Ses admirations africaines

par Éric Fottorino

Hélène Le Gal, conseillère Afrique de François Hollande (photo : Julien Bonet)

Hélène Le Gal, conseillère Afrique de François Hollande (photo : Julien Bonet)

La conseillère de François Hollande sur l’Afrique est fascinée par la vitalité, la culture et la profondeur des relations humaines qui caractérisent ce continent.

La symbolique demeure : Hélène Le Gal exerce sa mission de conseillère du Président pour l’Afrique au numéro 2 de la petite rue de l’Élysée attenante au palais du même nom. Pénétrer dans ce vaste bureau, avec sa belle rotonde, ses hauteurs de plafond saisissantes et son jardin en perspective (on le devine dans la nuit), c’est entrer dans le saint de saints de ce que fut jadis la fameuse « cellule africaine » de l’Élysée créée sous le général de Gaulle – avec l’ineffable Jacques Foccart – mais que Mitterrand, contempteur des institutions de la Ve République, n’hésita pas à reprendre à son compte, avec Guy Penne et surtout son fils Jean-Christophe, alors baptisé Monsieur Fils. Même Chirac eut son « éminence noire » avec Michel de Bonnecorse (après avoir eu recours lui aussi, comme Premier ministre, aux conseils de Jacques Foccart entre 1986 et 1988).

Avec François Hollande, le slogan de la normalité s’est imposé dans les relations avec l’Afrique. Si Nicolas Sarkozy avait officiellement supprimé la fameuse cellule, le style n’avait guère changé à travers les interventions de son Monsieur Afrique Albert Bourgi. L’actuel président a voulu en finir avec ces relations occultes qui échappaient aux canaux classiques de la diplomatie. François Hollande a choisi une femme – la première à occuper ce poste – doublée d’une véritable diplomate. À 46 ans, Hélène Le Gal possède la double expérience du terrain (son premier poste fut Ouagadougou à la fin des années 1980) et des dossiers politiques, à la direction Afrique du Quai d’Orsay (où elle connut tous les pays des Grands Lacs, de la Corne et de l’Est du continent) puis au cabinet de Charles Josselin, ministre de la Coopération du gouvernement Jospin.

L’esprit de sa mission, elle l’a résumé dans un entretien à France 24 en août dernier, à la veille des élections présidentielles au Mali : « La Françafrique, déclarait-elle, c’est une espèce d’institutionnalisation d’un système mafieux de réseaux. Ce n‘est pas du tout la manière dont fonctionnent aujourd’hui les relations entre la France et l’Afrique. Il existe des canaux bien identifiés, des ministres, des ambassadeurs, des conseillers qui portent cette relation, font des propositions qui instaurent ce partenariat. Cela ne passe pas par des émissaires officieux. » Les choses sont claires : Mme Le Gal n’est pas une Madame Afrique comme il y eut des Messieurs Afrique. Observateur avisé du sérail, l’hebdomadaire Jeune Afrique, a pu noter qu’avec son adjoint, l’ex-responsable Afrique du PS, Thomas Mélonio, « ils ne ressemblent en rien à leurs prédécesseurs. Ils n’ont servi dans aucune grande ambassade du pré carré et sont plus sensibles au respect des droits de l’homme et à la bonne gouvernance qu’à l’idée de maintenir Paris dans un rôle de gendarme de ses anciennes colonies. » Hélène Le Gal n’ose pas trop parler d’elle ni des mentors qui ont inspiré son engagement dans la vie politique. Mitterrand, oui, bien sûr, « une figure très marquante de ma jeunesse, pour sa manière d’incarner la France », dit cette jeune femme au regard clair. Si elle s’est impliquée dans la diplomatie, elle pense le devoir à l’histoire singulière de sa famille originaire de Bretagne, attirée par les lointains. « Une partie des miens est allée à New York. Cela a duré plusieurs générations jusqu’à celle de mon père. Toutes ses sœurs se sont expatriées. Je crois que la diplomatie m’est venue par ce goût de partir. »

Pour cette admiratrice d’Olympe de Gouges, de Simone Veil et, plus largement, des grandes figures féministes, la découverte de l’Afrique fut un pur hasard. « En arrivant au Quai d’Orsay, on m’a tout de suite envoyée au Burkina Faso. Tradition?nellement, un nouvel arrivant restait à Paris. Moi, je suis partie en poste, c’était exceptionnel ! Je ne connaissais par le continent. Je l’ai découvert avec les yeux de l’aventure ».

Si elle a occupé de nombreux autres postes, comme celui de consul général à Québec, mais aussi de diplomate à Tel-Aviv et Madrid, ou à la représentation permanente de Bruxelles, Hélène Le Gal voit dans l’Afrique le « fil rouge » de sa carrière. « Jamais ailleurs qu’en Afrique je n’ai noué d’amitiés aussi durables », souligne-t-elle. « La qualité des relations humaines avec les Africains est exceptionnelle de profondeur, de sincérité. Avec toutes sortes de gens : des homologues, mais aussi des gens très simples, souvent très pauvres. »

La conseillère du chef de l’État s’enthousiasme quand elle évoque sa fascination pour Kinshasa, son « foisonnement » d’énergie et de créativité, qu’elle retrouve aussi à Dakar. De son premier poste à « Ouaga », elle a gardé la passion du cinéma que magnifie tous les deux ans le Fespaco (Festival panafricain de cinéma, au Burkina Faso). Elle parle de son coup de cœur pour le film du réalisateur sénégalais Moussa Touré, La Pirogue, le premier long-métrage sur les boat people africains cherchant le salut vers une Europe fantasmée. Sur l’affiche résonne cette sentence d’Hemingway : « Un homme ça peut-être détruit mais pas vaincu ».

Elle vibre aussi pour la musique africaine si pleine de vie et de sens, en particulier la rumba congolaise portée par un célèbre groupe de handicapés en chaises roulantes, Staff Benda Bilili. La plupart des artistes furent atteints de la polio dans leur enfance. Ils chantent l’espoir avec des rythmes afro-cubains et reggae, convaincus que le handicap, c’est d’abord dans la tête. Hélène Le Gal dit encore son attrait pour la musique traditionnelle de l’Afrique de l’Ouest au son de la kora. Et son penchant pour des écrivains comme Ahmadou Kourouma, auteur de merveilleux romans comme Les Soleils des indépendances, En attendant le vote des bêtes sauvages (prix du Livre Inter 1999) ou Allah n’est pas obligé (Prix Renaudot 2000), tous parus au Seuil. elle cite encore les Mémoires de porc-épic, d’Alain Mabankou (Seuil), prix Renaudot 2006.

Il est enfin un être pour lequel Hélène Le Gal s’enflamme : « Il mérite le Nobel ! » dit-elle dans un élan de sincérité. C’est un gynécologue qui aurait pu mener une vie tranquille à Paris. Au lieu de cela, il est retourné dans son pays, la République démocratique du Congo. Depuis treize ans, il soigne les femmes violées dans le conflit qui déchire le pays. Plus de 40 000 victimes secourues inlassablement dans son hôpital de Panzi près de Bukavu. « Il m’impressionne » conclut-elle d’une voix doucement grave. Son nom ? Denis Mukwege, 57 ans. Un héros.

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