Tensions sur l’électricité

22 déc 2009 - 

Audition – Le 16 décembre, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) a posé une question simple à différents acteurs du secteur de l’énergie : « La France manquera-t-elle d’électricité cet hiver ? » Si la réponse est négative, les intervenants ont reconnu que des tensions importantes pourraient avoir lieu sur le réseau en périodes de pointe.

Alors que la France subit sa première semaine de grand froid, la question posée par l’Opecst a reçu une réponse en demi-teinte de la part des acteurs du secteur. « Une chute de température de 1 ° entraîne une hausse de consommation d’électricité de plus de 2 000 MW », rappelle Dominique Maillard, président du gestionnaire de Réseau de transport d’électricité (RTE).

Interconnexions insuffisantes
La France doit, dans les périodes de pointe et d’extrême pointe (vers 19h), importer une part significative de son électricité. Par exemple, explique Philippe de Ladoucette, président de la Commission de régulation de l’énergie (Cre), « le 15 décembre, la France a été obligée d’importer 5 100 MW à 19h, la consommation ayant atteint une pointe à plus de 88 000 MW. »
Or, rappelle Dominique Maillard, la France ne peut importer plus de 9 000 MW, les interconnexions avec les pays voisins n’étant pas suffisamment développées. « Par exemple, alors que l’Espagne a, grâce à ses parcs d’éoliennes, de l’électricité disponible, nous ne pouvons pas en importer plus de 500 MW car le transit est limité. La situation devrait être réglée grâce à la nouvelle ligne en cours de construction entre nos deux pays », assure-t-il.
L’installation de nouvelles interconnexions est difficile « non par manque de projets ou de moyens financiers, mais parce que ces ouvrages sont mal acceptés par l’opinion publique », indique-t-il. « Il faut en effet développer les interconnexions dans les deux sans et les optimiser. C’est ce que nous faisons déjà entre la France et le Benelux. C’est ce que nous sommes en train de faire avec l’Allemagne, le dispositif devant être opérationnel en mars 2010. Et c’est ce qui sera fait avec la péninsule ibérique début 2012 », précise Philippe de Ladoucette.

Délestages
« Aujourd’hui, il reste une marge, mais en cas d’aléa, nous pourrions être amenés à procéder à des délestages, surtout en Bretagne et en Provence-Alpes-Côte-d’Azur, où les capacités de production sont très inférieures à la consommation », explique le président de RTE. La Bretagne ne produit en effet que 8 % de ses besoins en électricité, et « seules trois tranches sur les quatre de la centrale de Cordemais fonctionnent. Si une de ces tranches s’arrêtait, nous aurions un véritable problème. »
Une donnée confirmée dès le 21 décembre, date à laquelle un délestage partiel d’électricité a eu lieu de 13h46 à 15h30. Cet arrêt « volontaire et maîtrisé », selon RTE, a touché deux millions de personnes et est dû à un incident technique dans le poste électrique de Tavel, dans le Gard. Christian Estrosi a demandé le jour même que « le contrat d’objectifs pour la sécurisation de l’alimentation électrique de l’Est de la région Paca soit réalisé rapidement ».
Ces délestages ne concerneraient bien entendu pas les établissements dits sensibles (hôpitaux, etc.) ni les éclairages routiers, selon Philippe Guillard, directeur adjoint de l’énergie à la DGEC. « Mais les éclairages de Noël pourraient être coupés », explique-t-il, ajoutant immédiatement que le ministère « n’envisage pas de crise grave, avec des coupures longues comme cela a pu avoir lieu à cause des tempêtes de ces dernières années ».

Production nucléaire dégradée
L’origine du problème se situe dans le fait que les logements français sont principalement équipés en chauffage électrique et que la production est basée à 85 % sur le nucléaire, source d’énergie non mobilisable en un temps très court. Les énergies plus rapidement mobilisables, telles que les centrales thermiques, ne sont pas assez développées dans l’Hexagone, reconnaissent les acteurs du secteur.
A cela s’ajoute le fait qu’une proportion non négligeable de tranches nucléaires est actuellement à l’arrêt pour des raisons de maintenance, admet Henri Proglio. « En novembre 2009, 15 tranches sur 58 étaient à l’arrêt, contre 10 en novembre 2008 ; au 15 décembre 2009, 8 tranches sont encore inutilisables, contre 6 en décembre 2008 ; et en janvier 2010, nous prévoyons 4 tranches immobilisées, contre 1 seule en janvier 2009. » Cette « dégradation » de l’état du parc nucléaire est liée, selon le PDG d’EDF, à un manque d’investissements, à des lacunes dans l’organisation des chantiers de maintenance et à une optimisation de l’utilisation des capacités de production insuffisante.
Pourtant, souligne-t-il, « des efforts significatifs ont été engagés depuis deux ans. En 2009, 7 Mds€ seront consacrés aux investissements, dont 80 % pour des opérations de maintenance, et 24 Mds€ sont prévus pour les trois ans à venir. »
« Le taux de disponibilité va s’améliorer dans les prochains mois », annonce-t-il. Mais « il serait irréaliste de penser que l’on pourra atteindre un taux de disponibilité des capacités de 95 %. L’optimum du parc français se situe plutôt à 85 ou 86 %. »

Capacités de pointe
Reste que, parallèlement au nucléaire, il faut développer des capacités de production d’électricité de pointe, insiste Philippe de Ladoucette. « Ce sera le cas avec la construction programmée de 12 centrales au gaz d’ici 2012, l’installation de telles capacités de production de pointe constituant une nouveauté pour la France ».
Tout en confirmant ce chiffre, les opérateurs alternatifs, réunis au sein de l’Union française de l’électricité (UFE), demandent que « les capacités de pointe soient correctement rémunérées », faute de quoi ils ne pourront consentir les investissements de longue durée nécessaires. « Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Cela freine les investissements », affirme Robert Durdilly, président de l’UFE. « Il faut créer un cadre incitatif pour faire émerger une véritable concurrence en matière d’offre de pointe sur le marché de gros. »

Effacer la pointe
Par ailleurs, tous les opérateurs se félicitent que Bruno Sido (UMP, Haute-Marne) et Serge Poignant (UMP, Loire-Atlantique) co-pilotent un groupe de travail mis en place par le ministère de l’Ecologie sur les pointes de consommation d’électricité. « Il faut maîtriser la demande en période de pointe », estime Robert Durdilly, regrettant que les capacités d’effacement aient baissé ces dernières années. « Il faut mettre en place un signal prix suffisamment important pour inciter les consommateurs à changer leurs comportements ».
Carine Duvoux

Voir aussi PPI appliquée


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