Le Mardi 27 avril 2010
Burqa, polygamie… François Fillon fait le grand écart. Alors que la polémique enfle après que Brice Hortefeux a proposé de déchoir de la nationalité française un homme dont la compagne a été verbalisée pour avoir porté le niqab en conduisant et qui est soupçonné de polygamie et de fraude aux prestations sociales, le Premier ministre recevait le même jour des représentants du Conseil français du culte musulman (CFCM) sur le texte en préparation sur l’interdiction du voile intégral. Un exercice difficile, car, tout en étant défavorable au voile intégral, le CFCM ne s’est pas privé de dénoncer la « stigmatisation » que subissent les musulmans en France et dont l’affaire de la polygamie est un nouveau signe. « Il y a une disymétrie dans la médiatisation des choses concernant la communauté musulmane [qui] risque de créer un sentiment de frustration et de crispation », a alerté Mohamed Moussaoui, président du CFCM, regrettant que la fusillade d’une mosquée le week-end dernier n’ait pas fait l’objet de plus de commentaires dans les médias.
Le lièvre et la tortue
Le projet de loi devrait, a affirmé Bernard Accoyer au sortir d’une entrevue avec le Premier ministre le 26 avril, être présenté en Conseil des ministres le 19 mai, soit une semaine après l’examen de la résolution parlementaire sur le sujet. Ce choix d’un texte gouvernemental a satisfait le président de l’Assemblée mais déçoit sans doute Jean-François Copé qui, toujours pressé, préférait une proposition de loi, afin d’éviter à la fois le passage du texte devant le Conseil d’Etat et le délai de six semaines minimum séparant son dépôt de sa discussion en séance.
Reste ensuite à savoir si l’urgence sera déclarée sur ce texte… Bernard Accoyer et François Sauvadet, président du groupe Nouveau centre à l’Assemblée, plaident pour une procédure normale, avec deux lectures devant chaque chambre, afin de prendre le temps du débat et de rechercher un consensus républicain. Mais certains députés UMP, sans doute lassés par cette affaire – et par l’agitation de leur président de groupe ? – souhaitent en finir au plus vite, pour passer à autre chose.
François Fillon devrait, selon le président de l’Assemblée, « faire connaître sa décision sur la procédure choisie le 19 mai ».
Sans fondement juridique, une loi inapplicable
Pour le moment, le Gouvernement travaille sur le futur texte, sur lequel le Conseil d’Etat a formulé le 30 mars des réserves. Pour la juridiction administrative, « une interdiction générale et absolue du port du voile en tant que tel ne pourrait trouver de fondement juridique incontestable », les principes de laïcité, de dignité de la personne humaine, d’égalité des femmes et des hommes ou encore la sécurité publique ne pouvant être invoqués dans ce cas. Seule l’interdiction du port du voile cachant le visage dans certains services publics serait justifiée au regard des droits et libertés garantis constitutionnellement, a-t-elle estimé.
Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel à l’université de Montpellier, a expliqué à l’AFP que cette loi serait « pratiquement, matériellement inapplicable ». Même si elle est votée par le Parlement, « il y aura saisine et censure du Conseil constitutionnel » qui, « s’il applique sa jurisprudence traditionnelle, constatera que l’interdiction, parce que générale, est disproportionnée par rapport à l’objectif recherché ».
Le président de la République ayant tranché le 21 avril en faveur d’une interdiction générale du port du voile intégral dans tout l’espace public, le Gouvernement n’a cependant pas d’autre choix que de « prendre des risques juridiques », comme l’a reconnu François Fillon.
Opération électorale
« Ce que vont faire les femmes voilées, c’est rester chez elles. Cela revient à les enfermer doublement », accuse Jean-Christophe Cambadélis le 22 avril sur i-Télé. L’opposition dénonce pêle-mêle un « passage en force face à la Constitution », une « loi de stigmatisation », une « faute intégrale » ou encore une « opération électorale ». « Nicolas Sarkozy a décidé comme première étape de sa campagne présidentielle de récupérer l’électorat d’extrême droite qui lui a manqué », critique Benoit Hamon.
