chercheurs ». Aussi s’est-elle prononcée contre la proposition de Jean-Fabien Spitz, professeur de philosophie à l’Université Paris I. Ce dernier a en effet suggéré que le recrutement des enseignants-chercheurs ne se fasse plus « à vie », mais tout d’abord pour une période de cinq ans, avec un examen à l’issue de cette période et enfin une titularisation après dix ans. Cela permettrait, selon lui, d’inciter au développement du potentiel des enseignants qui souvent, après avoir été recrutés, « ne font plus rien ». Mais pour la présidente de Sauvons la recherche, cette solution ne ferait qu’accroître la précarité des enseignants.

Laure Martin

La gouvernance des universités
Avec la loi LRU, la gouvernance des universités a changé. Le conseil d’administration, auparavant composé de 30 à 60 membres est maintenant, composé de 20 à 30 membres essentiellement de personnalités extérieures, dont des représentants des collectivités territoriales, du monde socio-économique et un dirigeant d’entreprise. Il n’intègre plus obligatoirement de représentants d’organisations syndicales de salariés, des associations scientifiques et culturelles, des organismes du secteur de l’économie sociale et des grands services publics. La communauté universitaire est également moins représentée dans ce conseil.
Les conditions d’élection du président de l’université ont également changé : il est élu par les membres élus du conseil d’administration, à la majorité absolue, et non plus par l’ensemble des trois conseils statutaires.
Pour le député Daniel Fasquelle, « la lacune la plus importante de la loi LRU est la gouvernance. Il faut des contre-pouvoirs et laisser une place plus importante aux disciplines ».
Le sénateur Jean-Léonce Dupont (NC, Calvados) également vice-président du Sénat, a défendu la position de la Haute assemblée qui, « depuis le début, a soutenu que le système électoral était un mauvais système car il ne permet pas de représentativité ».


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