Le retour à la croissance : une affaire de compétitivité

par Alex de Tarlé

Nicolas Sarkozy avec le maire (PS) de Lyon, Gérard Collomb. En présentant ses vœux aux acteurs économiques et sociaux le 19 janvier à Lyon, le président de la République a souligné que la bataille de la compétitivité était pour lui essentielle. Photo Robert Pratta / AFP

Pour l’éditorialiste d’Europe 1, c’est moins le coût du travail que l’innovation et l’intelligence créatrice qui sont en cause dans la compétitivité. Selon Axel de Tarlé, c’est l’excellence qui permettra aux entreprises françaises de redevenir concurrentielles. Airbus, Vuitton et quelques autres donnent l’exemple.

La bataille de l’emploi a cédé sa place à la bataille de la compétitivité. Il ne s’agit plus de soutenir l’emploi à bout de bras, avec des contrats aidés. Il s’agit de faire revenir en France nos emplois, en redevenant compétitif. Nuance ! Et ça change tout. Au point d’entendre le patronat s’interroger sur la pertinence des réductions de charges sur tous les bas salaires. Les allégements de charges sur les bas salaires (inférieurs à 1,6 fois le Smic) ont coûté 22 milliards d’euros en 2010 aux caisses de l’État. « A quoi bon ? s’interroge tout haut l’un des représentants du patronat. Les groupes de BTP et la grande distribution profitent massivement de ces aides. Or ces emplois sont non délocalisables. On ferait mieux d’utiliser cet argent pour aider les secteurs exposés à la concurrence internationale. » On a changé de logiciel ! On le voit, il ne s’agit plus de défendre l’emploi, il s’agit de rendre la France plus compétitive pour en faire une « terre d’emploi » !

Bataille cruciale

Concrètement, il faut tout faire pour garder nos usines. Premier combat : l’automobile. On a vu comment le patron de PSA a été immédiatement convoqué à l’Elysée après l’annonce de son plan de suppression de 5 000 emplois. Car notre industrie automobile est en train de partir. Le groupe Renault ne fabrique plus que 20 % de ses voitures dans l’Hexagone. La France, qui était exportatrice nette de voitures en 2000, est aujourd’hui importatrice nette. Mais la question vaut aussi pour le carburant. Avec la fermeture de Petroplus, c’est la quatrième raffinerie à fermer en deux ans. Questions : Nos raffineries vont-elles toutes fermer les unes après les autres ? Et demain, nous faudra- t-il importer de l’essence déjà raffinée depuis les pays émergents ? On sait que Total participe à la création d’une raffinerie géante en Arabie Saoudite, dont la mise en service est prévue pour 2013. Cette bataille est devenue cruciale. Car on a réalisé que la perte de compétitivité était la mère de tous les déficits. Quand les usines ferment, les salariés pointent au chômage et consomment des produits importés avec les subsides de l’Etat. D’où les déficits budgétaires. Or, la France est sur la mauvaise pente. Nous avons enregistré l’an dernier un déficit commercial record de plus de 70 milliards d’euros. Il est donc urgent de rétablir notre commerce extérieur.

Comment garder nos « usines qui fument » ?
Bien sûr, il n’y a pas de recette miracle, mais plutôt une palette de solutions. On le sait, le coût du travail a dérivé en France, au point que l’heure travaillée est aujourd’hui plus chère qu’en Allemagne. Selon un rapport de l’institut Rexecode, le coût horaire du travail d’un salarié français s’établit à 37,41 euros, contre 33,37 euros en Allemagne. Pour revenir dans les clous, Nicolas Sarkozy veut baisser les charges qui pèsent sur le travail. C’est la fameuse « TVA sociale ». L’une des pistes avancées consisterait à supprimer les charges patronales qui financent les allocations familiales (5,4 %) ; Et, à la place, augmenter la TVA de deux points maximum.

« Le salarié européen doit donc « mériter » son stalaire par de l’innovation et l’excellence. »

Des mesures impopulaires

Mais Nicolas Sarkozy veut même aller plus loin en s’attaquant au salaire net. L’idée consisterait à faire en sorte que – comme en Allemagne – syndicats et patronat puissent négocier des accords, en entreprise, sur l’emploi et la rémunération. Et qu’ensuite ces accords puissent s’imposer à tous les salariés. Aujourd’hui, si un accord prévoit de baisser le salaire horaire, le patron doit ensuite recevoir individuellement chacun des salariés pour lui faire signer un nouveau contrat de travail. Bien évidemment, ces deux mesures risquent de ne pas être très populaires. Et on peut s’interroger sur la capacité de Nicolas Sarkozy à faire passer de telles réformes à moins de trois mois du premier tour de l’élection présidentielle. Mais la bataille de la compétitivité ne se joue pas uniquement sur la question des salaires. Un exemple : Au Maroc, Renault-Dacia vient d’ouvrir une nouvelle usine flambant neuve avec des salariés marocains payés… 250 euros nets par mois ! Encore moins cher qu’en Roumanie (446 euros par mois) ! Comment lutter ? Même en supprimant toutes les charges sociales, jamais on ne pourra rivaliser avec les salaires marocains.

Le salarié européen doit donc « mériter » son salaire par de l’innovation et l’excellence. Le symbole en la matière c’est Airbus, qui vient même de se payer le luxe de relever, la semaine dernière, de 3,9 % ses tarifs. Et pourtant l’avionneur européen va embaucher 4 000 salariés cette année. Pourquoi ? Parce que seul Airbus est capable de fabriquer un avion géant tel que l’A380… vendu 389,9 millions de dollars l’unité (prix catalogue) ! D’où l’importance de mettre le paquet sur la recherche et développement (R&D). Bien sûr, cette bataille se gagne sur le long terme. L’innovation commence à l’école. Il faut aussi compter sur le soutien fort de l’État. Airbus est né d’une volonté politique, dans les années 1970, de ne pas laisser l’aéronautique aux seules mains des Américains.

Les clés du succès

Mais la bataille de l’innovation se gagne à tous les niveaux. Seb a sorti une nouvelle friteuse sans huile. Malgré un prix de vente de 200 euros, cette friteuse « made in France » s’est vendue à plus d’un million d’exemplaires la première année ! Et voilà comment on peut garder l’emploi en Bourgogne.

La bataille de la compétitivité, c’est aussi l’excellence. L’image de la France est un atout fantastique. Bernard Arnault arrive à vendre des sacs à main Louis Vuitton « made in France », hors de prix, aux quatre coins du globe. Les vignerons réalisent le même exploit. On pense au champagne bien sûr, mais aussi au cognac, dont les ventes ont dépassé l’an dernier le cap des deux milliards d’euros. 97 % du cognac est exporté ! Chapeau bas ! Le secteur des vins et spiritueux est ainsi le deuxième poste excédentaire de notre balance commerciale avec un excédent de 7,9 milliards d’euros, derrière l’aéronautique (18 milliards). Innovation, créativité, excellence… voilà les clés du succès.

Bonne nouvelle, jamais on n’a autant parlé du « made in France ». Jamais on n’a autant parlé d’industrie. Le vieux rêve du patron d’Alcatel, qui, en 2000, disait vouloir faire une entreprise « sans usine » (fabless). Ce rêve n’est plus qu’un lointain cauchemar !

Axel de Tarlé
Article paru dans le numéro 437
du mercredi 25 JANVIER 2012

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