Les orphelins du centre

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Aux Quatre Colonnes, Par Anita Hausser

Jean-Paul Garraud. Leader de la Droite populaire, il occupe l’espace médiatique avec ses 41 collègues qui appartiennent à ce courant de l’UMP. Photo Martin Bureau / AFP

Bousculés par la Droite populaire, qui fait campagne dans les couloirs de l’Assemblée, les députés centristes donnaient le sentiment la semaine dernière de ne plus savoir à quelle famille se vouer. Les amis d’Éric Ciotti d’un côté et ceux de Pierre Méhaignerie ou de Jean-Pierre Raffarin de l’autre débattent à coups de fleurets de moins en moins mouchetés.

Entre stupeur et déception chez les uns, soulagement et espoir voire jubilation chez les autres, la défection de Jean-Louis Borloo a provoqué une onde de choc. Derrière les commentaires assez mesurés, on s’agite et on cogite beaucoup à droite et au centre. À l’Assemblée, les plus proches soutiens de l’ex-futur candidat, le député de Meurthe-et-Moselle Laurent Hénart et le député Nouveau Centre de Seine-Saint-Denis Jean-Christophe Lagarde ont séché leurs larmes et réfléchissent à l’avenir. En effet qu’adviendra-t-il de l’ARES (Alliance républicaine, écologiste et sociale), lancée par Borloo et Hervé Morin au printemps dernier, qui regroupe le Nouveau Centre, la Gauche moderne, le Parti radical et la Convention démocrate (créé par Hervé de Charette). C’est autour de l’ARES que devait se constituer le futur groupe centriste de l’Assemblée. Mais pour l’instant l’ARES est une coquille vide, aucun député n’ayant voulu franchir le pas avant 2012. Tout reste ouvert pour l’année prochaine. Mais aujourd’hui certains voient plus large et rêvent d’un futur groupe où se retrouveraient aussi les centristes de sensibilité démocrate chrétienne qui avaient rejoint l’UMP sous la houlette de Pierre Méhaignerie, voire François Bayrou, autrement dit un groupe qui aurait les contours de l’ancienne UDF. Pour l’heure Pierre Méhaignerie se contente de répondre qu’il faut travailler avec toutes les sensibilités. Il a souvent rué dans les brancards contre le Gouvernement et quand ses amis le pressaient de quitter l’UMP trop droitisée à leur goût il ne manquait pas de rappeler que les députés ont conclu « un contrat de législature ». Or ce contrat est renouvelable en juin prochain. Avec la petite trentaine de députés centristes de l’UMP il a, au printemps dernier, joint ses voix à celles du Nouveau Centre et de la gauche, empêchant ainsi le vote de la déchéance de nationalité pour les assassins de policiers. Un geste fort. Suffisamment pour être structurant ? Pas sûr.

La droitisation de l’UMP, l’accent mis sur les questions sécuritaires au détriment des questions sociales, la place de plus en plus en grande occupée par le collectif de la Droite populaire, voilà ce qui agace plus d’un député UMP de la mouvance modérée. Avec seulement quarante-deux membres, élus en majorité de circonscriptions du sud de la Loire où le Front national réalise des scores impressionnants, la Droite populaire occupe l’espace médiatique. Et quand leurs porte-parole, Lionnel Luca, Jean-Paul Garraud ou Jacques Myard arrivent aux Quatre Colonnes pour réclamer davantage de fermeté en matière de contrôle de l’immigration ou dénoncer le projet du PS de droit de vote accordé aux étrangers (« un laissez-passer »), ils provoquent la ruée des micros. Dès le lendemain des sénatoriales ils ont sonné la charge pour la reconquête, avec quatre-vingts propositions, prônant plus de fermeté en matière de sécurité, l’instauration d’un délit d’outrage à la nation, mais aussi plus de justice sociale. « On a l’impression de n’entendre qu’eux » déplorent nombre de députés qui ne se reconnaissent pas dans ce discours, qu’ils jugent trop proche de celui du Front national. Ce à quoi Jean-Paul Garraud    réplique : « Notre force, c’est notre atypisme, nous répondons aux aspirations des Français. » Pour l’ancien vice-président de l’Assemblée promu secrétaire d’État aux Anciens Combattants, Marc Laffineur, c’en est trop : l’UMP est « devenue unijambiste, nous voulons qu’elle marche sur deux jambes ». Avec les soixante dix députés qu’il affirme réunir au sein de son « Groupe des Européens », il veut faire entendre la voix des modérés de l’UMP.

Jean Leonetti, ministre des Affaire européennes. Il regrette que les autres courants de l’UMP ne répondent pas à l’activisme de la Droite populaire. Photo AFP

Même son de cloche du côté du ministre des Affaires européennes, Jean Leonetti : « Ils ont raison de s’exprimer, nous avons tort de nous taire », déclare-t-il à propos de la Droite populaire. Opposant historique à une candidature Borloo à la présidentielle, il a créé un club « République et humanisme ». Même au sein de l’Assemblée, où la moindre initiative bénéficie d’une caisse de résonance exceptionnelle, la notoriété de ces deux clubs était infime ; leurs animateurs veulent croire que l’union fait la force : les « européens » et les « humanistes » vont fusionner, sous l’œil bienveillant de Jean-Pierre Raffarin. Tous les proches de l’ancien Premier ministre « en sont » : Axel Poniatowski, Dominique Bussereau ; une des porte-parole de l’UMP, Valérie Rosso-Debord, est annoncée. L’initiative intrigue. Elle fait tiquer Pierre Méhaignerie : « Après tout la Droite populaire fait son boulot, je ne les diabolise pas, ce qui compte ce sont les votes », déclare le président de la commission des affaires économique, qui rappelle qu’il a le premier réclamé une taxation des hauts revenus (de plus de 150 000 euros) et la création d’une tranche supérieure de l’impôt sur le revenu. « C’est peut-être la Droite populaire qui va nous éviter le Front national », soupire de son côté l’ancien garde des Sceaux Pascal Clément. « On construit rarement contre », assène Jean-Christophe Lagarde, qui ne croit pas qu’il suffit « que deux groupes se rejoignent pour créer une dynamique ». Pour l’instant les dirigeants du groupe UMP restent dans l’expectative. Alors que certains y voient une initiative téléguidée par l’Élysée, d’autres se demandent plus prosaïquement si les humanistes, qui sont des humains comme les autres, ne sont pas en train de poser les jalons d’une structure en cas d’échec de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle. Car dans ce cas de figure, personne ne donne bien cher de la survie de l’UMP !

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