« Le très haut débit pour tous est en train de devenir réalité »

par J.T.

Fleur Pellerin, ministre déléguée auprès du ministre du Redressement productif, chargée des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Innovation et de l’économie numérique (DR)

Fleur Pellerin, ministre déléguée auprès du ministre du Redressement productif, chargée des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Innovation et de l’économie numérique (DR)

Selon Fleur Pellerin, toutes les conditions de la réussite du Plan France très haut débit sont désormais réunies.

En juillet 2013, lors d’un comité stratégique de filière du numérique, Arnaud Montebourg et vous-même avez demandé aux acteurs du secteur qu’ils se mobilisent autour d’un contrat de filière. Quel en est l’objectif ?

Ce comité a rassemblé, autour d’Arnaud Montebourg et de moi-même, les professionnels du secteur mais également les organisations syndicales représentant les personnels de la filière autour d’un objectif simple : l’emploi. Le numérique est doté d’un véritable pouvoir de transformation de la société mais aussi de l’économie, et nous sommes persuadés que notre capacité à maîtriser les enjeux du numérique va déterminer, pour une large part, la compétitivité française de la prochaine décennie et la capacité de notre économie à rebondir. C’est pour cela qu’il est nécessaire d’avoir une ambition forte pour l’économie numérique qui doit s’appuyer sur une vision industrielle claire et permettre au secteur de renouer avec la croissance, l’investissement et l’innovation au profit de l’emploi en France. C’est donc avec ces objectifs clairement affichés que nous avons souhaité que la filière se rassemble autour d’un « contrat de filière », qui concerne, dans un premier temps, principalement les infrastructures numériques et qui permet d’engager une mobilisation des acteurs autour d’actions concrètes à même de garantir l’avenir de nos entreprises et de notre outil industriel, et reposant sur une vision partagée au sein du comité stratégique de filière. Ce contrat de filière « infrastructures numériques » se décompose en mesures concrètes et opérationnelles en faveur de l’emploi, comme la mise en place d’une gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences pour accompagner les transformations du secteur et l’émergence de nouveaux métiers, ou le développement de l’alternance dans la filière – avec un objectif de 40 000 alternants d’ici trois ans – et de la formation aux métiers du très haut débit, dont le besoin est évalué à 10 000 personnes dans les cinq ans à venir. Ce contrat s’attache à améliorer l’environnement des entreprises de la filière, au travers du développement de la responsabilité sociétale et environnementale, ou de l’amélioration durable des relations entre les entreprises dans la filière par la création d’une instance de médiation de la filière numérique et le soutien par l’État des partenariats verticaux de recherche et développement à même de redonner une primauté en matière d’innovation, de normalisation et de standardisation. Ainsi, un premier accord a notamment été signé dans ce cadre entre un opérateur et Alcatel-Lucent dans trois domaines stratégiques : le très haut débit fixe, les petites antennes pour le très haut débit mobile et l’informatique en nuage. Cet accord a vocation à se généraliser. Avec Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur, nous avons également souhaité améliorer certains points de notre dispositif de soutien à l’exportation qui ne prend pas suffisamment en compte les spécificités du numérique. Enfin, la filière se mobilise autour de deux chantiers plus concrets qui sont fortement créateurs d’emplois : le premier autour du développement du sans contact mobile, le deuxième autour des villes et territoires numériques. Nous sommes depuis rentrés dans une phase de mise en œuvre de ce contrat de filière, qui prendra appui sur les outils de soutien public existants, ainsi que sur l’ensemble des acteurs présents au sein du comité stratégique.

La communauté urbaine de Lille Métropole vient de signer, en votre présence, le 28 octobre dernier, la 1re convention « France très haut débit » avec Orange et SFR. Le déploiement du THD pour tous est-il en train de devenir réalité ?

