Alors en novembre, l’actualité, ce sera « l’identité française ». Il faut bien refaire un peu de plat à l’extrême droite que la mauvaise vie de Monsieur Mitterrand et la bonne vie du Prince Jean pourrait bien avoir agacée. Et comme les Français ne sont pas méchants, personne n’ira penser que l’identité se résume à de belles montres, à des prototypes auvergnats ou à de bienveillants commentaires dans le fichier Edvige ter. Mais si c’est celui qu’au temps de Georges Bush encore, il fallait appeler « Sarkozy the American » qui se préoccupe de notre identité, n’y a-t-il pas à craindre que la « douce France » célébrée par l’UMP, et qu’incarne si bien le doux Frédéric Lefebvre, ne se dissolve dans la taurine de l’Ouest sauvage ; et n’acquière un petit côté Le bon, la brute et le truand ?
Car, vois-tu, Blondin, « dans la vie, il y a deux sortes d’hommes. Ceux qui ont le fusil et ceux qui creusent ». Bref, les vrais qui agissent et les minables qui commentent. Les « doers » et les « talkers », in american. Les surhommes qui comptent bien rester et les « pauvres cons » qui feraient mieux de « se casser ». Que voilà des rapports policés, civilisés et respectueux ; à suggérer comme élément de l’identité française ?
Peut-être mais alors en murmurant, parce que, dans l’immédiat, le pouvoir semble plutôt rêver le Grand silence pour tous ces élus qui se croient autorisés à l’ouvrir.
Ces sénateurs qui se permettent de trouver indéfendable que Papa pistonne son fils.
Ces parlementaires qui, pour une poignée d’euros, osent suggérer de remettre en cause le bouclier fiscal, dans lequel Christine Lagarde voit encore un « contrat de confiance avec les Français », si tant est que les Français puissent se réduire aux moins de 20 000 foyers fiscaux qui en bénéficient… sur 30 millions.
Pire même, pour quelques euros de plus, ces députés qui osent voter une taxe sur les banques. Alors là , ça ne va plus du tout. Le Parlement revalorisé va revoter cela et immédiatement. Impressionnant, quand même, la façon dont l’hyperparlement se couche, alors pourtant que l’exécutif n’est rigoureusement rien sans la majorité. Mais après tout, la Cour de Versailles et la rationalisation du Parlement sont aussi un élément de l’identité française.
Tout comme le Roi, source de justice. Ne vous y trompez pas : les nominations du CSM et la suppression du juge d’instruction, c’est Saint-Louis sous son arbre ; rien à voir avec OK Coral, les règlements de comptes et les coupables sur les crocs à bouchers.
Et il en va de même de la pensée jacobine : so Frenchy. Et ce ne sont pas les avis à l’emporte pièce du Conseil d’Etat sur la qualité de ce scrutin uninominal qui vont changer quoi que ce soit. De toute façon, s’il y avait besoin d’écouter les conseils du Conseil, ça se saurait. N’a-t-il pas considéré comme des aides d’Etat certaines mesures du PLF ? Jugé contestables sur de nombreux points les découpages de circonscription d’Alain Marleix ? Pfff. Enfin, quoiqu’il en soit, s’agissant des collectivités locales, pas de doute, le fédéralisme à l’américaine n’est pas pour demain.
Vous voyez donc qu’il n’y a rien à craindre pour l’identité française. Pas de Western. D’ailleurs, nous serions nuls pour ce genre. Clint Eastwood n’a ni le mystère ni la prestance de Nicolas Sarkozy et, connaissant ce dernier, on l’imagine mal dire à l’UMP comme Terence Hill à Henri Fonda : Mon nom est personne…
En allant plus loin, même, en France, ce sont les vrais, ceux qui ont le pouvoir, ceux qui ont le fusil qui creusent. Les sondages à grand coup de népotisme et les déficits à grand coup de mesures « historiques ». Au point qu’ils pourraient bien finir par se tirer une balle dans le pied, si l’on en juge d’un côté, par le niveau de l’endettement et la partie de la dette qui a été renégociée en taux courts, et d’un autre côté par un contexte international de hausse des taux et le caractère probablement inflationniste de mesures comme la taxe carbone.
Creuser quand on a le fusil, quand même, c’est ballot ? Non, c’est ça l’identité. Le Western à la française. Attaquer les diligences, faire sauter les trains, c’est bon pour Jesse James. Chez nous, Blondin, on bananifie les Républiques.
F.X. Lanfranchi
