Interview de M. Hervé Novelli, par Ludovic Vigogne
Réduction du nombre de fonctionnaires, privatisations, délégations de service public, pour Hervé Novelli, secrétaire général-adjoint de l’UMP, l’indispensable politique de rigueur passe par une importante diminution du périmètre de l’État dans la sphère économique.
En 2012, que la gauche ou la droite l’emporte, les Français connaîtront-ils autre chose qu’une politique d’austérité ?
Il est clair que l’impératif de réduction des déficits et leur disparition, seul moyen de faire conserver à notre pays son rang, s’imposera à tous. Quels que soient les gouvernants, ce sera un impératif. En revanche, les moyens pour y parvenir seront différents que la gauche ou la droite l’emporte. Dans la genèse des déficits, il y a un déséquilibre de recettes et de dépenses. Il existe trois moyens techniques pour les supprimer : augmenter les recettes, baisser les dépenses ou encore une combinaison des deux. On voit bien aujourd’hui que la tentation de l’augmentation des recettes est dans l’air du temps. La gauche appelle cela la réhabilitation de l’impôt. Une partie de la droite est prête à la suivre. C’est pour moi une solution de facilité. Je reste convaincu que l’augmentation des impôts dans un pays qui a déjà un taux de prélèvements obligatoires parmi les plus élevés de l’OCDE ne peut pas tenir lieu de solution.
La priorité doit donc être selon vous de réduire les dépenses publiques ?
La réduction des dépenses de l’État, tout le monde en parle, mais peu la pratique. Le gouvernement de François Fillon a eu le mérite de décréter la stagnation de nos dépenses. C’est un effort méritoire, mais il n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Il faut donc aller plus loin. Cette réduction drastique ne pourra être menée avec efficacité que si elle s’appuie sur une réflexion concernant les actions que mènent l’État, les collectivités locales et les institutions de santé. Nous avons fait la RGPP, jargon qui consiste à analyser les foyers de dépenses de l’État pour les diminuer. Il faut maintenant réfléchir aux actions que l’État ne doit plus mener parce que celles-ci peuvent être mieux faites et coûter moins cher si elles sont effectuées par le secteur privé ou la société civile. Cette réflexion n’a pas encore été menée. Après la présidentielle, nous devrons tenir des états généraux de la dépense publique. C’est tout l’enjeu. Il faut trouver les moyens de rendre les services moins chers. Il faut que l’État reflue. Droite et centre sont-ils prêts à sortir des recettes traditionnelles ?
Jusqu’où ce mouvement doit-il aller ?
L’État est légitime dans tous les domaines qui relèvent de son autorité, tous les domaines régaliens. C’est-à-dire la justice, la défense, l’intérieur, la diplomatie et l’éducation pour partie. Hors ces domaines, l’État n’a rien à y faire. Et à terme on peut même imaginer que seuls ceux qui travaillent dans ces domaines régaliens doivent être fonctionnaires.
Faudra-t-il beaucoup privatiser ?
Bien sûr. C’est une bonne option. Mais il y a aussi d’autres méthodes : la mise en concurrence pour faire baisser les prix, des délégations de service public… Toutes les manettes doivent être utilisées.
Ce sera une sacrée cure d’amaigrissement qui sera synonyme de lourds sacrifices pour les Français…
Ce sera un recentrage de l’État qui apportera de la vigueur, une dynamique de croissance et pas de la récession. Ce sera une politique moins rigoureuse que ne le serait une politique surtaxatrice. On évitera que la fiscalité flingue les investissements.
À droite, la TVA sociale semble une piste très sérieusement envisagée pour 2012. Qu’en pensez-vous ?
C’est une question intéressante, mais elle n’a pas vraiment de sens. Ce sont 600 milliards d’euros de charges sociales qui pèsent sur le coût du travail qu’il faudrait reporter sur une telle taxe ! C’est inimaginable. Je propose une solution plus réaliste : un transfert partiel et progressif de la branche famille vers un impôt de consommation comme laTVA ou la CSG. Il n’y a aucune raison que ce soient les salariés et les entreprises qui portent le poids des allocations familiales. C’est réaliste : nous parlons de 50 milliards d’euros. Cela équivaudrait à trois points de TVA ou deux points de CSG. L’Allemagne l’a fait. Elle a consacré deux tiers des recettes récoltées au désendettement et un tiers à la baisse des charges.
La mise en place d’un gouvernement économique européen va-t-elle faire perdre à la France toute autonomie en matière économique ?
Nous avons tout à gagner à un gouvernement économique européen si nous sommes forts et en position de leadership avec les Allemands, c’est-à-dire si nous avons mené la politique drastique de réduction des déficits. Si nous sommes faibles, nos marges de manœuvre au sein de ce gouvernement économique seront réduites. C’est nous qui détenons les clés. L’affichage de notre détermination à lutter désormais contre les déficits nous protège. En revanche, si nous y renonçons, si nos fondamentaux restent ce qu’ils sont aujourd’hui, rien n’est acquis.
Le débat sur les 35 heures que vous portez ne sera-t-il pas secondaire dans la campagne ?
C’est vrai, il est derrière nous. Pourquoi ? Parce que chacun a intériorisé le mauvais coup porté à l’économie de notre pays à cause de cette réglementation unifiée et donc stupide. Ce débat sur leur nocivité est purgé. Un point sera néanmoins rouvert pendant le débat présidentiel : faut-il et comment supprimer les 22 milliards d’euros d’allégements de charges sur les bas salaires accordés en compensation aux entreprises et les 5 milliards d’exonérations de charges sur les heures supplémentaires ? Ils sont à comparer aux 27 milliards de déficit de la Sécurité sociale.