Le Plan France très haut débit est un chantier d’infrastructures parmi les plus ambitieux du quinquennat. Il ne permettra pas d’apporter le THD à tous et partout demain matin. Mais toutes les conditions de la réussite sont désormais réunies : une mission THD, placée auprès de moi, qui aide les départements et régions à formaliser leurs dossiers techniques et juridiques, un financement par l’État qui assume clairement de donner plus aux territoires les moins bien lotis, et enfin un cadre juridique fixé par l’État clair et exigeant. Avec cette signature de la première convention « France très haut débit » à Lille, j’ai voulu adresser un message à l’ensemble des élus locaux engagés souvent depuis plusieurs années dans la bataille du très haut débit : je sais les obstacles qu’ils rencontrent sur le terrain et la très forte frustration que peuvent ressentir certains de nos concitoyens parmi les plus éloignés aujourd’hui du très haut débit. Il s’agissait de rompre avec un cadre qui jusqu’à présent était inadapté et incomplet : inadapté, car les opérateurs étaient en mesure de préempter des zones sans que cela conduise à un vrai engagement de leur part, et incomplet, car les collectivités se trouvaient démunies pour répondre aux demandes de leurs administrés sur la date d’arrivée de la fibre dans les zones les moins bien desservies en haut débit. Le numérique est un sujet de préoccupation locale, et nous devions donner aux élus locaux les moyens de porter cette politique sur le terrain. La convention « France très haut débit » matérialise ce nouveau rôle assumé par l’État dans les zones denses. Un rôle de vigie, de garant de la parole donnée en quelque sorte. C’est pour cela que j’ai souhaité que dans ces zones, les opérateurs offrent une plus grande transparence sur le périmètre et le calendrier des déploiements qu’ils allaient consentir et qu’ils s’engagent véritablement auprès des collectivités à couvrir les zones dans lesquelles ils ont manifesté leur intention d’investir. L’établissement de ces conventions va permettre de préciser localement les calendriers de déploiement dans le cadre d’un dialogue entre opérateurs, collectivités et État. Il va permettre surtout de traiter de manière prioritaire les zones les moins bien desservies en haut débit. Concrètement, cela veut dire que les élus ont désormais leur mot à dire sur l’ordre dans lequel les zones sont couvertes par les opérateurs. Voilà un changement majeur ! Enfin, nous observons une vraie dynamique auprès des départements et des régions qui se saisissent du sujet du déploiement du très haut débit dans les zones rurales, là où les opérateurs n’iront pas. Aujourd’hui, nous avons reçu près de 40 projets de collectivités, ce qui représente près de 6 milliards d’euros d’investissement au cours des 5 prochaines années. Alors oui, je crois que nous pouvons dire que le déploiement du THD pour tous est en train de devenir réalité. L’autre pan important de la stratégie numérique du gouvernement porte sur le développement des usages.

En quoi ces nouveaux usages peuvent-ils renforcer la compétitivité de la France dans le numérique ?

L’ambition numérique du gouver?nement ne se limite pas au déploiement des infrastructures, mais englobe également l’émergence des écosystèmes numériques, et surtout le développement des technologies critiques et des usages numériques. Concrètement, parmi les 34 plans de la nouvelle France industrielle, plus d’un tiers, relèvent directement du numérique, ce qui montre que d’un point de vue économique, le gouvernement donne une réelle priorité stratégique au numérique ! Le numérique, c’est une formidable opportunité de réindustrialisation et de relocalisation d’emplois en France. Par exemple, dans le domaine des objets connectés, nous pouvons revenir dans la production d’objets du quotidien : un objet connecté génère un service, c’est donc une relation dans la durée entre le consommateur et le producteur, ce sont des retours d’expérience au fabricant, des cycles d’innovation qui se raccourcissent (pour adapter les objets à ces retours d’expérience)… ce sont donc des lieux de fabrication qui doivent devenir plus proches des lieux de conception, ici en France ! Dans l’e-éducation, c’est également le cas, et ce n’est pas pour rien que la refondation de l’école qu’a entreprise Vincent Peillon a mis l’accent sur le numérique ! Car, au-delà des enjeux de souveraineté culturelle et des enjeux économiques, c’est de la qualité du système éducatif dont il est question : sans filière industrielle française de l’e-éducation, nous risquerions de construire des solutions publiques bricolées sur subventions, sans pérennité, ce que la France a souvent réalisé dans le passé, et, à la fin, nous devrons recourir à des solutions conçues à l’étranger ! Une filière industrielle forte, c’est d’abord la garantie d’un renforcement du service public qu’est l’éducation !

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