Le pari impossible de François Hollande

par Renaud Dély

P. WOJAZER / POOL / AFP

P. WOJAZER / POOL / AFP

Un an avant, tout est déjà fini. Douze mois avant l’échéance présidentielle, François Hollande semble n’avoir aucune chance de se succéder à lui-même.

La question de sa candidature elle-même se pose avec un peu plus d’acuité chaque jour. Huit Français sur dix expriment, sondage après sondage, leur hostilité à voir le chef de l’État faire une nouvelle tentative élyséenne. Pire, dans les enquêtes d’opinion, Manuel Valls, et désormais Emmanuel Macron, apparaissent de façon systématique comme de meilleurs prétendants aux yeux… des sympathisants de gauche eux-mêmes ! Systématiquement éliminé dès le premier tour dans tous les sondages portant sur les intentions de vote pour la présidentielle de l’année prochaine, François Hollande est même talonné dans certains d’entre eux par… Jean-Luc Mélenchon, son meilleur ennemi. Le canonnier du Parti de gauche dépassant celui qu’il avait surnommé « le capitaine de pédalo », l’humiliation serait terrible. Et historique ! Le simple fait qu’à un an de la fin de son premier mandat, le président de la République apparaisse aussi affaibli, au point de ne pas être certain d’être en mesure de concourir de nouveau, est un cas de figure inédit. Valéry Giscard d’Estaing en 1980, François Mitterrand en 1987, Jacques Chirac en 2001 et même Nicolas Sarkozy en 2011 n’affrontaient pas une passe aussi délicate.

« Vos prières sont les bienvenues », a récemment ironisé le président de la République en dégainant son humour légendaire pour mieux esquiver la question d’un journaliste portant sur ses records d’impopularité. L’humour, toujours l’humour, l’ultime arme de François Hollande pour tenter d’échapper aux éléments déchaînés. Jusque dans son entourage le plus proche, on en est aujourd’hui singulièrement dépourvu. Ce sont les charges et insolences répétées d’Emmanuel Macron qui ont fait perdre le sens de l’humour au dernier carré de hollandais. Stéphane Le Foll, Michel Sapin, François Rebsamen et quelques autres enragent. Ils font l’assaut de leur « François » pour le sommer de se débarrasser du trublion en passe de devenir Brutus. À répéter qu’il n’est en rien « l’obligé » du Président et à refuser d’exclure de se présenter lui-même en 2017, Emmanuel Macron entaille un peu plus le peu de légitimité qui reste à François Hollande. Manuel Valls lui-même, trop heureux de renvoyer la patate chaude Macron dans le jardin de l’Élysée, a fait savoir au Président que c’était désormais à lui de « traiter » le turbulent locataire de Bercy. Tout va mal, donc. La gauche est en capilotade, le mécontentement au plus haut, des concurrents potentiels issus de son camp surgissent jusque sur ses flancs et il en est pourtant un qui reste indéfectiblement persuadé de son destin, c’est… François Hollande.

Un chômage en baisse spectaculaire au mois de mars, une croissance plus forte que prévu au premier trimestre 2016, un nombre de faillites d’entreprises en régression, il n’en a pas fallu davantage pour redonner un moral d’acier au chef de l’État. De la célébration du 80e anniversaire du Front populaire à la défense des mesures prises en faveur de l’école depuis 2012, le Président se donne jusqu’à cet été pour « redonner du sens » à l’œuvre engagée depuis cinq ans.

Il mise ensuite, à l’automne, sur une violente primaire à droite, tournant à la foire d’empoigne, pour pouvoir surgir à la fin de l’année comme un gage de stabilité, comme un recours capable d’endiguer le tumulte. Un pari impossible… Si François Hollande le réussissait et parvenait à se maintenir cinq ans de plus à l’Élysée, il ne passerait pas seulement pour l’authentique disciple de François Mitterrand, mais deviendrait le digne héritier de Mac Gyver, voire le fils caché de Gérard Majax.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


1 + = six