«Le système de 500 signatures ne répond plus aux objectifs fixés. Il a failli et il est devenu totalement absurde »

Interview de Guy Carcassonne, par Ludovic Vigogne.

Guy Carcassonne, agrégé de droit, membre de l'Institut Montaigne

Pour le constitutionnaliste, le prochain gouvernement devrait réformer sans tarder les conditions de l’élection présidentielle. Guy Carcassonne propose un système de parrainages populaires qui coexisterait avec la signature non plus de 500 mais de 750 élus.

Le système des 500 signatures d’élus nécessaires à un candidat à l’élection présidentielle pour se présenter semble toucher ses limites. C’est aussi votre sentiment ?

Absolument. C’est un système qui est devenu absurde. Il avait au départ une double ambition : éviter les candidatures trop nombreuses et permettre néanmoins à tous ceux qui représentent quelque chose de pouvoir concourir à l’élection présidentielle. Or, sur ces deux objectifs, il a failli. Des candidats qui représentent pourtant quelque
chose n’ont pas pu l’être et d’autres qui ne représentaient rien ont pu eux se présenter. Mais quelle est la contribution au débat démocratique de candidats qui obtiennent au final 1 ou 2%? Ils font en plus courir le risque d’accident du type de celui du 21 avril 2002. Le système, mal conçu, est devenu pénalisant.

Par quoi ce système pourrait-il être remplacé ?

Il faudrait mettre en place selon moi un double système : un parrainage citoyen et un parrainage des élus, dont on augmenterait le nombre. Le parrainage citoyen s’inspirerait du référendum d’initiative populaire. Pour se présenter à l’Elysée, un candidat devrait ainsi récolter 500 000 ou un million de signatures, par exemple par Internet. Il faudrait néanmoins aussi garder le système de parrainages des élus et le faire passer à 750. Il sera nécessaire en cas de décès ou de destitution d’un Président au cours de son mandat. Il n’y aurait en effet alors pas le temps d’organiser le collectage des parrainages citoyens pour les candidats.

Préconisez-vous que le parrainage des élus redevienne anonyme, ce qu’il n’est plus depuis 1974 ?

Non, pas du tout. Marine Le Pen trouve que cela la pénalise, mais une législation n’est pas faite pour favoriser l’un ou l’autre. Il est normal que des administrés puissent savoir que leur maire a apporté son parrainage à tel ou tel candidat.

Que fait-on si un candidat qui est à 20 % dans les sondages ne peut pas être candidat au printemps prochain ?
C’est un scénario totalement virtuel. Je crois que Marine Le Pen obtiendra ses 500 signatures. La famille Le Pen nous fait le coup à chaque fois.

Mais si elle ne bluffait pas, que se passera-t-il alors ? Les grands partis ou le Gouvernement devraient-ils faire quelque chose ?

Cela me choquerait que Marine Le Pen ne soit pas candidate, mais on ne change pas des règles en cours de route. On ne pourrait donc rien faire. Mais, je le redis, je n’y crois pas un seul instant. C’est, selon moi, une hypothèse complètement inconsistante.

Comprenez-vous les « petits candidats » qui accusent les grands partis de verrouiller les signatures de leurs élus et les empêchent d’obtenir leurs 500 signatures ?

Mais c’est normal que les grands partis réagissent ainsi. Ils ne sont pas là pour encourager une concurrence susceptible de leur prendre des voix. C’est tout à fait logique et compréhensible.

Faudrait-il cette fois que le Gouvernement réforme vraiment le système au lendemain de cette élection pour éviter que, cinq années plus tard, on revive encore la même situation ?

Oui, même si ce n’est pas une priorité, ce serait sage et souhaitable. C’est une règle qui a vécu. Elle a été voulue par le général de Gaulle. A l’époque, en 1965, il ne fallait que 100 signatures pour un candidat pour se présenter car de Gaulle était sur la ligne « Il faut laisser la parole au peuple ». Le problème s’est posé en 1974, où le nombre de candidats a explosé. Ils sont douze à s’être alors présentés. Cela a conduit à réagir et à passer le nombre de signatures exigé à 500. Il n’y avait pas beaucoup d’autres
solutions disponibles à l’époque. Internet n’existait pas. Aujourd’hui, grâce à ce nouvel outil, on peut envisager autre chose.

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