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Portraits

8 décembre 2011

Après les élections législatives en Russie Poutine (re)prend la direction du Kremlin

Par François Clemenceau
[caption id="attachment_702" align="alignleft" width="169" caption="Photo Sergei Karpukhin / AFP"][/caption] Avec 238 députés et une courte majorité absolue, les partisans de Vladimir Poutine vont permettre à l’actuel Premier ministre russe de reprendre la présidence dès le printemps prochain. Même s’il reste populaire, force est de constater que Poutine règne sur une Russie qui a du mal à trouver son équilibre entre régime soviétique et démocratie à l’occidentale. À la veille du scrutin bien peu d’observateurs auraient osé parier sur une défaite de Russie unie. Ils ont bien fait puisque même si Russie unie, le parti qui soutient Poutine, a perdu près de 15 points, il n’en conserve pas moins d’une courte tête la majorité absolue à la chambre basse du Parlement. Quand à ceux qui ont profité de cette baisse de tonus du Premier ministre russe, ils se sont tous positionnés commes des concurrents directs de Poutine sur son aile droite ou sur son aile gauche. En aucun cas il ne pouvait s’agir de partis démocratiques pro-occidentaux, décapités d’avance par un régime électoral à la proportionnelle qui ne répartit les sièges qu’au-delà du seuil de 7 % des voix. Autrement dit, rien à craindre pour Vladimir Poutine et son complice Dmitri Medvedev. La version officielle ordonne de ne voir à travers les résultats qu’une érosion naturelle, nullement un rejet de la politique imposée ces dernières années par le système. Les rédacteurs du Centre de projets stratégiques, la cellule chargée de l’élaboration du programme politique de Poutine, avaient d’ailleurs parfaitement anticipé et diagnostiqué cet effritement. Dans leur rapport daté du 10 novembre, les études menées auprès de l’opinion publique russe montraient clairement un affaiblissement du tandem bicéphale Poutine-Medvedev. Selon leur enquête, l’image « modernisatrice » du Président a été ternie par un jeu politique qui tourne à l’immobilisme. Comme l’écrivait récemment la Nezavissimaïa Gazeta, « cette atteinte à la crédibilité de Medvedev n’a pas profité à Poutine, un phénomène particulièrement flagrant dans l’aile droite de l’électorat ». D’où la remontée dans les urnes du Parti communiste et du Parti libéral-démocrate (ultranationaliste) du toujours aussi controversé Vladimir Jirinovski. C’est donc avec ce socle encore bien solide et une popularité qui frise les 60 %, après bientôt treize années au sommet du pouvoir (qui pourrait en dire autant à l’ouest de l’Oural ?), que Vladimir Poutine va continuer de creuser son sillon dans la perspective de l’élection présidentielle du 4 mars prochain. Le vote de ce dimanche pour la Douma « n’était qu’une rampe de lancement », selon les mots d’Alexandre Adler, fin connaisseur des arcanes du Kremlin. La plupart des intellectuels libéraux ont en effet compris la manœuvre : depuis que Boris Eltsine l’a désigné chef du Gouvernement en 1999, Vladimir Poutine n’a eu de cesse de renforcer le pouvoir exécutif russe. Après les années chaotiques qui ont suivi la chute du communisme, Vladimir Poutine a compris que seule la longévité au pouvoir permettrait de garantir le rythme des réformes tout en maintenant l’ordre. Élu président en 2000, réélu en 2004, il a été l’inventeur de ce mécanisme d’échange de fonctions premières conçu pour redescendre d’un échelon, à la tête du Gouvernement, sous la présidence Medvedev. Objectif, contourner l’obstacle de la limitation à deux mandats successifs dictée par la Constitution pour mieux se représenter à la présidentielle en 2012. Cela dit le profil de Medvedev, avec qui Poutine partage un long parcours politique, notamment dans son fief de Saint-Pétersbourg, n’avait trompé personne dès le départ : les deux hommes, à quelques nuances près, sont au service de la même politique. Medvedev n’était-il pas le chef de l’administration présidentielle au Kremlin dès 2003, ce qui en faisait déjà un très potentiel dauphin ? S’il est arrivé à Poutine de critiquer certaines initiatives de son partenaire, notamment en politique étrangère, c’est pour mieux braquer le gouvernail dans le sens contraire. Une démonstration éclatante en a été fournie sur le dossier du bouclier antimissile américain en Europe et lors du Printemps arabe. Le refus inconditionnel de punir la Syrie ou l’Iran aujourd’hui ne s’explique que par le sentiment d’avoir été trop indulgent vis-à-vis des Occidentaux aux Nations unies contre la Libye. Dans les semaines qui viennent, aucun adversaire sérieux ne sera en mesure de faire barrage à l’accession de Poutine au Kremlin pour un troisième mandat présidentiel. Encore faudrait-il que l’ancien patron du FSB (principal successeur de l’ancien KGB) ne commette pas trop d’erreurs. Sa popularité, dopée parfois par un culte de la personnalité mis en scène par ses conseillers en communication, n’est en effet des plus visibles que dans la Russie profonde, franchement moins dans les grands centres urbains. Si les opposants démocrates, à l’image de Boris Nemtsov ou de Garry Kasparov, sont muselés ou harcelés et n’ont aucune chance de rivaliser avec Poutine, des oppositions internes au système se font entendre. Raison pour laquelle le président du Conseil de la Fédération (l’équivalent du Sénat) a été débarqué l’automne dernier pour laisser la place à l’ex-gouverneur de Saint-Pétersbourg, la redoutable Valentina Matviyenko, ancienne patronne des Komsomol, les Jeunesses communistes. Les défis économiques sont également très présents. La Russie a été plus épargnée que ses voisins européens par la crise financière. Détenant les premières réserves de gaz naturel au monde et avec son statut de deuxième producteur mondial de pétrole, elle a été aidée par le maintien de prix élevés. Mais le budget 2012 adopté par le Parlement prévoit une augmentation des dépenses militaires au détriment des investissements sociaux, si bien que le pouvoir d’achat moyen des Russes n’augmentera toujours pas à court terme. Selon l’économiste Vladislav Inozemtsev, « le retour de Poutine à la tête de la Russie va ramener sur le devant de la scène le responsable des problèmes du pays, du très bas niveau de développement de son économie et de la soumission totale des intérêts économiques aux impératifs politiques ». Pour les Européens, le retour de Poutine au premier plan ne changera pas foncièrement la donne. Cela fait longtemps que les dirigeants de l’UE ont appris à consacrer autant de temps à Poutine qu’à Medvedev lors de leurs passages à Moscou. L’inquiétude doit plutôt naître du fait que, à l’instar des États-Unis d’Obama, la Russie de Poutine s’intéresse de plus en plus à l’Asie au détriment de la vieille Europe. Le spécialiste de géopolitique Fiodor Loukianov évoquait ainsi il y a quelques semaines, dans Moskovskie Novosti, « l’intérêt de Poutine pour une Europe divisée et affaiblie » afin de se ménager des relations spécifiques avec les pays de son choix. À l’heure de nos interrogations fédérales, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle.

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