L’âme des sénateurs

par

L’opinion de Marc Tronchot

L’esprit républicain ! La loi de la démocratie ! Les sénateurs de droite n’avaient que ces mots à la bouche samedi après-midi, à l’issue de l’élection du socialiste Jean-Pierre Bel à la présidence de leur assemblée. Comme si les choses étaient allées de soi dès les résultats du scrutin du dimanche précédent, comme si le respect dû aux grands électeurs n’avait jamais fait aucun doute, comme si la classe politique hexagonale obéissait depuis toujours aux seules règles de l’olympisme et n’avait pour seule référence que l’éloge de la participation par le baron de Coubertin. Cette soudaine irruption de l’exemplarité en politique, à l’heure où, en France, nos concitoyens ne semblent se faire aucune illusion sur les ressorts et comportements de ceux qui les gouvernent, laisse un peu dubitatif, paraissant à peu près aussi spontanée et sincère qu’une haie d’honneur de rugbymen français pour des joueurs des îles Tonga, mais, il faut s’en féliciter, les apparences furent sauves. Ce qui permit de faire passer, en un seul tour de scrutin, cette élection d’historique le samedi 1er octobre à sans surprises dans les commentaires des journaux du lendemain. Sic transit gloria mundi ! Ainsi passe la gloire du monde, et du Sénat. Ainsi va l’actualité. L’important résidait ailleurs : dans le fait que la Haute Assemblée échappe à l’indignité et confirme sa sagesse. Et ce fut le cas. Après avoir avalé leur dépit, certains responsables de droite ou du centre ont su ne pas céder au côté obscur de la force ou plutôt, dans le cas présent, de leur faiblesse électorale. Ils ont sans nul doute été bien inspirés : toute tentative de manipulation ou de trucage se serait révélée contre- productive et sans doute même gravement dommageable pour ceux qui s’y seraient livrés. La droite sénatoriale a préféré la prudence et l’honneur. Préférant perdre une élection, fût-elle à la présidence du Sénat, … que son âme. Référence à cette phrase popularisée par l’ancien ministre et maire de Lyon, Michel Noir, quand, en 1987, dans la perspective de l’élection présidentielle et des législatives de 1988, il avait engagé les responsables du RPR et de l’UDF à ne pas se fourvoyer dans des alliances avec le Front national comme cela s’était vu un an plus tôt à seule fin de conserver quelques présidences de régions. Plutôt perdre une élection que son âme. À voir la direction que prennent certains responsables de la droite dite classique à un peu plus de deux cents jours de l’élection présidentielle, on se dit tout à coup que cette phrase pourrait de nouveau, très bientôt, servir.

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