Les trois font la paire…

2 fév 2010 - 

Ce n’était pas gagné, mais il y a plus drôle dans la politique française que l’humour légendaire de Georges Frêche. Par exemple, il y a la relaxe de Dominique de Villepin qui devait pendouiller à un croc à boucher, et que la moitié des Français imaginent bien candidat en 2012. Plus Sarkozy s’acharne, plus celui qui s’était couvert de ridicule avec ses prétentions littéraires, ses dissolutions et ses CPE, a des airs de victime, de martyr, bref, de présidentiable. C’est un peu la loi des vases communicants : l’un reprend du poids au fur et à mesure que l’autre en perd, de procès en procès, d’immixtion soupçonnées dans les procédures en incompétences honteuses pour tout avocat, puisqu’après l’usage malencontreux du terme coupable pour un présumé innocent, le président de la République vient doublement de louper son effet « grand seigneur » avec coup sur coup un « je ne ferais pas appel » des plus grotesques1 et… l’appel du parquet.

Voilà qui promet pour 2012, d’autant que l’unité de la majorité est d’ores et déjà plus que fissurée. Alors que le Nouveau centre semble reprendre un peu d’indépendance, la politique de Jean-François Copé est en train de montrer toute son efficacité, qui prétend établir le dialogue, si ce n’est l’égalité, entre l’omni-présidence et l’hyper-parlement – comprenez : le giga-groupe-UMP.

Car il n’a échappé à personne depuis décembre, et, à tout le moins, depuis une semaine, que la pagaille et l’absentéisme ont atteint des proportions sans précédent au Palais Bourbon.

Petits rappels. Le 15 décembre, lesindiscrets.com révélait à l’internaute que 200 députés UMP avaient abandonné l’hémicycle pour se rendre à la petite sauterie de Jean-François Copé, délaissant ce texte sans importance pour les Français qu’était le projet de loi sur La Poste. A ce moment là, les socialistes, sans président de séance, avaient pu entonner tranquillement « tous ceux qui veulent changer le monde », ce lipdub du gouvernement que désapprouve Jean-François Copé.

Mais ce n’était pas un coup d’essai, puisque le nouveau statut de l’opposition voulu par Nicolas Sarkozy a été vidé de sa substance par la pratique du groupe majoritaire, lequel, pour chaque proposition de loi inscrite par l’opposition, sèche la séance comme une bande de lycéens : le Gouvernement demande la réserve de vote et les textes sont ensuite rejetés en bloc, sans débat. Rebelote la semaine dernière, où pas un membre de la majorité n’était là pour la discussion des amendements socialistes sur le projet de loi concomitance – au point que le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, rappelé pour une conférence des présidents exceptionnelle, a lui-même fini par concéder que le recours systématique à la réserve de vote est inacceptable.

La veille sur Europe I, il avait, à propos du voile, déjà « dit à Jean-François Copé que le moment est venu de s’arrêter parce que sa contribution a été un peu conduite à marche forcée ». Venant d’un président de l’Assemblée nationale à un président de groupe, qui plus est de sa majorité, la chose n’est pas courante ; et pourtant, l’euphémisme est bien doux, en comparaison des invectives publiquement échangées entre certains députés UMP et celui qui essaye d’être leur patron.

François Grosdidier dénonce la tendance à « rouler des mécaniques », tandis qu’Eric Raoult explique : « Moi, mon patron, c’est Sarko, pas Copé », confirmant à tous les Français, la semaine même où Sarkozy fait son numéro en prime time, qu’à à la veille des régionales, le président de la République est bel est bien le chef de la majorité.

Eric Raoult peut toujours s’indigner : « pas devant les caméras », c’est raté, et bien raté, et, au point où l’on en est, il serait difficile de faire pire. Stop ! On ne dit plus chambre basse, on dit : chambre en dessous de tout. Ce qu’il y a d’étonnant dans ces conditions, c’est de fantasmer encore sur 2017. De fantasmer sur 2017 en ne soutenant finalement l’exécutif que sur les sujets les plus glissants dans l’opinion – la commission d’enquête sur les sondages de l’Elysée, celle sur la surproduction de vaccins, ou ces merveilleuses réformes des circonscriptions et des territoires. De fantasmer sur 2017 quand on compte au nombre des parlementaires pour lesquels la question de la compatibilité avec les fonctions d’avocat va finir par se poser avant 2012.

Qu’importe si pendant ce temps, on se hisse dans ce glorieux tiercé : Sarkozy, Villepin, Copé ?
Eh bien il importe que quand le ministre de l’Agriculture, Bruno le Maire, appelle à l’unité derrière Sarkozy en 2012, on ne sait plus si l’on a déjà entendu cet air dans les très riches heures du RPR ou dans la traversée socialiste du désert …

Si ça ce n’est pas plus drôle que Georges Frêche…

François-Xavier Lanfranchi

1. Pour la bonne raison que la partie civile ne peut faire appel en cas de relaxe au pénal !


Laisser un commentaire