« Je milite depuis longtemps pour un prix du carbone »

par Honoré Musat

(photo : M. Medina / AFP)

(photo : M. Medina / AFP)

Entretien avec Gérard Mestrallet, Président-Directeur Général d’ENGIE

Êtes-vous optimiste pour le succès de la COP21 ?

Gérard Mestrallet : La Confé­rence internationale sur le climat à Paris est un événement crucial. Il est impératif que les États parviennent à un accord afin de réduire l’impact de nos activités  sur l’environnement et limiter le réchauffement de notre planète. Je suis optimiste quant au succès de cette conférence et dans la capacité des États à parvenir à un accord pour limiter le réchauffement climatique et à se donner les moyens de léguer aux générations futures une planète plus saine. Bien sûr, l’objectif de parvenir à un accord contraignant est difficile à atteindre mais les enjeux sont colossaux : raréfaction des ressources, réfugiés climatiques, etc.

Je constate de plus en plus l’ampleur de la mobilisation des différents acteurs sur cette question. Chacun d’entre nous est concerné. Au sein d’ENGIE par exemple, nous nous sommes inspirés du débat citoyen mondial lancé en juin dernier dans plusieurs pays et nous avons organisé en novembre un grand débat interne sur l’énergie et le climat. Il s’agit d’une initiative forte qui associe nos 150 000 collaborateurs aux échéances cruciales qui s’annoncent en termes de protection de la planète.

Ces derniers mois, les acteurs économiques, institutionnels et les pouvoirs publics ont eu l’occasion de démontrer leur volonté de s’engager pour préserver la planète et favoriser la transition vers un modèle de développement moins émetteur en carbone. Je pense notamment à l’Agenda des Solutions, au Business and Climate Summit, et au Business Dialogue dont la coordination m’a été confiée par la présidence française.

Enfin, le succès de cette conférence passera notamment par l’apport de solutions favorisant l’accès à l’énergie pour tous. Aujourd’hui, une personne sur cinq dans le monde n’a pas accès à l’électricité. Comment appeler à plus de sobriété énergétique quand 1,3 milliard de personnes n’a pas d’électricité pour s’éclairer, se chauffer, cuisiner et couvrir ses besoins essentiels dans sa vie de tous les jours ?

Pourquoi soutenez-vous un marché plutôt qu’une taxe carbone ? 

G. M. : Je suis convaincu de la nécessité de donner un prix au carbone pour orienter la transition énergétique. Un signal prix mondial – s’il est suffisamment élevé – permettra aux entreprises d’internaliser le coût du CO2 et les risques du changement climatique dans leurs décisions économiques. Cela les encouragera à valoriser et développer de nouvelles technologies, de nouvelles activités, d’investir dans des équipements moins émetteurs de CO2.

Du fait de la croissance mondiale, des systèmes de prix généralisés mondialement sont nécessaires. Il faut pour cela que soient établis des modes de calcul et de mesure comparables, ainsi que des systèmes de contrôle transparents, fiables et cohérents afin de donner confiance aux investisseurs et de faciliter les liens entre les outils de marché.

Je milite depuis longtemps pour un prix du carbone. ENGIE est membre de plusieurs coalitions d’entreprises, regroupées dans la Carbon Pricing Leadership Coalition ; avec la Banque Mondiale pour le soutien à la généralisation des prix du carbone ; avec We mean Business et le Carbon Disclosure Project nous travaillons également sur des scénarios de généralisation des prix.

ENGIE participe au Panel de haut niveau annoncé par Jim Yong Kim et Christine Lagarde et dont le but est d’accélérer le déploiement d’un prix du carbone. ENGIE en est membre aux côtés de plusieurs chefs d’États, dont François Hollande et Angela Merkel, des élus de collectivités territoriales, ainsi que les dirigeants de Calpers, de Royal DSM et de Mahindra Group. Généraliser la fixation d’un prix du carbone est crucial pour conduire et accélérer la transition vers une économie à faible carbone partout.

Comme nous le défendons au sein du groupe Magritte, l’Europe a décidé d’anticiper à 2019 la mise en place d’un mécanisme de stabilité pour le marché carbone européen. De grands États tels que la Californie aux États-Unis ou la Colombie-Britannique au Canada ont opté pour des marchés carbone.

Chez ENGIE, on s’est engagés à réduire de 10 % nos émissions spécifiques de CO2 d’ici à 2020 et à doubler notre capacité en énergies renouvelables d’ici à 2025 en Europe. Nous croyons également beaucoup au développement de l’efficacité énergétique qui mobilise près de 100 000 salariés dans le Groupe.

Pour financer la transition énergétique, vous avez proposé la création d’un fonds abondé par le secteur privé, plutôt qu’une taxe sur les transactions financières. Pourquoi ?

G. M. : Pour financer la transition énergétique, je propose effectivement la création d’un fonds de plusieurs milliards d’euros, plutôt qu’une taxe sur les transactions financières. Ce fonds serait alimenté à partir de financements privés via les banques, les compagnies d’assurance, les fonds d’investissements ou encore les gestionnaires d’actifs. Ce fonds rapporterait beaucoup d’argent et permettrait d’engager des actions efficaces.

Bien qu’elle puisse avoir des avantages, l’instauration d’une taxe sur les transactions financières limitée à quelques pays aurait de lourdes conséquences sur l’attractivité des places financières concernées.

Que va changer la révolution numérique dans le secteur de l’énergie ?

G. M. : Le monde de l’énergie vit un profond bouleversement aujourd’hui. Les unités de productions sont de plus en plus locales, de plus en plus petites et les consommateurs veulent maîtriser leurs sources de production d’énergie et leur consommation. Ils veulent piloter leurs installations et jouer sur les différents leviers pour améliorer leur empreinte environnementale. Et le digital est à ce titre crucial car ce sont les nouvelles solutions digitales qui permettront au client de piloter ses installations à distance et d’optimiser sa consommation, qu’il s’agisse du client individuel, d’une commune ou d’un industriel.

Confrontées à ces bouleversements profonds, les entreprises doivent apprendre à se réinventer. La mutation ne saurait se résumer à l’acquisition d’outils ou de technologies. Cette transformation est globale, avec un impact sur la chaîne de valeurs, l’organisation, la culture et les processus. Dans le secteur industriel, la dimension digitale doit être intégrée au cœur des activités.

ENGIE a anticipé ce grand défi pour réussir sa transformation, convaincu également que le numérique est un levier majeur d’amélioration de l’efficacité énergétique et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le digital est au cœur de chacune de nos activités, de la production à la distribution, avec un enjeu particulièrement important en matière de stockage d’énergie.

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