Rapport d’information – Le 23 juin, le sénateur Jean Bizet (UMP, Manche) présentait devant la commission des affaires européennes son rapport sur le prix du lait en Europe.
Avec la réforme de la Pac de 2003, « les éleveurs ont deux sources de revenus : les recettes issues des ventes – les prix –, et les aides européennes aux revenus – les primes. Les premières sont liées au marché. Les autres sont préfixées par Etat et par exploitation », explique Jean Bizet. Ces primes sont découplées, c’est-à -dire indépendantes de la production et des prix. Les autorités européennes décident également de simplifier le régime des prix d’intervention et de supprimer les quotas en 2015.
« En 2009, le prix du lait résulte donc avant tout des règles du marché. L’intervention (sous forme de stockage public) est cependant maintenue à titre accessoire pour le beurre industriel et la poudre de lait. Ces deux mécanismes ont été actionnés en 2009 », indique le sénateur.
Montagnes russes
Opérant un petit retour en arrière, ce dernier rappelle que le prix du lait a brutalement monté en 2006-2007 (+ 43 % en 18 mois pour l’ensemble de l’Union, 50 % en France), du fait d’une offre mondiale insuffisante par rapport à la demande, puis tout aussi brutalement chuté en 2008-2009 (- 32 % en 15 mois pour l’UE, - 22 % en France). Les explications de cette baisse sont multiples, selon Jean Bizet, qui évoque le contrecoup de la hausse des prix, les produits de substitution trouvés par les industriels agroalimentaires, l’affaire du lait maternisé contaminé à la mélamine ou encore la crise économique.
« Il est certain que l’amplitude des variations de prix est excessive et parfois dévastatrice et que les éleveurs ont besoin de davantage de stabilité », conclut Jean Bizet. D’où la nécessité de « maintenir les instruments de régulation ». Le sénateur se félicite à cet égard que la Commission ait « pleinement joué son rôle », en « procédant à des achats répétés, réguliers et à des prix adaptés à la gravité du moment » et en « actionnant certains leviers pour accroître les débouchés, tels que les restitutions aux exportations et les programmes d’assistance alimentaire ».
« Il n’y a plus, il n’y aura plus d’excédent structurel, le marché assure au moins cet avantage. Mais il y a et il y aura toujours une grande volatilité des prix », affirme le rapporteur. Pour lui, « l’intervention ne doit donc plus être considérée comme un moyen de retirer des excédents, mais comme un moyen de lisser les prix. »
Renouveler les interventions et les DPU
Jean Bizet propose « une extension des périodes d’intervention et une majoration significative des plafonds d’intervention », ainsi qu’une réforme des Droits à paiement unique (DPU, aides au revenu), afin que le système soit « mieux ciblé sur les secteurs les plus vulnérables, mais aussi modulable en fonction du marché ». En effet, poursuit-il, « les DPU peuvent être utilisés comme des amortisseurs de crise venant en complément des autres instruments de régulation ».
Quant à la suppression des quotas, très décriée en France, elle ne devrait pas être remise en cause, « nos partenaires européens n’ayant pas changé d’avis à ce sujet », considère Jean Bizet. « Les producteurs doivent se préparer » à la disparition des quotas, d’autant que ceux attribués à la France ne sont en fait pas remplis, ajoute-t-il. « Le problème ne vient pas de l’offre, mais de la demande », insiste-t-il.
Enfin, le sénateur demande qu’une évaluation de la Pac soit réalisée, comme cela se fait pour les autres politiques communes, en ne prenant pas uniquement en compte « les seuls crédits budgétaires et les prix les plus compétitifs », mais aussi « les performances en termes d’emploi, de cohésion sociale, d’équilibre des territoires, de solidarité, d’environnement, de biodiversité, etc. »
C.D.
Vers une contractualisation ?
Comparant, dans son rapport sur le prix du lait, les différents Etats membres, le sénateur Jean Bizet note « trois caractéristiques fortes » de l’Hexagone.
Tout d’abord, « la variation des prix est en décalage d’environ un trimestre par rapport aux autres Etats membres, tant à la hausse qu’à la baisse ».
