Le congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe a réuni un sommet des maires à Strasbourg, le 22 septembre. À cette occasion, « une alliance des villes et des régions d’Europe pour l’inclusion des Roms» a été créée. La commune d’Aubervilliers a été choisie pour représenter la France au sein de cette alliance.
La situation des Roms continue de provoquer de très vives polémiques entre la droite et la gauche. Récemment, le Conseil d’État a annulé l’accord franco-roumain de coopération judiciaire pour le rapatriement des mineurs. Ce que n’a pas manqué de souligner le député socialiste Dominique Raimbourg, qui dirige le groupe de travail sur « l’accueil des populations issues des minorités Roms dans les grandes villes », créé au sein de l’AMGVF. Alors même que les compétences sont clairement définies – à l’État, l’accueil et l’hébergement d’urgence des populations étrangères ainsi que les discussions au niveau européen concernant les politiques migratoires et le statut des migrants, aux collectivités la mise en œuvre des aides sociales de droit commun et la scolarisation des enfants –, le bras de fer entre les élus et l’État est récurrent. Les différentes déclarations du ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, ont provoqué de vifs débats au sommet des maires organisé à Strasbourg. Le premier magistrat de la ville, Roland Ries, a notamment critiqué l’attitude du ministre de l’Intérieur, qui a « de nouveau jeté les Roms à la vindicte populaire en lançant son plan de lutte contre les jeunes délinquants roumains. Cette politique du bouc émissaire où une population complète est pointée du doigt est de mon point de vue inacceptable. »
« L’État ne prend pas ses responsabilités »
Jacques Salvator, le maire PS d’Aubervilliers, attend qu’une « vraie politique publique » soit lancée afin de préparer 2014, date à laquelle il n’y aura plus aucune restriction à l’installation des Roms en France. Quand à Dominique Raimbourg, il regrette encore que « L’État ne pren[ne] pas ses responsabilités. Il n’impulse pas de politique d’intégration. » Et de demander la levée anticipée des mesures transitoires (en vigueur depuis 2007) touchant Roumains et Bulgares : « Accepter la venue des gens sans leur permettre de travailler revient à les condamner à la mendicité. » Le député de Seine-Saint-Denis Patrick Braouezec de dénoncer les conditions inhumaines et indignes et les nombreuses discriminations dont sont victimes les Roms.
Un village d’insertion école à Aubervilliers
Pour tenter de pallier les conditions de vie catastrophiques des quelque 5 000 Roms vivant en Île-de-France, comme à Ivry-sur- Seine, pour un total de près de 15 000 personnes – dont 40 % d’enfants – dans l’Hexagone, certains élus locaux se sont engagés dans la construction de villages d’insertion. Outre la scolarisation des enfants et l’accès à l’emploi des parents, le relogement dans un habitat ordinaire reste la finalité d’un pro- gramme dont l’accompagnement social est assuré par des associations conventionnées. Initiée a Aubervilliers, l’expérimentation (d’un coût annuel de 150 000 euros) regroupe dix-huit familles volontaires. L’opération pilote de maîtrise d’œuvre urbaine et sociale (MOUS) a été reprise depuis dans une dizaine de communes d’Île-de-France et de province, avec plus ou moins de réussite ; en témoigne la fermeture précipitée cet été du village de Bagnolet. Elle devrait s’étendre prochainement à Pantin et au Val-de-Marne. « À travers ce projet, nous souhaitons démontrer que les Roms sont parfaitement incluables dans notre société, à l’image des vagues migratoires portugaises, espagnoles ou des Pieds- Noirs. Il faut s’en donner les moyens, en faisant preuve de pragmatisme et de lucidité », plaide Jacques Salvator. Des mesures transitoires appelées à disparaître une fois les familles intégrées.
Consolider les actions locales
Pour tenter de répondre aux complexités culturelles, sociales et économiques d’intégration des Roms, le sommet des maires européens organisé à Strasbourg a débouché sur un projet d’alliance des villes et des régions. Les participants s’engageant à éradiquer « l’exclusion et la discrimination contre les Roms rendues patentes par leur marginalisation, leur manque d’accès à l’éducation, au logement, à la santé et à l’emploi, alimentées par les préjugés, la méfiance et les discours haineux ». Six villes européennes dont Aubervilliers participeront à la démarche. « Il s’agit d’un acte symbolique fort. Nous allons partager notre expérience en l’enrichissant de dispositifs plus efficients », annonce son maire. Pour les élus qui hésitent entre la fermeté face aux camps sauvages et la sollicitude dans l’accueil d’une population désœuvrée, l’enjeu est de consolider les actions locales et d’apporter des solutions concrètes et novatrices. « Il faut traiter la question difficile des familles Roms dans son ensemble, à la fois de manière claire, responsable et humaine », estime le maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, dont la ville s’est engagée dans des projets de coopération décentralisée avec la Roumanie. Une politique seule à même de contrôler le processus d’insertion, estime Dominique Raimbourg. « La France et ses voisins ne pourront pas intégrer les 10 millions de Roms venus d’Europe. Il faut initier sur place, en Roumanie, en Hongrie et en Bulgarie, des programmes de développement économique qui amélioreront leurs conditions de vie. »
Roms et gens du voyage : Pierre Hérisson dénonce l’amalgame
Membre du comité d’experts sur les questions Roms au Conseil de l’Europe, le sénateur (UMP) de la Haute-Savoie Pierre Hérisson est également le président de la commission nationale consultative des gens du voyage. « Il est important de ne pas faire d’amalgame entre les gens du voyage, qui sont à 99 % de nationalité française, et les Roms, qui sont de nationalité étrangère. La majorité d’entre eux sont des sédentaires dans leur pays natal, ils ne peuvent pas s’installer sur nos territoires avec un mode de vie dégradé d’habitations précaires. Notre mission est donc simple : elle est de dire que les Roms ne peuvent pas venir en France et adopter le statut des gens du voyage. S’ils viennent en France, ils doivent avoir un statut sédentaire. Avec les autorisations légales. Sinon, ils doivent être expulsés. Il y a eu 1 500 reconduites depuis le 1er janvier pour la seule région Rhône-Alpes. »



