Cahiers de campagne – 3

par

Par Michèle Cotta

Double succès pour François Bayrou. Photo Boris Horvat / AFP

Dimanche 18 septembre

On l’avait presque oublié, on avait tort : François Bayrou a réussi sa rentrée. À force de s’interroger sur la réalité de nouvelles candidatures centristes (Jean-Louis Borloo, Hervé Morin), on en avait presque passé par profits et pertes le président du Modem. C’était un tort : François Bayrou a enregistré, dans la belle presqu’île de Giens, un double succès. Le premier n’est dû qu’à lui, avec toutefois, peut-être, l’aide involontaire du président de la République. On pensait qu’il était seul, et c’est avec des figures historiques du centre qu’on l’a vu dimanche dernier, tel un phœnix, renaître : Pierre Méhaignerie, Jean Arthuis, Anne Marie Idrac étaient présents à ses côtés. Même si Méhaignerie n’a pas abandonné l’UMP, sa présence reste néanmoins symbolique : l’entité centriste ne se confond pas avec le mouvement majoritaire, il n’est pas absorbé par lui.

La seconde raison de la remise en selle de Bayrou tient à la faiblesse de ses compétiteurs au sein du mouvement centriste : plus Borloo se fait attendre, plus les espoirs qu’il avait suscités retombent, plus les divisions se multiplient autour de lui. Plus Dominique de Villepin cherche son chemin, plus il autorise ses éventuels partisans à chercher ailleurs quelqu’un de plus déterminé. Et si François Bayrou a une qualité, c’est bien celle-là : il reste persuadé que sa ligne finira par l’emporter. En ces temps de doute, la force de sa conviction rassure.

Mercredi 21 septembre

Ziad Takieddine. Photo Samson / AFP

Réponse du berger à la bergère : l’avocat Robert Bourgi , successeur de Jacques Foccart et proche des présidents africains depuis des décennies, avait mis en cause la semaine dernière Jacques Chirac et Dominique de Villepin, accusés d’avoir réceptionné pendant des années des dizaines de mallettes bourrées d’argent zaïrois, ivoirien ou sénégalais.

Quelques jours plus tard, aujourd’hui, deux proches de Nicolas Sarkozy sont visés par l’enquête du juge Van Ruymbeke, encore lui, sur le volet financier de l’affaire de l’attentat de Karachi : Thierry Gaubert, un des plus anciens fidèles du Président, est mis en examen pour « recel d’abus de biens sociaux » et Nicolas Bazire, autre proche de Nicolas Sarkozy en même temps qu’ancien directeur de cabinet d’Édouard Balladur, est placé en garde à vue. Question des enquêteurs : la vente de sous-marins au Pakistan aurait-elle financé la campagne d’Édouard Balladur en 1995 ?

Cherchez la femme, ou plutôt les femmes : c’est Hélène de Yougoslavie, l’épouse de Thierry Gaubert, qui s’en est allée avouer aux policiers, qui lui posaient quelques amicales questions, que oui son mari avait eu l’occasion de se rendre en Suisse et d’en revenir avec des montagnes de billets, qu’il aurait remis régulièrement à Nicolas Bazire. Quant à l’intermédiaire, Ziad Takieddine, qui aurait accompagné Thierry Gaubert dans ses voyages, c’est à sa femme, également, qu’il doit sa mise en examen du 14 sep- tembre : en instance de divorce, celle-ci a soigneusement énuméré devant les enquêteurs les ventes d’armes dont son mari s’était chargé, les commissions qu’il aurait versées, et, tant qu’elle y était, les rétrocommissions ramenées en France.

Vengeance après séparation de corps ou pure bêtise ? Dans le genre « je dis tout » mais « c’est par gentillesse », la blonde princesse de Yougoslavie n’a pas d’égale.

Vendredi 23 septembre
Ça continue. On se demande, là encore, comment, aussi avisé qu’il est, aussi au courant, depuis des années, de la chose politique et policière, Brice Hortefeux a pu, avec son propre téléphone, appeler lui-même Thierry Gaubert pour le prévenir, dans un dialogue digne des films de Michel Audiard, que sa femme avait « balancé » beaucoup de choses sur lui, et sans trop se faire prier.

Pour un ancien ministre de l’Intérieur, se faire pincer par des écoutes téléphoniques est une imprudence, doublée d’une incompréhensible sottise. Comme l’a été hier, dans le même genre d’une naïveté inouïe, le communiqué publié par l’Élysée assurant que le nom du chef de l’État ne figurait dans aucun des éléments du dossier. Comment l’exécutif le savait-il sinon parce qu’il avait en main des pièces qu’il n’aurait jamais dû avoir. Et encore moins en faire l’aveu ingénu ?

Dimanche 25 septembre

Pour Jean-Pierre Bel, une victoire socialiste inespérée. Photo Jacques Demarthon / AFP

Beau temps au Palais du Luxembourg, avis de tempête pour Nicolas Sarkozy et vrai suspens toute la journée. Les grands électeurs d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier, la gauche n’a cessé de conquérir bien avant 2007 municipalités, régions et départements. Rien d’étonnant à ce que ces victoires locales successives se traduisent par l’augmentation du nombre des sénateurs élus sous l’étiquette du Parti socialiste ou de ses proches.

Mais il y a quelques jours encore, ce n’était pas gagné pour la gauche. Dans les couloirs du Sénat, Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille et expert électoral de la majorité, prévoyait, quarante-huit heures avant l’élection, un gain de 8 ou 9 sénateurs pour les socialistes. Quant à ceux-ci, ils n’étaient assurés de rien : dans l’après-midi même, les spécialistes électoraux du PS mettaient en garde ceux qui les interrogeaient sur le danger de conclure trop vite à un basculement à gauche du Sénat.

Finalement pour le PS, la nuit fut plus belle encore que le jour.

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