L’emploi, l’emploi et… encore l’emploi !

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Par Axel de Tarlé

Luc Oursel et François Baroin. Le ministre des Finances a signifié au patron d’Areva que l’emploi ne pouvait être « une variable d’ajustement ». Photo Fred Dufour / AFP

S’il ne devait y avoir qu’un thème de bataille dans la campagne qui s’annonce, ce serait à coup sûr l’emploi. Avec le pouvoir d’achat, c’est redevenu la préoccupation majeure des Français. Ils sont 81 % à penser que la lutte contre le chômage doit être la priorité absolue du prochain Président. À droite et à gauche, on met la dernière main aux propositions des candidats.

Avec 2,8 millions de personnes sans emploi, le chômage est à son plus haut niveau depuis décembre 1999, depuis le siècle dernier ! Et ce n’est qu’un début. Selon l’OCDE, il atteindra 10,4 % d’ici la fin 2012, contre 9,7 % actuellement. En cause, le ralentissement économique. Toujours selon l’OCDE, la croissance devrait se limiter à 0,3 % l’année prochaine, contre 1 % attendu par le Gouvernement. Naturellement, l’emploi sera au cœur des élections. Un jeune au chômage, c’est trois électeurs mécontents, le jeune et ses deux parents ! François Baroin a décrété une sorte de moratoire sur les plans sociaux dans les entreprises semi-publiques. C’est la « jurisprudence Areva ». Le ministre de l’Economie a convoqué dans l’urgence son patron sur de simples rumeurs de plan social pour lui signifier que l’emploi ne pouvait être « en aucun cas une variable d’ajustement ». Le ministre exhorte « Areva, au même titre que toutes les entreprises publiques », à se « mobiliser sur le maintien de l’emploi en France ». Message reçu chez EDF, Air France, Renault, EDF, ADP, GDF Suez…

Philippe Varin. Convoqué à l’Elysée après l’annonce par PSA de la suppression de 5 000 postes en France. Photo Lionel Bonaventure / AFP

Mais, même dans les entreprises 100 % privées, la pression est forte. Philippe Varin, le patron de PSA, a immédiatement été convoqué à l’Elysée, après son plan de 5 000 suppressions de postes en France. Malheureusement, ce n’est que partie remise. On peut redouter de nombreux plans sociaux, juste après les élections. De leur côté, les PME-PMI n’attendront pas jusque là pour ajuster leurs effectifs.

Si on ne peut pas compter sur le secteur privé pour embaucher, il ne faut pas non plus tabler sur le secteur public. Nicolas Sarkozy entend poursuivre le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. 150 000 emplois ont ainsi été supprimés en cinq ans. A gauche, François Hollande semble bien embarrassé avec sa promesse de 60 000 embauches dans l’Education nationale. De même, compte tenu de la situation des finances publiques, on peut penser qu’il ne retiendra pas la proposition de créer 300 000 emplois aidés, prévus dans le programme du Parti socialiste.

Made in France

Si plus personne ne prétend détenir la recette miracle pour régler le problème de l’emploi, les candidats à la présidentielle devront néanmoins offrir des solutions ou à tout le moins des perspectives.

En la matière, l’UMP a radicalement changé de philosophie. Le parti majoritaire prône désormais une politique de « l’offre ». En 2007, Nicolas Sarkozy avait au contraire promu une politique de la « demande », avec sa fameuse loi TEPA. L’idée était alors de créer un « choc de croissance » pour libérer la demande, et faire repartir l’économie. Ce fut un échec (certes la crise est passée par là).

Cette fois, l’UMP change de stratégie. Plus question de créer un choc de croissance, on parle aujourd’hui d’un « choc de compétitivité ». Il faut rallumer la flamme du « made in France ». Le constat est là. Cette année, la France va afficher un déficit commercial de 75 milliards d’euros. Ce sont autant de produits que nous achetons à l’étranger : des voitures allemandes, du fromage hollandais, des jouets fabriqués en Chine… En clair, la consommation française fait travailler des salariés… à l’étranger : en Allemagne, aux Pays-Bas, en Chine. Ce déficit commercial est le symptôme de l’anémie de notre tissu industriel. Pour ce faire, l’UMP s’inspire de la TVA sociale introduite en Allemagne et surtout au Danemark. Il s’agit de baisser les charges des entreprises et, à la place, de créer de nouvelles taxes sur la consommation (TVA), sur l’écologie (taxe carbone) qui viendront financer la Sécurité sociale. Mais la compétitivité passe aussi et surtout par l’innovation. Le nouveau modèle de croissance devra s’appuyer sur « la triple révolution du numérique, de l’écologie et de la connaissance », a insisté jeudi le chef de l’État lors de son discours de Toulon. L’idée étant de reconstruire des filières industrielles, des pôles d’excellence. On se pince en se souvenant que Pompidou avait lancé le programme TGV en mars 1974. Sept ans plus tard, en 1981, il roule !

Une meilleure répartition du travail

Plus question en revanche de faire du traitement social du chômage. Au contraire, l’UMP propose de rétablir la dégressivité des allocations chômage. L’objectif étant de diminuer, au maximum, les charges qui pèsent sur les entreprises. En Allemagne, Gerhard Schröder a ramené les allocations chômage de 36 à 12 mois, plafonnées à 2 000 euros.

A gauche, François Hollande préconise une meilleure répartition du travail. Le candidat socialiste propose notamment de supprimer la défiscalisation des heures supplémentaires. La mesure est jugée coûteuse par le candidat socialiste : 4,5 milliards d’euros chaque année. Et surtout contre-productive. Elle incite le patron à recourir aux heures sup’ plutôt qu’à embaucher. A l’inverse, le « contrat de génération » permettrait de favoriser deux catégories de salariés fragilisées : les jeunes et les seniors. La mesure viserait à parrainer un jeune qui travaillerait en binôme avec un senior. Cette formule ouvrirait droit à des réductions de charges. Ce qui obligerait l’État à débourser 8 milliards d’euros chaque année. François Hollande serait néanmoins en train de recalibrer le dispositif pour en diminuer le coût et éviter les effets d’aubaine (soulignés par Martine Aubry lors des primaires).

Il va falloir convaincre les électeurs. L’emploi est redevenu la priorité des Français (81 %), loin devant la sécurité (49 %), thème qui avait permis à Nicolas Sarkozy de se faire élire en 2007. Au-delà du calendrier électoral, le chômage est source de désordre social. Le mouvement des Indignés est né sur la Puerta del Sol, à Madrid, en Espagne, un pays ravagé par le chômage – 22,8 % – et qui atteint même 48,9 % chez les moins de 25 ans !

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