Cahiers de campagne – 1

par

Par Michèle Cotta

Photo Patrick Kovarik / AFP

Michèle Cotta, qui publiera dans un mois le quatrième volume de ses Cahiers secrets de la Ve République (1997-2007), livre désormais chaque semaine dans l’Hémicycle ses réflexions, ses annotations et les secrets de cette campagne 2012 déjà bien commencée.

5 septembre
Exit Laurence Vichnievsky, qui a démissionné du poste, qu’elle occupait depuis trois mois, de porte- parole d’Europe Écologie-Les Verts. L’ancienne juge d’instruction, longtemps associée à Eva Joly au pôle financier du tribunal de Paris, a en effet suivi la démarche de la candidate verte à la présidentielle. Elle aussi touchée par la grâce écologique, elle avait accepté de prendre la tête de la liste Europe Écologie aux élections régionales en 2010, et fait aujourd’hui partie du conseil régional de PACA. C’est en juin dernier qu’elle avait accepté de devenir la porte-parole du mouvement écolo.

Pourquoi elle abandonne ? Pour garder, dit-elle, sa liberté de parole : il est vrai qu’elle n’a sans doute consulté ni Eva Joly ni Cécile Duflot avant d’écrire, le 18 août dernier dans Libération, une tribune libre où elle s’inscrivait délibérément à l’encontre du programme de son parti. Elle y exprimait sa position sans détour : la réduction de la dette lui paraît aujourd’hui imposer une révision de fond en comble du projet présidentiel d’Europe Écologie. Elle dénonce comme une « lubie » l’idée du retour à l’âge de la retraite à 60 ans, plaide pour des suppressions de postes en contrepartie de créations d’emplois, et affirme que l’urgence financière recouvre désormais toutes les autres. Plaidant au contraire le retour de la retraite à 60 ans, Eva Joly s’est émue de la position de son ancienne collègue. « Je vais en parler avec elle », a-t-elle assuré en minimisant les divergences. Cécile Duflot, elle, a fait part de son « incompréhension » et de son « agacement ».

En attendant, ce qui est écrit est écrit : Laurence Vichnievsky n’est plus porte-parole d’EELV.

6 septembre
Voici Pierre Charon, pour avoir annoncé sa candidature à l’élection sénatoriale de fin septembre à Paris face à la candidate officielle de l’UMP, Chantal Jouanno, suspendu du mouvement auquel il appartient.

Toute une histoire, les relations entre Nicolas Sarkozy et Pierre Charon, depuis des années où on les a vus si proches. Longtemps, il a été le communicant et même l’amuseur préféré de Nicolas Sarkozy. La première épouse de Nicolas, Cécilia, ne l’aimait qu’à moitié : il a été poussé vers la sortie, et nommé membre du Conseil économique et social. La seconde, Carla, n’avait aucun contentieux avec lui : il est redevenu conseiller en communication du Président en mars 2009. Puis à nouveau exilé comme président d’une prison dorée, celle du château de Chambord à la fin de la même année. Ennui mortel assuré, surtout pendant les longues nuits d’hiver. Bref, Pierre Charon a quitté la vie de château. Avec l’intention de briguer un siège au Sénat lors de l’élection de la fin septembre. Choix d’autant plus dérangeant que la majorité sénatoriale est fragile. La moindre division peut la faire basculer. Une poignée de sièges gagnés par la gauche suffirait à faire basculer la Haute Assemblée.

7 septembre
Débat Marine Le Pen / Nathalie Kosciusko-Morizet à Europe 1 et i-Télé. Débat attendu, au moment où Marine Le Pen semblait marquer le pas. Pourtant combative, la polytechnicienne NKM y est apparue trop « techno » encore face à une Marine Le Pen égale à elle-même, sorte de monstre politique femelle, dont la voix, la gestuelle, la gouaille font une débatrice redoutable. Les chiens ne font pas des chats : dans la façon dont Marine Le Pen se saisit de la crise, de la panique financière, pour confondre son adversaire, la façon dont elle surfe sur les aides à la Grèce pour conclure que la France va droit à la catastrophe, elle retrouve non pas seulement les accents de son père, mais sa force, son énergie populaire. Face à sa pugnacité, les démonstrations économiques étayées de graphiques – drôle d’idée lorsqu’on s’adresse a des auditeurs radio – de NKM n’ont pas suffi à convaincre. Dur, dur, de tout temps, d’être opposé à un, ou une, Le Pen.

10-11 septembre
Le chemin n’est pas facile pour Jean-Louis Borloo, qui se hâte lentement. Il est près d’être candidat, tout près, encore plus près. Avec des propositions qu’il a exprimées avec force à l’occa- sion du débat à l’Assemblée nationale sur la réduction des déficits : taxation des transactions financières, nouvelle tranche d’impôts sur les hauts revenus, impôt complémentaire sur les grandes sociétés boursières. Seulement voilà : le chemin est encore long. Les journées d’été de l’ARES (Alliance républicaine, écologiste et sociale), réunie à La Grande-Motte samedi et dimanche, n’ont pas traduit, à vrai dire, un fort mouvement d’enthousiasme. D’abord parce qu’Hervé Morin ne se décide pas à se retirer d’un jeu où il n’a pourtant aucune chance. Ensuite parce que le ferait-il que Borloo aurait aussi à prendre en compte la détermination de François Bayrou, dont on sait que, lui, il ne reculera pas. Sans compter que Dominique de Villepin laisse entendre que oui, à certaines conditions, il se pourrait bien que lui aussi…

En attendant, il n’y avait pas foule à la Grande-Motte : « Il faudra attendre, a dit Borloo non sans humour, les chiffres de la préfecture de police. »

11 septembre
L’avocat Robert Bourgi, emblème sinon chef de file de la « Françafrique », raconte dans Le JDD comment il a convoyé pendant des années des dizaines de millions jusqu’à l’Élysée, où il les aurait remis en mains propres à Jacques Chirac ou à Dominique de Villepin. Personne ne l’a jamais interrogé, aucun juge ne l’a convoqué, il est toujours passé entre les gouttes. Son témoignage est pour- tant sans nuances, sans précautions et il aurait de quoi inquiéter sérieusement la justice. Un bémol cependant : les déclarations de l’avocat tombent presque trop bien. Difficile de ne pas y voir de coïncidence avec une éventuelle candidature de Villepin à la présidentielle, et, davantage encore, avec le dernier acte du procès Clearstream, à quatre jours du jugement qui doit être prononcé en appel.

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