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Portraits

21 mars 2012

Bernard Accoyer, l’émule du Général

[caption id="attachment_1189" align="alignleft" width="155" caption="Photo : MIGUEL MEDINA/AFP"][/caption] Gaulliste un jour, gaulliste toujours. La geste du Général a construit le docteur Accoyer. L’ancien oto-rhino devenu député puis président de l’Assemblée nationale est intarissable sur de Gaulle, son courage et son ambition pour la France. Pour Bernard Accoyer, quel que soit le résultat de la présidentielle, le combat continuera en mémoire de l’homme de Colombey, au nom de l’homme du 18 Juin. Dans son bureau de l’hôtel de Lassay, près du canapé où il a pris place, une statuette en bronze et en pied du général de Gaulle. Le de Gaulle de la fin, mais encore droit comme un I, en imperméable vert pâle aux pans soulevés par le vent d’Irlande. Et, si l’on jette un coup d’œil en diagonale, de l’autre côté du bureau, un autre de Gaulle surgit, en uniforme cette fois, et en photo – presque un poster –, un cliché noir et blanc sous verre montrant l’homme du 18-Juin les bras levés, en signe de victoire. Pour Bernard Accoyer, la référence est claire, univoque et sans partage. Son homme, son grand homme, est un général qui sauva la France, l’incarna comme nul autre et la fit rayonner des feux, inégalés au XXe siècle, des Trente Glorieuses. Quand il nous reçoit ce jour-là, la session parlementaire s’est achevée la veille. Le président de l’Assemblée nationale vit ici ses dernières se- maines, « avec le sentiment du devoir accompli », ajoutant « qu’on s’en rendra compte avec le temps ». Serein et combatif à la fois, il n’oublie pas les moments de crispation de la législature. Lorsque, début 2009, défendant pied à pied sa réforme du Parlement, et marquant sa vo- lonté d’instaurer un « temps lé- gislatif programmé » pour éviter l’obstruction, il déclencha la colère des groupes d’opposition. Il n’a pas oublié les députés se massant devant le perchoir, certains ceints de leur écharpe tricolore, et enton- nant une Marseillaise républicaine. Laurent Fabius dénonçant « l’auto- ritarisme, contraire de l’autorité ». La passion de la médecine Il se souvient aussi des tensions suscitées par le débat sur les re- traites, en septembre 2010, quand des députés de gauche le poursuivirent jusque dans les couloirs du Palais-Bourbon au cri de « Accoyer démission ! ». Un des incidents les plus sérieux à l’Assemblée sous la Ve République. Pour ce médecin et chirurgien qui, trente années de sa vie, avant d’entrer dans le combat politique local puis national, eut à se colleter, bistouri en main, avec les questions de vie, de souffrance et de mort, la part des choses est vite faite. La passion de la médecine, avec ses enjeux humains, lui a appris à relativiser les excès de la scène politique, ses hauts cris et ses critiques. Un nœud effectué sur une carotide l’aura toujours plus angoissé qu’une bronca de parlementaires. Comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, le docteur Accoyer était sûrement gaullien à son insu, impavide et déterminé, traçant sa route qu’il croyait juste. De Gaulle, donc. Et pas qu’un peu. Tout pour lui, pour le grand Charles dont la voix de stentor faisait vibrer la TSF familiale, sur la table de la salle à manger, se souvient le maire d’Annecy-le-Vieux. « J’avais 12 ans lors de son retour au pouvoir. Jusqu’ici la TSF annonçait les gou- vernements renversés avec la régu- larité d’un métronome. Et soudain de Gaulle a crevé l’écran, ou plutôt le haut-parleur. » Pour le docteur Accoyer, le nouveau chef de l’État « a posé le bon diagnostic » sur son patient, c’est- à-dire la France, rongée par son esprit maladif, empêtrée dans des maux bien hexagonaux qu’il énu- mère