Du neuf avec du vieux

par

L’opinion de Bruno Jeudy

Le député de Corrèze aura donc fait mentir observateurs et pronostiqueurs. Qui aurait imaginé il y a cinq mois que François Hollande emporterait haut la main la primaire socialiste ? Qui aurait parié qu’il deviendrait l’homme du « rêve français » que souhaite incarner le candidat de la gauche en 2012 ? Bien sûr, le film de la désignation du champion de l‘opposition a connu un coup de théâtre du côté du Sofitel de New York et conduit à la déchéance de Dominique Strauss-Kahn, relégué aujourd’hui à la rubrique des faits divers. Mais ce sera un peu trop facile de réduire la victoire de François Hollande à un simple coup de chance.

Le Corrézien a cru en son destin. Il a opéré une mue incroyable, physique, psychologique et intellectuelle pour se forger un tempérament de présidentiable. Pour accrocher la lumière des médias, il a inventé les habits du « monsieur Normal », provoquant au départ ricanements à gauche et à droite. En son temps, Jacques Chirac avait fait le même coup pour remonter la pente face à Édouard Balladur. Le « mangeur de pommes » avait fini pendant l’hiver 1995 par croquer le champion des sondages.

Mais en 2011, l’homme « normal » a encore fait plus fort. Présent dans la vie politique depuis trente ans, membre de la direction du PS durant treize ans, l’ancien premier secrétaire a réussi le tour de force de passer pour un homme « neuf ». Son programme a pourtant tout du pot-pourri des idées socialistes du milieu des années 1990. S’il conteste à mi-mot certaines mesures phares du projet du PS concocté par Martine Aubry (emplois jeunes, non-cumul des mandats, retraite à 60 ans), l’homme de la « synthèse molle » s‘est bien gardé de l’attaquer de front. Il a préféré insister sur son contrat génération et mettre l’accent sur sa promesse de réduire les déficits publics.

Bref, rien de bien original à l’arrivée. Du neuf avec du vieux. Du programme Jospin revisité par Aubry. Du style Hollande avec les accents de Mitterrand que l’homme de Tulle imite à longueur de temps pendant ses meetings. Pour battre Nicolas Sarkozy en 2012, le nouveau champion socialiste veut donc croire que le meilleur répertoire des tubes socialistes conjugué à une bonne dose d’antisarkozysme suffira pour engager l’alternance. Ça n’est pas gagné. Il ne suffit pas de marquer l’essai, faut-il encore le transformer.

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