Le désaveu

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Par Michèle Cotta

Le Président. Il lui reste sept mois pour reconquérir l’opinion. Pascal Pavani / AFP

Sale temps, décidément, pour Nicolas Sarkozy. On s’attendait à une vague, c’est un tsunami historique : pour la première fois de l’histoire de la Ve République, la gauche est majoritaire au Sénat. Ce résultat n’est pas seulement mathématique, il est surtout politique. Mathématique : le succès sénatorial est évidemment la conséquence des nombreuses élections intermédiaires, municipales, cantonales, régionales que le pouvoir a perdues depuis 2007.

Pour autant le résultat de dimanche n’avait été prévu par personne : ni par la droite, ni par la gauche elle-même. C’est donc qu’il s’est passé quelque chose que la seule arithmétique n’explique pas, c’est à dire, n’en déplaise à Jean-François Copé, un véritable désaveu de la majorité : Nicolas Sarkozy est le premier président de la Ve République à perdre le Sénat. A sept mois de l’élection, ce n’est pas une péripétie, c’est un véritable bouleversement politique. Sans doute existe-t-il des raisons à cette défaite : la naissance des conseillers territoriaux, la mise au régime sec des finances locales ont créé un mécontentement que les grands électeurs ont renvoyé, dans leur vote d’hier, à la tête de la majorité. Les divisions et les dissidences au sein de la droite ont également accentué l’échec.

Que Gérard Larcher arrive ou pas à se faire réélire à la présidence au prix d’une ou deux défections fortement sollicitées, peu importe : le Sénat a basculé à un moment de grande fragilité du système Sarkozy et quelques jours seulement après le premier débat des primaire socialistes, considérées – au moins jusqu’à présent – comme une réussite par les français eux-mêmes. De politique, le scrutin de dimanche apparaît ainsi comme un succès symbolique : celui d’une possible victoire de la gauche en 2012, même si une élection présidentielle au suffrage universel n’a rien à voir avec une élection où votent les seuls grands électeurs.

Les deux candidats en tête des primaires, Martine Aubry et François Hollande, ont bien compris que cette victoire leur donnait une nouvelle responsabilité, celle de montrer une gauche unie face aux espoirs qu’elle suscite. A eux de ne pas ruiner, au cours des deux prochains débats des primaires, les chances qui viennent de leur être données.

A lire, les Cahiers de campagne de Michèle Cotta et l’article de Philippe Tesson.

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