en connaissance de cause : « l’hésitation, l’introspection, l’égali- tarisme forcené qui bride la puis- sance de ce que l’État peut produire de mieux ». À ses yeux, le fonda- teur de la Ve République est celui qui, une deuxième fois, va sauver la France, en tout cas la libérer de ses démons qui la poussent à s’autoflageller, à se dénigrer, une tendance aux fondements « génétiques », croit l’ancien oto-rhino, qui voit dans cette attitude un penchant « antiphysiologique stupide ». Pour cet homme de science et de bon sens, « aucune espèce ne peut survivre » à ce comportement de repentance. Un visionnaire Bernard Accoyer ne s’est pas contenté d’épouser le gaullisme de son temps. « J’ai absorbé tous les moments de la vie de De Gaulle, se souvient-il. Quand il jouait aux soldats de plomb avec ses frères, il était la France. Il faut souligner son courage pendant la Première Guerre mondiale. Ses écrits sur la mécani- sation nécessaire de l’armée. Il ne cédera jamais à aucune facilité, à aucun propos de circonstance. » On sent ce que cette intransigeance pèse bon poids dans l’estime que lui porte le président de l’Assemblée. « C’est ainsi qu’il a apporté à la France ce qu’elle a eu de plus fort au XXe siècle. » Si l’élu de Haute-Savoie en revient toujours à de Gaulle, c’est pour vanter son sens de l’histoire et des réalités, son habileté et ses convictions. « Il a senti que la décoloni- sation était incontournable. Il l’a menée à bien et a sorti la France du bourbier algérien. Le processus aurait été beaucoup plus tumultueux sans lui. Il avait toute l’autorité de l’homme du 18-Juin qui connaissai bien l’empire colonial. » Et d’inventorier toutes les fois où le général s’est montré visionnaire : « Il est le premier à avoir reconnu la Chine populaire. À avoir compris l’enjeu de l’arme nucléaire. À avoir engagé la France dans les technologies modernes, l’espace, le TGV »... Vision au loin et hauteur de vue : voilà le de Gaulle loué par Bernard Accoyer, qu’il oppose à tous nos compatriotes qui, aujourd’hui, « critiquent notre pays », manifestant par là « un manque de reconnaissance envers la France », faisant preuve, il ne mâche pas ses mots, « de perversion et de masochisme ». Sans faux-semblant, il s’en prend à « la fatuité » des intellectuels et philosophes de tout poil, dont l’écho dans les médias lui paraît exagéré... L’ombre portée Transparaît au fond, et en creux de cette critique, ce qui fait pour Bernard Accoyer la quintessence de De Gaulle : l’ambition. Une ambition non pas personnelle, mais entièrement dévolue à la France, dont il avait, souligne-t-il encore, « l’obsession ». Avec en contrepoint « le désintéressement matériel » – et personnel – du fon- dateur de la Ve. « Bien sûr, concède M. Accoyer, cette obsession s’expri- mait avec une certaine fatuité, un certain orgueil que critiquaient Chur- chill et les Américains. Mais c’est le propre des hommes de génie : on ne comprend pas sur l’instant que l’on rencontre un être exceptionnel. C’est avec le recul qu’on le mesure. » Dans son livre Un homme politique peut-il dire toute la vérité ? (JC Lat- tès), paru fin 2011, l’ancien médecin-chirurgien répond sans détour à cette interrogation. Comme un patient, le citoyen doit connaître la vérité, « un mal nécessaire pour aider à la guérison ». Si son cœur continue de battre un peu plus vite, à l’image des tambours de la garde républicaine qui scandèrent son entrée solennelle dans l’hémicycle en qualité de président, le 26 juin 2007, Bernard Accoyer sait pourquoi : son combat continue, va continuer. Dans l’ombre portée du Général.

Eric Fottorino Article paru dans le numéro 439 du mercredi 21 MARS 2012

Écrit par

Eric Fottorino

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