Le Mercredi 30 septembre 2009
Tout est une question de point de vue : alors que Nicolas Sarkozy et l’UMP se félicitent des conclusions du sommet du G20 qui a eu lieu à Pittsburgh les 24 et 25 septembre, l’opposition déplore des résultats « décevants » et l’absence de mesures concrètes.
Revenons aux faits : le sommet de Pittsburgh a certes accouché de trois décisions, mais toutes semblent incomplètes. La première est l’application des règles françaises sur les bonus : interdiction des bonus garantis supérieurs à un an, paiement différé sur trois ans de 50 % des bonus (66 % pour les bonus les plus élevés) et instauration d’un système de « malus » en cas de contre-performance de la société. A noter que l’expression de « malus » est en fait impropre, selon Michel Camdessus1, dans la mesure où les traders ne seront pas tenus de rendre la partie du bonus versée la première année.
A également été adopté le principe d’un plafonnement, par les banques centrales, des bonus en fonction des revenus de la banque.
Reste qu’aucun pourcentage ni aucun plafond chiffré n’ont été fixés concernant le montant global des rémunérations variables. Ce qui fait, rappelle Le Figaro dans son édition du 27 septembre, que « la banque américaine Goldman Sachs [pourra] distribuer 20 Mds$ de bonus cette année, car ses fonds propres le lui permettent ».
Bâle 2 et paradis fiscaux
La deuxième décision du G20 est l’obligation pour toutes les banques d’appliquer à partir de 2012 les règles de Bâle 2 (que doivent déjà respecter les banques européennes mais pas leurs homologues américaines) et, pour celles qui ont des activités risquées sur les marchés, l’obligation d’augmenter leurs fonds propres. Mais là aussi, la victoire de l’Union n’est que partielle puisque le G20 a décidé que le Comité de Bâle devrait travailler sur un « ratio d’effet de levier », qui suscite beaucoup d’inquiétudes chez les banques européennes.
La troisième décision importante du G20 est d’imposer, à partir de mars 2010, des sanctions à l’encontre des paradis fiscaux et territoires non coopératifs. Là encore, la prudence est de mise puisqu’il est aujourd’hui difficile de mesurer la portée des conventions fiscales que les « anciens » paradis fiscaux se sont empressés de signer après le G20 de Londres.
« Encore des grands mots »
Pour Martine Aubry, ce G20, ce sont « encore des grands mots ». Il ne comporte « rien sur la régulation financière, rien sur la taxation des capitaux financiers qui circulent dans le monde ». « Aucune décision n’a été adoptée concernant la réglementation de la titrisation, les fonds spéculatifs, les fonds d’investissement ou les agences de notation. Rien n’a été décidé concernant les rémunérations des hauts dirigeants », complète le PS dans un communiqué.
Enfin, à noter que, dans un domaine moins politique mais non moins important pour les entreprises, l’Union européenne n’a pas obtenu satisfaction sur les normes comptables : l’organisme comptable américain et son équivalent international devront certes faire « converger » les normes comptables d’ici à 2012, mais aucune précision n’est apportée sur les modalités de cet objectif.
C.D. avec AFP
(1) C’est ce qu’il a affirmé lors de son audition devant la commission des finances du Sénat le 16 septembre.