Ensuite, « l’établissement des prix se fait moins entre éleveurs et laiteries coopératives, comme c’est le cas dans de nombreux Etats membres, qu’entre éleveurs et industriels », du fait de la dimension importante des acheteurs industriels de l’agroalimentaire en France.
Des recommandations aux indices
Enfin, note le sénateur, « jusqu’en 2009, la fixation des prix, sans être administrée, était très encadrée par des recommandations d’évolution établies par l’interprofession laitière ». Ce n’est plus le cas, le Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (CNIEL) pouvant depuis cette année élaborer des indices prévisionnels servant de cadre de référence à une contractualisation entre producteurs et transformateurs. La négociation des prix est donc libre. « L’abandon du système de recommandation, associé au maintien de pratiques commerciales très traditionnelles, a accentué la dépendance des producteurs à l’égard des fabricants. Une fois le lait produit, il doit être acheté. Ainsi, dans les faits, le prix est fixé par le fabricant. Ce pouvoir du fabricant est même accru en temps de crise », regrette Jean Bizet. « Le système des indices fonctionne convenablement en période de petit temps, mais il est inadapté en période de tempête et de retournement brutal. »
Dans cette situation, le rapporteur estime que, même si elle est « délicate à mettre en œuvre », la contractualisation entre entreprises de transformation et agriculteurs – qui permettrait d’établir « des sortes de quotas professionnels à prix garantis » – « donnerait un cadre utile à tous. Le mécanisme serait moins rigide que celui des quotas et serait ouvert aux évolutions des prix et de la demande mondiale ».
C.D.
Le Maire laisse tomber les quotas
La commissaire à l’agriculture, Mariann Fischer Boel, a annoncé lors d’une visité à Paris le 25 juin que la Commission allait rendre public le 22 juillet un rapport sur la situation du secteur laitier. Bruno Le Maire s’est félicité que la Commission « ait accepté d’utiliser les instruments à sa disposition – notamment le stockage et les restitutions pour les exportations », pour faire face à la crise que traverse ce secteur.
Lors d’un débat sur la crise de la filière laitière au Sénat le 25 juin, il a par ailleurs indiqué qu’il ne fallait pas « focaliser sur la question des quotas, débat plus théologique que pratique » puisqu’un rétablissement des quotas « ne permettrait pas de répondre aux attentes des producteurs de lait », selon lui.
Besoin de transparence
Le ministre de l’Agriculture a également indiqué que Mariann Fischer Boel faisait « le même constat » que lui concernant la distribution : « Il y a un problème de transparence évident ». Cet aspect sera abordé dans le rapport que présentera la Commission. Bruno Le Maire a rappelé lors des questions au Gouvernement au Sénat le 25 juin qu’à « la demande du Premier ministre, une étude sera conduite pour savoir où va l’argent. Les conclusions seront connues très prochainement. » Il a ajouté qu’il convenait de « mieux organiser la filière en contractualisant les relations entre les producteurs, les transformateurs et l’industrie agroalimentaire, car aucun agent économique ne peut supporter des prix variant de 30 % d’une année sur l’autre. Cette filière a besoin de visibilité. »
Le lait en Europe
6 450 litres de lait, c’est ce que produisait en moyenne une vache en un an en 2007 en France, contre 8 350 litres au Danemark, 7 670 litres au Royaume-Uni, 7 000 litres en Allemagne, 6 050 litres en Italie et 4 550 litres en Pologne, selon l’Institut de l’élevage.
2,5 millions, c’est le nombre d’exploitations laitières dans l’Union européenne, dont deux tiers se situent en Roumanie et en Pologne. La France compte 93 000 exploitations et l’Allemagne 100 000, selon Jean Bizet.
25 milliards de litres de lait sont collectés en France chaque année, dont les deux tiers par moins de dix entreprises (Lactalis, Bongrain, Sodiaal, Bel, Danone France, etc.). En Europe, « on compte un acheteur pour 100 producteurs », précise Jean Bizet.

7 août 2009 à 9:02
Très intéressant!
Toutefois, la baisse des quotas n’est qu’un subterfuge pour faire grimper artificiellement le prix du lait, lisez pour comprendre; http://www.unmondelibre.org/Bedard_Lait_060809