Z, le remake

par Robert Namias

Robert Namias. L'Hémicycle

Robert Namias. L'Hémicycle

La France serait-elle en passe de devenir la plus grande salle de spectacle du monde ? Avec sur scène quelques dizaines d’acteurs et dans la salle plus de 60 millions de Français spectateurs qui n’en croient pas leurs yeux ni leurs oreilles. Qu’on en juge plutôt : après la mise en examen des plus proches amis du président de la République, voilà qu’ils assistent à une séquence pour le moins surprenante : un procureur de la République convoqué il y a quelques jours et dont on vient d’appendre que l’audition a été reportée sine die. Bien étrange report, dû à des raisons de procédure qui masquent mal la tempête qui semble agiter les milieux judiciaires et policiers, alors que la même juge devait entendre peu après le directeur général de la police et le patron du renseignement intérieur. Il est vrai que le spectacle s’annonçait pour le moins sur- réaliste même s’il n’est pas complètement inédit. À une différence de taille près : la dernière fois qu’un tel spectacle avait été monté, c’était avec de vrais acteurs et pour un vrai film. Tous les cinéphiles se souviennent de cette séquence inouïe du juge Jean-Louis Trintignant faisant défiler dans son bureau le gratin de la police et de la politique d’un pays à peine imaginaire pour les inculper d’une longue liste de crimes et délits. C’était en 1969 et c’était du cinéma. Qui pouvait imaginer que l’œuvre de Costa-Gavras ferait figure de pâle fiction face à une réalité française qui menace aujourd’hui politiques, magistrats et policiers. Et il ne suffit pas de crier haro sur les médias en les accusant de se vautrer dans les « on-dit » et les rumeurs pour faire oublier des vérités factuelles qui donnent une image peu glorieuse de notre pays. Et plutôt que de se renvoyer à la figure, à droite comme à gauche selon les affaires du moment, le viol du secret de l’instruction ou le mépris de la présomption d’innocence, les politiques seraient bien inspirés de donner un grand coup de balai devant leur porte avant que les électeurs ne le fassent pour eux.

D’autant que contrairement à ce que voudraient faire croire les extrêmes, la majorité des élus locaux ou nationaux n’ont rien à voir avec ces mauvais coups portés à la démocratie. La présidentielle devra être l’occasion de ce grand nettoyage si l’on veut que les 60 millions de spectateurs qui détestent ce mauvais polar quittent leur fauteuil pour redevenir des acteurs de la vie publique.

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