Le Vendredi 27 novembre 2009
Une proposition de loi « transversale car prenant en compte l’ensemble des violences faites aux femmes » émane des députés, membres de la mission parlementaire sur le sujet. Le texte a été présenté le 25 novembre, date proclamée par les Nations Unies comme Journée internationale pour l’élimination de la violence faite aux femmes. L’ensemble des députés de la mission espère que le Gouvernement reprenne le texte à son compte.
L’une des mesures phares de ce texte de loi : la création d’une ordonnance de protection des victimes (article 1). Cette ordonnance provisoire a pour objet de protéger, en urgence, les personnes en situation de danger ; elle interviendra en amont de la plainte. La simple demande, par une victime, d’une ordonnance, habilite le juge à prendre des mesures de protection immédiates et de stabilisation de la situation juridique et financière de la partie demanderesse.
En outre, trois articles du texte (5,6, et 7) « accroissent la sécurité juridique des personnes étrangères qui sont victimes de violence conjugales et facilitent leur accès au droit ». Sur le fondement de l’ordonnance de protection, la délivrance d’une carte de séjour aux personnes ayant subi des violences conjugales qui seraient en situation irrégulière est permise. Ces personnes auront également droit à une aide juridictionnelle.
Les députés ont aussi envisagé la prise en compte des personnes victimes de violences au sein de leur couple dans l’estimation des besoins de logements figurant dans les plans départementaux d’action pour le logement des personnes défavorisées.
Prévention
Par ailleurs, « le texte accorde une très grande place à la prévention », souligne Danielle Bousquet (SRC, Côtes d’Amor), présidente de la mission parlementaire. L’article 15 crée un Observatoire national des violences faites aux femmes afin de centraliser la réalisation et la diffusion d’études ayant traits à ces violences. « Il faut avoir un accès aux évolutions dans ce domaine », estime Guy Goeffroy (UMP, Seine-et-Marne), rapporteur du texte.
De plus, l’article 13, relatif à la prévention des violences sexistes dans les médias ouvre aux associations de défense des droits des femmes le droit de saisine du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).
Répression
Entièrement consacré à la répression, le chapitre 3 de la proposition de loi crée de nouvelles incriminations. L’article 17 introduit la notion de violences psychologiques. « Ce nouveau délit vise à mieux prendre en compte ces situations au sein du couple, qui ne se traduisent pas forcément par des violences physiques, mais peuvent avoir des conséquences graves pour les personnes qui en sont victimes ».
Un délit de contrainte au mariage est également constitué afin de donner aux juges un instrument spécifique de lutte contre les mariages forcés.
Certaines de ces propositions ont déjà été présentées par le Gouvernement, notamment par le Premier ministre, lors de son discours dans le cadre de la Journée internationale pour l’élimination de la violence faite aux femmes. François Fillon a annoncé vouloir tester en France le port du bracelet électronique pour contrôler les conjoints violents.
Laure Martin
Protection des enfants
La proposition de loi précise la définition de l’intérêt de l’enfant. Elle affirme cet intérêt dans le code civil afin que la protection de l’enfant soit une priorité, y compris à l’égard du mari violent. De même, le texte envisage de donner la possibilité au juge de retirer l’autorité parentale « au parent qui aura commis un meurtre sur la personne de l’autre parent ». « On veut combattre l’idée selon laquelle on peut être un mari violent mais un bon père », soutient Guy Geoffroy.
Quelques chiffres
160 femmes sont mortes en 2008 sous les coups de leur compagnon.
700 000 femmes ont été victimes de violences en deux ans.
