Levée de rideau

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Le candidat socialiste vu par Michèle Cotta

François Hollande. Sur l'avant-dernière marche. Photo Fred Dufour / AFP

Sommet européen, plateaux de télévision pour Nicolas Sarkozy et les dirigeants de l’UMP, après le choix du candidat socialiste, la droite entend reprendre la main. De son côté François Hollande a estimé nécessaire une diète médiatique avant de plonger dans le grand bain des présidentielles.

27 ans à peine, un mois après l’élection de François Mitterrand en 1981, il avait choisi de se présenter aux élections législatives. Et où cela ? En Corrèze, dans le département conquis, vingt ans auparavant, par Jacques Chirac, qui ambitionnait, à droite, la fonction suprême. Pourquoi le jeune Hollande, à qui un choix plus facile avait été proposé, avait-il voulu défier, sur son terrain, le plus expérimenté de ses adversaires ? Réponse simple, donnée à l’époque par François Hollande lui-même : si la victoire était moins assurée, le combat était plus glorieux.

Les vrais ambitieux sont des hommes tranquilles, qui préparent leur route et ne s’égarent pas sur les bas-côtés. Ainsi est François Hollande, passionné par la politique depuis l’enfance. Déjà en 1965, sa mère Nicole lui faisait écouter, alors qu’il n’avait que onze ans, les premières interventions du candidat unique de la gauche, François Mitterrand, contre le président de l’époque, le général de Gaulle.

Entre cette toute première jeunesse et cet automne, qui voit François Hollande se lancer, son tour venu, dans la campagne présidentielle, que de luttes, que de combats perdus, que de chances passées sous le nez, que de victoires et que de revers !

Le long chemin est jalonné par son entrée, dès 1981, dans le premier cercle socialiste, celui des experts, sur lequel Jacques Attali avait la première main. Il passe, ce chemin, par les cabinets ministériels, la conquête de la première circonscription de la Corrèze en 1988, puis par sa perte en 1993, et sa reconquête en 1997.

Devenu premier secrétaire du PS après la désignation de Lionel Jospin à Matignon en 1997, il y reste, tandis que sa compagne, Ségolène Royal, décroche des ministères, sans pouvoir accéder, lui, au seul poste ministériel qu’il ait jamais vraiment convoité : le ministère des Finances, donné à Strauss-Kahn, puis à Laurent Fabius en 2000. Il est à la fois celui qui, en 1999, a conduit la liste du PS aux européennes, en obtenant la première place, et celui qui a gardé, dans les pires conditions, en 2002, le secrétariat d’un Parti socialiste « sonné » par la défaite de Lionel Jospin.

Que de difficultés rencontrées dans le PS devenu orphelin en 2002 ! Que d’inimitiés recueillies, alors qu’il y est successivement et parfois simultanément accusé de privilégier l’unité face au travail idéologique et politique. D’avoir voulu barrer tous les éventuels candidats à la présidentielle de 2007 pour finalement laisser concourir, et perdre, Ségolène Royal. Aujourd’hui, c’est son tour : il le pense et il le dit depuis deux ans, même lorsque personne ne voulait l’entendre. Il s’est déclaré aux primaires quand, à l’intérieur du PS, il était censé n’avoir aucune chance face à DSK. Lorsque le mauvais sort est tombé sur celui-ci, il était prêt. Ainsi le gentil François Hollande, comme disaient certains (en politique, on le sait, le mot gentil est souvent un méchant qualificatif), est aujourd’hui en piste.

Et c’est aujourd’hui, comme disait François Mitterrand en 1981, que les difficultés commencent.

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