Le musée des Arts décoratifs met en scène jusqu’au 31 janvier des créations de Madeleine Vionnet (1876-1975), couturière de la première moitié du XXe siècle. Tout en légèreté, en fluidité, les robes et manteaux présentés se révèlent d’une modernité étonnante.
Mousseline, crêpe de Chine, tulle, souffle de soie, chantilly… Madeleine Vionnet affectait les tissus souples, aériens, transparents, qu’elle coupait dans le biais, drapait et superposait pour leur donner un tombé parfait. Ses robes fluides, portées à même la peau, sans doublure ni baleines, sans bouton ni agrafes, ont rendu le port du corset inutile.
Au sortir de la Première Guerre mondiale, elle réussit à imposer la modernité de ses créations et connaît le succès avec sa maison de couture, créée en 1912 et qui fermera ses portes en 1939.
Simplicité
« Proportions, mouvement, équilibre et vérité » guident le travail de cette « puriste de la mode », selon l’expression de Pamela Golbin, commissaire de l’exposition et conservatrice en chef du musée des Arts décoratifs. Les formes géométriques sont à l’honneur, le tissu suit le corps, la simplicité des lignes domine. La couturière aime les teintes unies, « le noir, le blanc et puis les beaux tons francs, sincères. Des bleus et des verts qui parent les yeux, des rouges qui rappellent les lèvres, mais pas de coloris mal définis ».
L’exposition permet au visiteur de suivre chronologiquement l’évolution du style de Madeleine Vionnet, de ses créations inspirées de la Grèce antique – pour lesquelles elle assemble des carrés de tissu et limite au maximum les attaches et les coutures – à ses robes des années 1930 brodées par la maison Lesage, qui inventa une technique spéciale adaptée à la coupe en biais.
Le visiteur découvre aussi d’autres aspects de la personnalité de Madeleine Vionnet, qui met à la disposition de ses employées des services sanitaires et sociaux (cantine, cabinet médical et dentaire gratuit et une crèche) et qui lutte contre la copie dans l’industrie de la mode.
Une exposition qui rend un bel hommage à celle qui disait : « Il n’y a pas de mode, et j’ai pour ma part horreur de la mode ! On trouve tous les styles chez moi. […] Il ne reste qu’à savoir choisir : tout dépend de l’esthétique particulière de chacune ». C’est sans doute ce qui rend ses créations indémodables.
Carine Duvoux
Madeleine Vionnet, puriste de la mode – jusqu’au 31 janvier 2010 – Musée des arts décoratifs – 107, rue de Rivoli 75001 Paris – ouvert du mardi au vendredi de 11h à 18h, le samedi et dimanche de 10h et 18h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h – tarif plein : 8 €, tarif réduit 6,50 € – Informations http://www.lesartsdecoratifs.fr/

Robe, été 1937, Les Arts décoratifs, Union française des arts du costume. © Patrick Gries

Ensemble du soir, été 1935, modèle n°4868. © Patrick Gries

Robe du soir, été 1937, Les Arts décoratifs, Union française des arts du costume. © Patrick Gries

Photographie de dépôt de modèle, collection hiver 1938, Les Arts décoratifs, Union française des arts du costume. © DR
