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Portraits

18 avril 2012

Alain Rousset : la résistance de Moulin, le volontarisme de Hollande

[caption id="attachment_1229" align="alignleft" width="174" caption="Photo : PIERRE ANDRIEU/AFP"][/caption] L’indépendance d’esprit du président de la région Aquitaine le rend rétif à tout mentor. Il n’en trouve pas moins dans le courage de Jean Moulin, l’héroïsme de Raymond et Lucie Aubrac, la force de caractère de De Gaulle et de Mendès, le parcours de Jacques Delors, les forces qui le structurent. L’amitié qui le lie à François Hollande depuis plus de trente ans se double aujourd’hui d’une réelle admiration pour la volonté de vaincre du candidat socialiste. Originaire des monts du Lyonnais, issu d’une famille ouvrière, le président du conseil régional d’Aquitaine a été bercé dans sa jeunesse par les histoires liées à la Résistance où émergent, au milieu de tant d’anonymes, les figures de Raymond et Lucie Aubrac et celle, charismatique, de Jean Moulin. C’est ce nom qui lui vient naturel- lement à l’esprit quand on lui demande la source de ses admira- tions et le sens de son engagement. Pour l’esprit de résistance, bien sûr, le courage et la capacité à rassem- bler toutes les forces éparpillées de lutte contre le nazisme. Ardentes obligations Mais s’il attache une si grande importance à Moulin et, à travers lui, à ce qu’il incarne, c’est aussi pour la capacité que manifesta le Conseil national de la Résistance (CNR) à se projeter dans l’avenir. « Il faut imaginer que dans la France occupée, des chefs d’entreprise, des syndicalistes, des intellectuels, des résistants, se sont lancés dans des perspectives à long terme, dont l’actualité est encore fraîche, souligne Alain Rousset. Sans jouer les anciens combattants, le CNR a établi une méthode pour aborder des questions aussi diverses que la santé, la gouver- nance partagée, le rôle des associations, la recherche du progrès. » Nul doute qu’il a en tête les ar- dentes obligations que se donnè- rent les concepteurs de ce pro- gramme d’autant plus ambitieux qu’il fut conçu dans la clandes- tinité et sous le joug de l’ennemi. Si on le dit en plus de mots, il convient alors de préciser le credo des anciens que partage à l’évidence ce proche de François Hollande : le rétablissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ; la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expres- sion ; la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances de l’argent et des influences étrangères ; la liberté d’association, de réunion et de manifestation ; l’inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance ; le respect de la personne humaine ; l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi. Quant à la figure de Moulin proprement dite, Alain Rousset y voit comme une sublimation de la bravoure politique. Et de poser la question sans détour, d’une formule qui cingle et met les points sur les i : « Qui aurait le courage de mettre sa peau au bout de ses idées ? » D’avoir lu attentivement l’épais et détaillé Alias Caracalla écrit par Daniel Cordier, l’ancien secrétaire de Moulin, il garde à l’esprit l’incroyable épopée de ce préfet devenu héros. « Sans cesse, pendant deux ans et demi, on le voit partir à Londres puis revenir se jeter dans la gueule du loup, partir et revenir. » Alain Rousset se demande encore comment il a pu vivre ainsi. Socialisme « par construction » À de Gaulle, qu’à l’évidence il tient pour un personnage majeur, il préfère Mendès. Les raisons en sont simples, presque évidentes, et pourtant jamais inutiles à rappeler quand on est comme lui un homme de gauche. Même si, comme il le dit sans détour, il n’est pas né « avec une carte PS dans la bouche ». De son milieu mâtiné de chrétiens engagés et de gaullistes de gauche, il est allé vers le socialisme « par construction ». Dans cet édifice, le Général a sans doute sa part, puisque ce chevalier d’Aquitaine lui reconnaît ses qualités « d’être à part », qui, en 1969, « s’est fait battre par sa famille politique ». Les ultimes réformes voulues par Charles de Gaulle parlent à son cœur, et il cite la participation, les nouvelles formes de rémunération du tra- vail par rapport au capital, la dé- centralisation par l’émancipation des régions. Mais Mendès, aux yeux d’Alain Rousset, incarne dans son radica- lisme une autre dimension du cou- rage politique. La décolonisation, le souci des finances publiques, sa manière de parler vrai. « Le rêve des ouvriers français, rappelle-t-il, c’était de rapprocher Mendès et de Gaulle. Mendès aurait été le Premier ministre du Général. » Mais les conditions du retour au pouvoir de ce dernier, en 1958, rendirent la chose impossible. « Mendès devint hostile et fut tétanisé », semble regretter celui qui, dans la campagne de François Hol- lande, est en charge de l’agriculture, de la pêche et de l’industrie, déve- loppant une vision de long terme très mendésiste, volontariste et humaine. Heureuse rencontre Dans sa jeunesse, c’est finalement par le CERES de Jean-Pierre Chevènement qu’il arrivera au Parti socialiste en 1974. Il est séduit par le discours sur la grandeur et le génie de la France, sa créativité, et aussi par l’esprit d’égalité qu’incarne la gauche. S’il apprécie « la remise en cause des idéologies », il ne goûte pas le jacobinisme ambiant. Il s’éloignera de Chevènement et sera plus proche d’un Jacques Delors. C’est à cette époque que, sur les bancs de Sciences-Po, il se lie à François Hollande. Trois décennies plus tard, il parle de cette heureuse rencontre comme d’un parcours vécu « sans addiction mais avec affection ». De Démocratie 2000 à Témoins en passant par les transcourants, les deux hommes ne se sont pas éloignés. L’amitié s’est renforcée, et surtout cette sensation réconfortante de partager des points de vue sans chercher nécessairement à se le dire ou à se convaincre, comme s’ils étaient unis par un accord implicite, une entente qui se passe de mots. À l’été 2011, La République des Pyrénées a publié quelques clichés montrant Alain Rousset et François Hollande devant le fort du Portalet. Pour venir rendre visite à son ami, le futur vainqueur des primaires socialistes avait fait le déplacement « avec sa petite voiture », sourit Rousset, qui voit dans ce détail un gage parmi d’autres de la simplicité de Hollande, « candidat normal »... Pour les besoins d’un « portrait chinois », le patron de la région Aquitaine et ancien maire de Pessac a pu répondre que s’il était une lé- gende politique il se verrait bien en Nelson Mandela. Son mentor politique ? « Difficile d’en avoir compte tenu de mon caractère, a-t-il dit avec franchise. Mais j’apprécie le parcours de Jacques Delors (malgré son refus de se porter candidat aux élections présidentielles de 1995). » En soutenant François Hollande, il sait au moins que son ami de trente ans mènera la bataille, et qu’il sera à ses côtés.

Eric Fottorino Article paru dans le numéro 443 du mercredi 18 AVRIL 2012

Écrit par

Eric Fottorino

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