Palestine : la diagonale Sarkozy

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L’opinion de François Clemenceau

« Soixante ans sans que cela n’avance d’un centimètre » : il y a de l’outrance à prétendre devant les Nations unies que rien n’a progressé dans le processus de paix israélo-palestinien. Quid des historiques accords d’Oslo en 1993 ou du discours d’Obama en mai dernier sur les frontières de 1967 ? Vouloir présenter une alternative sans se concerter avec ses partenaires européens peut également faire douter du procédé. Présenter enfin une option : celle de l’État palestinien non-membre, une hypothèse qui était sur la table depuis des mois, et la présenter comme une initiative portée par la seule France tient du culot diplomatique.

Mais sur le fond, le président Sarkozy a choisi la seule diagonale possible. Elle permet d’épargner aux États-Unis le recours au droit de veto et l’isolement diplomatique américain qui l’accompagnerait inévitablement. Tout comme le spectacle d’une Europe désunie en cas de vote, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne n’étant pas à l’unisson sur cette question sensible. Encore faudrait-il que les Palestiniens renoncent en temps utile à la procédure déjà engagée devant le Conseil de sécurité. La formule oblige également les Israéliens à se mettre à la table des négociations tout en leur évitant, c’est la clause Sarkozy, d’être poursuivis par les Palestiniens devant la Cour pénale internationale. À condition naturellement que Benyamin Nétanyahou et Mahmoud Abbas tombent d’accord sur une méthode et un objectif. L’option graduelle donne enfin à la France un rôle international sur la seule question palestinienne, pré carré exclusif du « broker » américain. L’hypothétique succède donc à l’impasse. En fait, Nicolas Sarkozy veut faire bouger les lignes. Au-delà du vœu prophétique de François Mitterrand devant la Knesset en 1982, autrement que dans une confortable complicité franco-palestinienne, celle du « good doctor » Chirac avec Arafat, il s’agit cependant de maintenir la France dans une posture visant à briser le statu quo lorsqu’il devient intenable. Sans aucune garantie de succès. Mais sans grand risque non plus.

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