Gourmet, vous espériez la recette d’un petit plat de grande cuisine ? Qu’importe, vous ne ferez pas grise mine en comprenant que le sujet, quoique tout autre, pourrait être un peu croustillant, comme il sied à notre époque. Non que l’ordre moral domine au point que vous en soyez à vous rabattre sur l’Hémicycle pour vous enivrer de perversions olé-olé, mais enfin, on ne sait jamais : les sites pornographiques sont depuis peu inaccessibles de l’Assemblée nationale, (on se demande bien pourquoi), et la députée Chantal Brunel s’inquiète des effets de la banalisation du sado-masochisme sur les violences faites aux femmes (on se demande, hélas, moins pourquoi).
Dans ces conditions, on comprend que la seule évocation de la Pompadour et de sa carrière horizontale séduise le chaland. A croire que ce dernier, décidément old school, en est encore aux vieux préceptes misogynes qui prétendaient que les femmes, toutes Pompadours pomponnées, couchent pour avancer quand les hommes avancent pour coucher. Eh bien non : c’est la chute des tabous, l’égalité des sexes, la banalisation du S.M. : tout est plus, hmm, « cérébral ». Du coup, en politique, le dernier must est de se coucher pour avancer. Prenez par exemple cette étonnante idée de scrutin proportionnel à un tour qui a fait lever tant de boucliers, et observez ; vous allez voir que, comme sur DAVDSI ou Hadopi, les volontés vont s’amoindrir. Un petit coup de fil, une mission valorisante, et hop, l’on s’abaisse.
A ceux qui conservent leur dignité, les règles du jeu sont vite rappelées. Souvenez-vous. En décembre dernier, au moment du budget députés et sénateurs s’étaient mis d’accord pour situer à 1,2 % le taux d’actualisation des bases 2008 servant de référence au calcul du produit de TP pour 2010. Le Gouvernement l’avait redescendu à 1 %. Le rapporteur général du budget déplorait alors : « C’est un peu « gagne-petit », mais que voulez-vous… Nous avons essayé ensemble et nous avons reçu le petit coup de règle ». Et maintenant en février 2010, revalorisation du Parlement oblige, le Gouvernement nomme par décret René Ricol Commissaire général à l’investissement avant même que le Parlement n’ait voté la création du Commissariat général… Et le même rapporteur, affable ou stoïque, qui sait, d’évoquer une « petite brûlure ».
En fait, à bien y regarder, petites plaies et grosses brûlures sont devenues la norme. Que l’autre résiste : il faut le rabaisser, le « pendre à un croc à boucher », le « passer à la kalachnikov », lui « cracher à la gueule » et patati et patata. Et les élégances élyséennes vis-à -vis des journalistes n’ont pas le monopole en la matière. Sur la taxe carbone, les Verts s’amusaient : le Conseil Constitutionnel « carbonise » le Gouvernement. Même ton au MJS : la politique du Gouvernement dans le logement social est « petit bras ». Et le Conseil constitutionnel ne donne pas tort aux socialistes, non, il leur inflige un « cinglant désaveu ». “Let’s play masters and servants”. Il faut que ça claque, il faut que ça saigne. Assis ! Couché ! C’est moi le maître !
Que voilà une démocratie apaisée et un débat constructif : gauche et droite renvoyées dos à dos, transformant la politique en un épisode de Doctor House où la seule question est de savoir qui manipule et humilie qui ; bref, la loi du plus fort, la logique du mâle dominant, la morale du chenil. La classe, en somme.
Ce pourrait être amusant, parce qu’il n’y a bien sûr pas plus frustrés que ceux qui jouent les matamores avec leurs petits poings ; mais cela finit par être juste fatigant tant devient bruyant leur carnaval perpétuel pour prendre toute la place disponible, exister partout, à grand frais, sans pudeur ni gêne, en plaçant leurs amis, en envahissant les médias, les réseaux sociaux… et votre messagerie. La « peoplisation » n’est pas une passade, c’est une tendance dont la candidature aux régionales de Gilbert Montagné n’est que le génial aboutissement.
Reste à savoir si la République est à ce point fossoyée que ce syndrome Madame sans gêne puisse continuer impunément. Ou si nos enfants, quand ils en auront assez de rembourser les dettes du sarkozysme de papa, reliront Boris Vian et viendront cracher sur nos tombes. Parce que, regardez la Pompadour. C’est ainsi que vont les choses.
F.-X. Lanfranchi
