Le retour de la politique

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L’opinion de Gérard Leclerc, Président de LCP

Certains dans la majorité peuvent toujours chipoter en assurant que les primaires citoyennes ne sont pas un succès car seuls 5 % du corps électoral s’est déplacé. En tout état de cause, les deux millions et demi de participants sont plus représentatifs que les appareils des partis ou les 200 000 militants qui jusque-là décidaient du candidat pour l’Élysée. Les primaires ont démocratisé la démocratie.

Le changement du discours des leaders de la droite est d’ailleurs significatif. Après avoir dénoncé le fichage de la population et raillé la machine à perdre dans laquelle s’engageait le PS, ils se rangent aujourd’hui pour la plupart derrière François Fillon, qui estime que « les primaires sont un processus moderne qui convient aussi bien à la gauche qu’à la droite ». Le Premier ministre a, il est vrai, quelques arrière-pensées : des primaires pour la présidentielle de 2017 lui permettraient d’échapper à l’appareil de l’UMP, tenu par Jean- François Copé…

Au-delà de la compétition entre les candidats de gauche, les primaires marquent surtout le retour de la politique. On disait les Français définitivement fâchés avec une politique qui se résumerait à une vaine bataille de petites phrases orchestrée par les médias : or les télévisions ont enregistré des records d’audience avec trois débats pourtant très sérieux, et parfois même fastidieux, où la gauche réformiste, dans toutes ses sensibilités, a saturé l’espace médiatique. Des débats qui ont marqué un changement d’époque, avec l’irruption de la dette au cœur des préoccupations, et la dénonciation de la dictature des marchés, hier au cœur de la vulgate libérale. 2012 n’a plus rien à voir avec 2007. Arnaud Montebourg en a pleinement profité avec sa démondialisation et son nouveau protectionnisme, quand Ségolène Royal faisait naufrage en voulant refaire le match d’il y a cinq ans.

Reste aux socialistes, et notamment aux deux qualifiés, à éviter les dérapages de l’entre-deux-tours, à préciser leur projet – veulent-ils continuer à augmenter la dépense publique ? – enfin à affronter l’animal politique hors pair qu’est Nicolas Sarkozy. S’ils ont remporté une victoire aux primaires, ils n’ont pas encore gagné la bataille présidentielle.

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